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L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Textes et données d'approche générale de la crise

L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar scripta manent » Sam 05 Mai 2012 18:19

Enfin, une grande institution internationale qui ne se fait pas le porte parole de l'inoxydable dogme ultralibéral.
L'OIT, dans son rapport 2012 sur le travail dans le monde (" De meilleurs emplois pour un monde meilleur ") nous encourage à " refuser de laisser la finance donner le ton pour l’élaboration des politiques. "
Cette indépendance de pensée est de tradition à l'OIT. Déjà dans son rapport 2010, elle avait appelé l'attention sur le fait que la stagnation des salaires dans les pays occidentaux était un effet mais aussi une cause de la crise et soutenu que la persistance de cette politique handicaperait lourdement la reprise.

Nous reproduisons ci-après le résumé de ce rapport, qui comporte notamment des développements sur la situation de l'Europe.

Comment sortir du piège de l’austérité ?
" La situation de l’emploi se détériore en Europe et a cessé de s’améliorer dans de nombreux autres pays…
Au cours de l’année écoulée, les marchés du travail ont subi les effets du ralentissement de la croissance mondiale. Cela pose d’autant plus problème que le marché du travail n’avait pas encore entièrement récupéré après la crise mondiale survenue en 2008 : environ 50 millions d’emplois font toujours défaut par rapport à la situation qui prévalait avant la crise (chapitre 1). Il est peu probable que l’économie mondiale croisse à un rythme suffisant ces deux prochaines années pour, simultanément, combler le déficit d’emplois actuel et fournir du travail à plus de 80 millions de personnes qui devraient arriver sur le marché du travail au cours de la même période.
Les tendances sont particulièrement préoccupantes en Europe, où le taux de chômage a augmenté dans près de deux-tiers des pays depuis 2010; mais la reprise du marché du travail est aussi au point mort dans d’autres économies avancées, comme le Japon ou les Etats-Unis. Ailleurs, les offres d’emplois ne sont pas à la hauteur des besoins d’une population en âge de travailler de plus en plus nombreuse et qualifiée, comme en Chine.
Les déficits d’emplois demeurent critiques dans l’essentiel du monde arabe et de l’Afrique.
... la crise mondiale de l’emploi est dès lors entrée dans une nouvelle phase, plus structurelle.
Il ne s’agit pas d’un simple ralentissement de l’emploi. Après quatre années de crise mondiale, les déséquilibres du marché du travail sont devenus plus structurels, et de ce fait plus difficiles à surmonter. Certaines catégories de personnes, comme les chômeurs de longue durée, sont menacées d’exclusion du marché du travail. Ce qui signifie qu’elles ne parviendront pas à obtenir un nouvel emploi, même s’il y avait une forte reprise.
En outre, pour une proportion grandissante de travailleurs qui occupent un emploi, le travail est devenu plus instable ou précaire. Le travail à temps partiel contraint s’est développé dans deux-tiers des économies avancées et le travail temporaire dans plus de la moitié de ces économies. La part de l’emploi informel reste importante, se situant à plus de 40 pour cent dans deux-tiers des pays émergents ou en développement pour lesquels nous disposons de données. Les femmes et les jeunes sont affectés de manière disproportionnée par le chômage et la précarité de l’emploi. En particulier, le taux de chômage des jeunes a augmenté dans quelque 80 pour cent des économies avancées et dans deux-tiers des pays en développement.
La précarité du travail est avant tout une tragédie humaine pour les travailleurs et leurs familles, mais elle entraine aussi un gaspillage des capacités de production, à mesure que les compétences se perdent du fait d’un changement trop fréquent d’emploi et de longues périodes de chômage ou d’inactivité. Cette instabilité accrue de l’emploi signifie donc des gains de productivité plus faibles à l’avenir et de piètres perspectives de carrière et de prospérité.
Le déficit d’emplois va de pair avec un déficit prolongé des investissements – un autre signe que la crise est entrée dans une nouvelle phase. Dans les comptes des grandes firmes, le volume des liquidités non-investies a atteint des niveaux inédits (chapitre 4) alors que, dans les économies avancées, les petites entreprises continuent de rencontrer beaucoup de difficultés pour accéder au crédit qui leur permettrait d’investir et de créer des emplois. Le Rapport constate, et c’est important, que les investissements sont de plus en plus volatiles, ce qui exacerbe la précarité de l’emploi dans les
économies avancées, tout comme dans les pays émergents ou en développement.
Enfin, la société est de plus en plus angoissée par le manque d’emplois décents. Dans 57 pays sur 106, le risque de troubles sociaux, estimé pour les besoins de ce Rapport, a augmenté en 2011 par rapport à 2010. L’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne affichent la plus forte aggravation du risque de troubles sociaux.
En moyenne, l’Amérique latine – où l’on constate un certain redressement de l’emploi et, dans quelques cas, une amélioration de la qualité des emplois – a vu son risque de troubles sociaux reculer.
La dégradation de la situation illustre le piège que représente l’austérité pour les économies avancées, et tout d’abord pour l’Europe ...
Depuis 2010, et malgré les déclarations favorables à l’emploi qui se sont succédé dans les réunions du G20 et d’autres forums mondiaux, la stratégie politique s’est détournée de la création d’emplois et de l’amélioration des conditions de travail pour se concentrer sur la réduction des déficits budgétaires à tout prix. Dans les pays européens, la réduction des déficits budgétaires a été considérée comme indispensable pour apaiser les marchés financiers. Mais, même dans les pays qui n’ont pas autant souffert des répercussions de la crise, ce remède est administré à titre préventif – les déficits budgétaires sont réduits pour anticiper toute réaction négative de la part des marchés financiers. Cette approche était destinée à préparer le terrain pour de meilleurs niveaux d’investissement et de croissance, tout en diminuant les déficits budgétaires. En outre, dans le cadre de ce changement de politique, les économies avancées ont en majorité assoupli leur réglementation du travail et affaibli les institutions du marché du travail (chapitre 2). De nouvelles mesures de dérégulation ont été annoncées: elles ont été prises dans l’espoir de voir les marchés financiers réagir de manière positive, stimulant ainsi la confiance, la croissance et la création d’emplois.
Ces attentes ne se sont toutefois pas concrétisées. Dans les pays qui ont poussé le plus loin l’approche austérité-plus-dérégulation, principalement ceux d’Europe du Sud, la croissance de l’économie et de l’emploi a continué de se dégrader. Dans de nombreux cas, les mesures adoptées n’ont pas non plus réussi à stabiliser leur position budgétaire.
La raison fondamentale de cet échec est que ces politiques – appliquées dans un contexte de débouchés limités pour les entreprises, avec la circonstance aggravante d’un système bancaire aux prises avec un processus de «désendettement» – sont incapables de stimuler l’investissement privé. Le piège de l’austérité est en train de se refermer. Dans les faits, l’austérité s’est traduite par une faible croissance économique, une volatilité accrue et une détérioration des bilans des banques qui débouche sur une contraction supplémentaire du crédit, une baisse de l’investissement et, par conséquent, de nouvelles pertes d’emplois. Paradoxalement, cela a aussi altéré les budgets des gouvernements, exigeant encore plus d’austérité. De plus, il n’y a guère eu de progrès en matière de déficits budgétaires dans les pays qui mènent avec
détermination des politiques de rigueur (chapitre 3).
Quant aux politiques de dérégulation, le Rapport estime qu’elles ne permettront pas de relancer la croissance ni l’emploi à court terme – un horizon pourtant crucial en période de crise. En effet, les effets sur l’emploi des réformes du marché du travail dépendent en grande partie du cycle économique. En période de récession, une réglementation moins contraignante pourrait conduire à davantage de licenciements sans contribuer pour autant à la création d’emplois. De même, un affaiblissement de la négociation collective enclencherait sans doute une spirale à la baisse des salaires, retardant
d’autant la reprise.
De manière générale, le Rapport confirme les conclusions d’études menées précédemment, indiquant qu’il n’existe pas de lien clairement établi entre réforme du marché du travail et niveau d’emploi. Fait intéressant, dans la situation où se trouve la plupart des pays, des réglementations de l’emploi appropriées sont généralement associées de manière positive à l’emploi. Mais des régulations mal conçues peuvent altérer les performances du marché du travail. Dans ces cas, il y a des raisons d’envisager des réformes dans le cadre du dialogue social et de les accompagner de mesures de protection sociale. C’est la politique qu’ont récemment menée, avec succès, des pays comme l’Autriche et le Brésil.
... mais elle s’étend à d’autres pays.
De nombreux pays émergents ou en développement ont mené une stratégie de relancede la demande intérieure en vue de compenser la dégradation de leurs perspectivesd’exportation vers les économies avancées. Dans certains de ces pays, comme en Inde, en Amérique latine, en Afrique du Sud ou, plus récemment, en Chine, les salaires semblent augmenter progressivement pour rattraper la productivité. Les investissements publics et la protection sociale ont aussi été renforcés et l’intégration régionale s’est révélée utile.
Néanmoins, même dans ces pays, les marchés du travail et les investissements dans l’économie réelle ne sont pas épargnés par le ralentissement économique global. La volatilité des flux de capitaux a également aggravé la volatilité de l’économie réelle au détriment de la création d’emplois stables.
De ce fait, il devient crucial de prolonger l’approche actuelle basée sur la relance de la demande interne, en la complétant par une meilleure application des normes fondamentales du travail et par des mesures de lutte contre les flux de capitaux
déstabilisateurs.
Une approche alternative existe ...
On peut échapper à ce piège de l’austérité. Le Rapport sur le travail dans le monde de l’an dernier proposait une triple approche qui demeure valable aujourd’hui.
Premièrement, les institutions du marché du travail devraient être renforcées afin que les salaires augmentent au même rythme que la productivité, en commençant dans les pays excédentaires. Dans la conjoncture actuelle, nous pourrions envisager une haussemesurée et coordonnée du salaire minimum. De nouveaux efforts pour appliquer lesnormes fondamentales du travail seraient également utiles, en particulier dans les pays émergents ou en développement où des lacunes perdurent. La ratification des conventions fondamentales de l’OIT dans l’ensemble des pays du G20 donnerait un
signal positif à cet égard.
Deuxièmement, il est primordial de restaurer les conditions du crédit et de créer unenvironnement économique plus favorable aux petites entreprises. C’est urgent, surtoutdans les pays de la zone euro, où la politique de la Banque centrale européenne quiconsiste à fournir des liquidités aux banques n’a pas réussi à relancer le crédit pour l’économie réelle. Il serait peut-être aussi opportun de taxer davantage les entreprises qui ne réinvestissent pas leurs profits et/ou d’alléger la fiscalité sur les entreprises qui mettent l’accent sur l’investissement et la création d’emplois.
Troisièmement, il est possible de promouvoir l’emploi tout en respectant des objectifs budgétaires. Le Rapport montre qu’une modification, neutre d’un point de vuebudgétaire, de la composition des dépenses et des recettes permettrait de créer entre 1,8 et 2,1 millions d’emplois en l’espace d’un à deux ans. Dans le cas des pays émergents ou en développement, les efforts devraient porter sur les investissements publics et la protection sociale, afin de réduire la pauvreté et les inégalités de revenus et de relancerla consommation. Dans les économies avancées, la priorité devrait être de veiller à ce
que les personnes sans emploi, en particulier les jeunes, reçoivent le soutien nécessaire pour trouver un nouvel emploi.
Plus fondamentalement, il est grand temps de se tourner vers une stratégie de croissance et d’emploi. Cela contribuerait à mieux coordonner les politiques et à éviterla contagion liée à la rigueur budgétaire. En Europe, la stratégie pourrait intégrer une approche coordonnée pour résoudre la crise de la dette, dans laquelle des mécanismesde financement novateurs et une meilleure utilisation des Fonds structurels européens – mieux orientés pour répondre aux déficits d’emploi actuels – seraient précieux.
... qui suppose que l’on considère les politiques favorables à l’emploi comme bénéfiques pour l’économie et que l’on refuse de laisser la finance donner le ton pour l’élaboration des politiques.
Ce qui explique en partie l’approche politique actuelle, c’est l’hypothèse que la croissance naît de la rigueur et que les emplois naissent à leur tour de la croissance. A ce jour, les efforts ont donc principalement porté sur la réduction des déficits et larestauration de la croissance mondiale pour retrouver des chiffres positifs dans l’attente que très vite la création d’emplois s’ensuive. Par conséquent, des mesures plus directes, destinées à favoriser la création d’emplois et à augmenter les revenus des personnes les plus fragilisées par la crise, n’ont été que des priorités de second rang.
Puisque nous disposons maintenant d’éléments indiquant que ces hypothèses se révèlent contre-productives, il est crucial d’aller de l’avant avec cette alternative d’approche centrée sur l’emploi autour des axes définis plus haut. Il est également
indispensable de nourrir cette approche alternative par des exemples concrets de politiques qui fonctionnent, pour lesquelles l’OIT a joué un rôle clé en adoptant le Pacte mondial pour l’emploi et pourrait servir plus encore de forum d’analyse politique.
Un autre facteur qui entre en ligne de compte est l’influence sur les politiques publiques qu’exercent l’économie réelle d’une part et le secteur financier de l’autre. Tous deux comptent et tous deux doivent pouvoir se faire entendre. On pourrait dès lors envisager de créer des observatoires sociaux et d’emploi nationaux. Cette initiative aiderait à déterminer un plafond pour le niveau de chômage au-delà duquel de nouvelles mesures devraient être adoptées – tout comme on le fait pour les objectifs d’inflation et de déficits budgétaires. La tâche pourrait être facilitée par la mise en place d’observatoires
indépendants, ayant autorité pour suivre et prévoir les tendances du marché du travail et qui pourraient être chargés de fournir des évaluations indépendantes sur l’impact despropositions politiques en matière d’emploi. Leur mission consisterait à avertir les gouvernements des risques que comporterait l’adoption ou la poursuite de politiques qui sont incapables d’atteindre les objectifs fixés en matière de chômage.
Deuxièmement, il serait tout à fait souhaitable de constituer un forum consultatif national où les politiques économiques et sociales seraient débattues par lesgouvernements et les partenaires sociaux. Les conclusions ne seraient certes pas
contraignantes, mais ces consultations pourraient faire remonter de précieusesinformations auprès des pouvoirs publics sur l’état actuel du marché du travail et les perspectives de chômage. Le forum pourrait aussi jouer un rôle central en collaborant et consultant l’observatoire national ou l’agence créée pour suivre et évaluer l’évolution
du marché du travail et les conséquences des politiques menées.
Enfin, les efforts déployés au plan national pour se tourner vers des politiques qui garantissent de plus hauts niveaux d’emploi seront grandement facilités par la réforme de la gouvernance de l’économie mondiale. L’objectif premier de cette réforme est de fournir un niveau stable et élevé de demande effective dans l’économie mondiale. Cela impliquerait: (i) d’assurer une véritable coordination mondiale des politiques économiques en vue d’éliminer les politiques protectionnistes de «repli sur soi» quiconduisent à des déséquilibres mondiaux et freinent le potentiel mondial de croissance ; (ii) de dissiper la menace constante que font peser la volatilité et la dérégulation des flux financiers transfrontaliers sur la stabilité économique mondiale; (iii) et d’élaborer des politiques macroéconomiques coordonnées pour se préparer à gérer les futures crises économiques mondiales.
En bref, ce Rapport invite les pays à mettre en place les conditions requises par un changement d’approche politique. Cette approche reconnaît l’importance de placer l’emploi en tête de l’agenda politique et la nécessité d’une plus grande cohérence entre les politiques macroéconomiques, sociales et d’emploi. Pour cela, des réformes majeures de la gouvernance à l’échelle nationale et mondiale sont nécessaires. Même si la mission est délicate, des progrès même modestes sur cette voie seront récompensés par de meilleures perspectives d’emploi et une économie plus efficace. "


Pour accéder au texte complet du rapport :
http://www.ilo.org/global/publications/books/world-of-work/lang--fr/index.htm
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La justice sociale est aussi la solution à la crise

Messagepar voxpop » Mar 08 Mai 2012 15:59

Dans le droit fil de la position exposée par l'OIT dans son rapport 2012, Pierre Larrouturou, membre du collectif " Roosevelt 2012 " rappelle que " la justice sociale n'est pas un luxe auquel il faudrait renoncer à cause de la crise ; reconstruire la justice sociale est le seul moyen de sortir de la crise ! ".

Extrait de l'article " Nous ne voulons pas mourir dans les décombres du néolibéralisme ", paru dans les pages Idées du Monde de l'économie et de l'entreprise, en date du 2 mai 2012 :

" Jusqu'à l'arrivée de Ronald Reagan en 1981, l'économie américaine a fonctionné sans avoir besoin ni de dette privée ni de dette publique.
Alors que, pendant trente ans, des règles fordistes avaient assuré un partage équitable de la valeur ajoutée entre les salariés et les actionnaires, les politiques de dérégulation ont, en trente ans, fait passer la part des salaires de 67% à 57% du PIB des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui a conduit à augmenter tant la dette publique - car les impôts sur les salaires et la consommation sont la première ressource des Etats - que la dette privée, car les salariés ont dû s'endetter pour maintenir leur niveau de vie.
C'est à cause du chômage et de la précarité que la part des salaires a tellement baissé dans tous nos pays : le chômage n'est pas seulement une conséquence de la crise que nous vivons depuis cinq ans, il en est une des causes fondamentales. On ne pourra pas sortir de la crise sans s'attaquer radicalement au chômage et à la précarité.
N'en déplaise aux néolibéraux, nous ne sommes pas face à une crise de l'Etat-providence, mais bien face à une crise du capitalisme dont l'extrême gravité rend insuffisantes les réponses classiques de l'Etat-providence. La justice sociale n'est pas un luxe auquel il faudrait renoncer à cause de la crise ; reconstruire la justice sociale est le seul moyen de sortir de la crise ! "


Pour prendre connaissance de la totalité de l'article :
http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2012/04/30/nous-ne-voulons-pas-mourir-dans-les-decombres-du-neoliberalisme_1693201_3232.html
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Re: L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar causonsen » Jeu 06 Sep 2012 09:59

Le BIT (Bureau international du Travail, qui est le secrétariat permanent de l'Organisation internationale du Travail) vient de publier une étude intitulée " Les inégalités de revenus en tant que cause de la grande récession ? " Le point d'interrogation est de simple précaution car l'étude conclut nettement par l'affirmative.
Income inequality as a cause of the Great Recession?
A survey of current debates


Sur cette question du rapport entre la justice sociale et l'efficacité économique, la consultation de l'historique des rapports annuels de l'OIT (Organisation internationale du travail) fait apparaître une belle constance dans l'analyse, ainsi qu'en témoigne, par exemple, le Rapport sur le travail dans le monde en 2008, dont nous reproduisons la synthèse ci-après (communiqué de presse du 16 octobre 2008).
Il est bien dommage que la grande presse donne aussi peu d'écho à des travaux de cette qualité, qui vont à l'encontre de la vulgate ultralibérale dont on nous rebat les oreilles.
Quatre ans après sa publication, ce rapport 2008 reste d'une actualité brûlante.

" En dépit d’une forte croissance de l’économie mondiale qui a créé des millions d’emplois depuis le début des années 1990, les inégalités de revenus ont continué de se creuser de façon significative dans la plupart des régions du monde et devraient encore s’accroître du fait de la crise financière actuelle, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’institut de recherche de l’Organisation internationale du Travail (OIT).
L’étude, intitulée Rapport sur le travail dans le monde 2008 : Les inégalités de revenu à l’épreuve de la mondialisation financière, et réalisée par l’Institut international d’études sociales de l’OIT, note qu’une majeure partie du coût de la crise économique et financière sera supportée par des centaines de millions de gens qui n’ont pas eu accès aux bénéfices de la récente croissance.
" Ce rapport montre de façon concluante que l’écart entre les revenus des ménages les plus riches et ceux des plus pauvres s’est creusé depuis le début des années 1990 » dit Raymond Torres, Directeur de l’Institut en charge du rapport. « Cela reflète l’impact de la mondialisation financière et la plus faible capacité des politiques domestiques à améliorer les revenus des classes moyennes et des bas salaires. La crise financière mondiale actuelle ne peut qu’aggraver la situation, à moins que des réformes structurelles de long terme ne soient adoptées.»
L’étude relève que, « si un certain degré d’inégalités de revenu peut être utile pour récompenser l’effort, le talent et l’innovation, de grandes disparités peuvent être contreproductives et dommageables pour la plupart des économies », ajoutant que « Quand elle devient excessive, l’augmentation des inégalités de revenu représente un danger pour le corps social, et porte préjudice à l’efficacité économique."
Ce rapport représente l’étude la plus complète sur les inégalités de revenu réalisée par l’Institut à ce jour. Les salaires et la croissance dans plus de 70 pays développés ainsi qu’en développement y sont examinés. Le rapport plaide en faveur d’une action à plus long terme afin de remettre l’économie sur une voie plus équilibrée, notamment en promouvant l’Agenda pour le travail décent de l’OIT comme lien entre les politiques économique, sociale et du travail afin de dynamiser l’emploi, améliorer les revenus et la répartition des richesses.
Alors que l’emploi global a augmenté de 30 pour cent entre le début des années 1990 et 2007, les écarts de revenu entre ménages riches et ménages pauvres se sont considérablement accrus dans le même temps, indique le rapport. Qui plus est, comparé aux précédentes périodes d’expansion, les travailleurs ont obtenu une plus petite part des fruits de la croissance économique, la part des salaires dans le revenu national ayant décliné dans l’immense majorité des pays pour lesquels des données sont disponibles.
« Le ralentissement mondial actuel de l’économie affecte de façon disproportionnée les catégories à bas revenus », dit le rapport. « Cette évolution vient après une longue phase d’expansion pendant laquelle les inégalités de revenu étaient déjà à la hausse dans la majorité des pays.»
Parmi les conclusions du rapport:
- La croissance de l’emploi s’est accompagnée d’une redistribution des richesses au détriment du travail. Dans 51 des 73 pays pour lesquelles des données sont disponibles, la part des salaires dans le revenu total a reculé au cours des vingt dernières années. Le plus fort déclin de la part des salaires dans le PIB s’est produit en Amérique latine et dans les Caraïbes (-13 points de pourcentage), suivi par l’Asie et le Pacifique (-10 points de pourcentage) et les économies développées (-9 points de pourcentage).
- Dans les pays où existent des innovations financières non réglementées, les travailleurs et leur famille se sont endettés davantage afin de financer leur logement et leur consommation. C’est ce qui, en période de forte modération salariale, a permis de soutenir la demande intérieure. Cependant, la crise a mis au jour les limites de ce modèle de croissance.
- Entre 1990 et 2005, près des deux tiers des pays ont fait l’expérience d’une hausse des disparités de revenu. Le revenu total des ménages à hauts revenus s’est accru plus rapidement que celui des ménages à moyen et bas revenus.
- Au cours de la même période également, l’écart de revenu entre les 10 pour cent des salariés les mieux rémunérés et les 10 pour cent les moins bien payés a augmenté dans 70 pour cent des pays pour lesquels on dispose de données.
- Les disparités de revenu s’accentuent aussi – à un rythme accéléré – entre cadres dirigeants et employés moyens. Ainsi, en 2007, les dirigeants des 15 plus grandes entreprises américaines gagnaient en moyenne 520 fois le salaire moyen d’un employé, contre 360 fois en 2003. Des tendances semblables, bien qu’à partir de niveaux de rémunération des dirigeants inférieurs, ont été enregistrées en Australie, Allemagne, Hong-kong (Chine), Pays-Bas et Afrique du Sud.
Notant les prévisions de poursuite de la hausse des inégalités de revenu dans le contexte économique actuel, le rapport indique que des inégalités de revenu excessives pourraient être associées à des taux de criminalité accrus, une espérance de vie réduite et, dans le cas des pays pauvres, à la malnutrition et à une plus forte probabilité de voir les enfants privés d’école pour aller travailler.
« Dès maintenant, il existe une perception très répandue dans de nombreux pays que la mondialisation ne fonctionne pas dans l’intérêt de la majorité de la population », affirme le rapport. « Le défi politique est dès lors d’assurer des moyens appropriés pour encourager le travail, l’apprentissage et l’investissement, tout en évitant que les inégalités de revenu ne deviennent socialement dangereuses et économiquement inefficaces
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Re: L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar voxpop » Sam 08 Sep 2012 11:20

Pour ce qui concerne plus particulièrement la France, l'INSEE vient de publier une étude sur " Les niveaux de vie en 2010 ", qui témoigne d'un nouvel accroissement de la pauvreté et des inégalités.
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1412

Extraits :

" Résumé
En 2010, selon l’enquête Revenus fiscaux et sociaux, le niveau de vie médian s’élève à 19 270 euros annuels, soit une diminution en euros constants de 0,5 % par rapport à 2009. Les 10 % des personnes les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 10 430 euros ; celui des 10 % les plus aisées est d’au moins 36 270 euros, soit 3,5 fois plus. Le niveau de vie baisse ou stagne pour pratiquement toutes les catégories de population sauf pour les plus aisées. Le seuil de pauvreté, qui correspond à 60 % du niveau de vie médian de la population, s’établit à 964 euros mensuels en 2010. La pauvreté continue de progresser. Elle concerne 8,6 millions de personnes, soit 14,1 % de la population contre 13,5 % en 2009.
Cette progression affecte davantage les enfants : le taux de pauvreté des moins de 18 ans atteint 19,6 %, en hausse de 1,9 point. La non-reconduction de mesures d’aides ponctuelles, mises en œuvre en 2009 afin de limiter les effets de la crise sur les ménages modestes, et le gel du barème des prestations familiales en 2010, expliquent pour partie que cette population soit plus affectée.

Le niveau de vie médian en 2010 s’élève à 19 270 euros annuels
En 2010, selon l’enquête Revenus fiscaux et sociaux, le niveau de vie médian des personnes vivant dans un ménage de France métropolitaine est de 19 270 euros, soit 1 610 euros par mois. Ce montant partage la population en deux, la première moitié ayant moins et la seconde ayant plus. Par construction, tous les membres d’un même ménage ont le même niveau de vie. Il correspond au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation de celui-ci.
Par rapport à 2009, le niveau de vie médian a diminué de 0,5 % en euros constants. Il faut remonter à 2004 pour enregistrer un tel recul. L’impact de la crise économique a toutefois été sensible dès 2009, ce niveau de vie n’ayant progressé en euros constants que de 0,4 % cette année-là, contre + 1,7 % par an en moyenne de 2004 à 2008.
Seules les catégories plus aisées échappent à la stagnation ou à la baisse du niveau de vie
Malgré un contexte de reprise économique en 2010, certes modérée, pratiquement toutes les catégories de la population subissent une baisse de niveau de vie en euros constants. Les neufs déciles de niveau de vie, seuils qui partagent la population en dix sous-populations d’effectifs égaux, des moins aisés aux plus aisés, stagnent ou diminuent (graphique). En particulier, pour la première fois depuis 2004, les déciles au-dessus de la médiane diminuent, alors que seuls les déciles inférieurs à la médiane avaient baissé en 2009.
La baisse est toutefois plus forte dans le bas de la distribution (entre − 1,3 % et − 1,6 % pour les trois premiers déciles) que dans le haut (− 0,3 % pour le 9e décile et une quasi-stabilité pour les trois précédents). En conséquence, entre le 1er décile, niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes, et le 9e décile, niveau de vie plancher des 10 % les plus aisés, le rapport est de 1 à 3,5 contre 1 à 3,4 en 2009.
La seule évolution des déciles ne rend toutefois pas compte des tendances aux extrémités de la distribution des niveaux de vie. À contre-courant du reste de la population, le niveau de vie au-dessus duquel se situent les 5 % de personnes les plus aisées repart à la hausse (+ 1,3 % en euros constants) après avoir stagné en 2009 (+ 0,2 %).

La plupart des indicateurs d’inégalités sont à la hausse
Compte tenu de ces évolutions contrastées le long de l’échelle des niveaux de vie, la plupart des indicateurs montrent une progression des inégalités. Ainsi, l’indice de Gini augmente de 0,290 à 0,299. Le rapport entre la masse des niveaux de vie détenue par les 20 % de personnes les plus aisées et celle détenue par les 20 % les plus modestes s’élève de 4,3 à 4,5.
En tendance sur moyenne période, la progression des inégalités « par le haut » est nette : entre 1996 et 2010, le niveau de vie moyen des 10 % de personnes les plus aisées a augmenté d’environ 2,1 % par an en moyenne, contre 1,4 % pour le niveau de vie moyen de l’ensemble de la population.
En 2010, les évolutions de salaires expliquent en partie la hausse des inégalités. En effet, en bas de l’échelle des niveaux de vie (au-dessous du 1er décile), le poids des salaires dans le revenu disponible diminue de 3 points, s’établissant à 27 % : d’une part, la proportion de personnes ayant un emploi recule, passant de 23 % à 21 % ; d’autre part, la revalorisation du Smic horaire brut a été limitée en 2010 du fait de la faible inflation en 2009 (en moyenne annuelle, le Smic baisse de 0,5 % en euros constants).
En haut de l’échelle des niveaux de vie (au-dessus du 9e décile), les salaires sont plus dynamiques. En 2010, le salaire moyen des cadres augmente en euros constants, en particulier dans le secteur financier, tandis qu’il diminue pour les ouvriers.
Quant aux revenus du patrimoine, pour la majorité de la population, ils contribuent peu à l’évolution du niveau de vie. Leur poids demeure faible et la majeure partie provient de placements dont les taux diminuent (livrets d’épargne, supports en euros des contrats d’assurance-vie). En revanche, les 10 % de personnes les plus aisées détiennent aussi des placements plus risqués, dont les rendements sont plus élevés en 2010. Les revenus du patrimoine, qui ont un poids important dans leurs ressources (26 % du revenu disponible, contre 7 % en moyenne pour le reste de la population), contribuent positivement à la progression de leur niveau de vie.
À nouveau en hausse, le taux de pauvreté atteint 14,1 %
Le seuil de pauvreté monétaire est défini par convention à 60 % du niveau de vie médian. En 2010, 8,6 millions de personnes vivent en dessous de ce seuil, qui s’élève à 964 euros par mois ; la moitié d’entre elles vivent avec moins de 781 euros par mois (tableau 2). À titre de comparaison, pour une personne seule, le socle du revenu de solidarité active (RSA) s’élève à 460 euros et l’allocation de solidarité pour personnes âgées (ASPA) à 709 euros (au 1er avril 2010).
Le taux de pauvreté monétaire, pourcentage de personnes en situation de pauvreté monétaire, est de 14,1 %, en hausse de 0,6 point. Il poursuit la hausse de 2009 (+ 0,5 point) et atteint son plus haut niveau depuis 1997. Toutefois, l’intensité de la pauvreté, qui mesure l’écart entre le niveau de vie médian des personnes pauvres et le seuil de pauvreté, reste stable : la dégradation des niveaux de vie touchant quasiment toutes les catégories de population, les inégalités au sein des plus modestes restent en fait les mêmes.
En 2010, le taux de pauvreté reste le plus élevé pour les chômeurs (36,4 %) et est en hausse de 1,7 point (tableau 3). Mais contrairement à 2009, le chômage contribue peu à l’évolution globale de la pauvreté (à peine 4 % de l’accroissement du nombre de personnes pauvres). En effet, après une forte hausse en 2009, le nombre de chômeurs se replie légèrement courant 2010. Dans le même temps, le profil des chômeurs est plus modeste qu’en 2009 : cette année-là, au plus fort de la récession, l’augmentation du chômage avait touché des individus plus âgés et plus qualifiés en moyenne, dont le montant des allocations était plus élevé.
Les plus fortes contributions à la hausse de la pauvreté sont en fait celles des inactifs : les retraités (11 % de l’accroissement du nombre de personnes pauvres), les adultes inactifs autres que les étudiants et retraités (16 %) et, surtout, les inactifs de moins de 18 ans, c’est-à-dire les enfants (63 %).
Le niveau de vie médian des retraités diminue de 1,1 % et leur taux de pauvreté progresse de 0,3 point pour s’établir à 10,2 % : dans la majorité des régimes de retraite, la revalorisation des pensions a été inférieure à la hausse des prix et la diminution des taux de rendements des placements financiers usuels a bridé les revenus financiers des retraités.
Après une hausse de 1 point en 2009, le taux de pauvreté des autres adultes inactifs (hors étudiants et retraités) augmente de 1,9 point et atteint 32,2 % en 2010. Cette hausse sur deux ans est en lien avec la progression du nombre d’allocataires de minima sociaux, même si en 2010 son ralentissement (+ 2,5 % en 2010 après + 6,2 %) tranche avec la progression du taux de pauvreté. Nombre de ces autres inactifs font partie de ménages avec enfants alors même que la progression des prestations familiales a marqué le pas (+ 0,5 % après + 3,5 % des masses de prestations en euros courants, source Cnaf).

Une hausse qui touche plus particulièrement les enfants
Structurellement, le niveau de vie des enfants de moins de 18 ans est inférieur à celui de l’ensemble de la population. D’une part, un enfant entraîne un coût financier alors qu’il ne contribue pas aux ressources du ménage, même si les transferts (prestations sociales et quotient familial) atténuent sensiblement cet effet. D’autre part, les adultes ont en moyenne des revenus d’activité plus faibles dans les familles nombreuses. Le taux de pauvreté des enfants est donc plus élevé que celui de l’ensemble de la population. Les enfants pauvres vivent par ailleurs beaucoup plus fréquemment dans des familles monoparentales (35 % d’entre eux contre 12 % des autres enfants), en particulier celles dont le parent isolé ne travaille pas, ainsi que dans des familles composées d’un couple où au moins l’un des parents ne travaille pas (47 % contre 24 %).
En 2010, la progression de la pauvreté touche tout particulièrement les enfants : après + 0,4 point en 2009, leur taux de pauvreté progresse de 1,9 point, atteignant 19,6 %. Les enfants contribuent ainsi pour près des deux tiers à l’augmentation du nombre de personnes pauvres. Le fait que les familles monoparentales et les couples avec enfants soient davantage concernés par la hausse de la pauvreté que d’autres catégories de population traduit le même phénomène (tableau 5). Cette évolution spécifique constitue en fait un contrecoup de 2009, année durant laquelle deux éléments avaient contribué à contenir la hausse du taux de pauvreté des enfants.
D’une part, deux primes exceptionnelles avaient été versées en 2009 aux ménages dans le cadre du plan de relance et ne l’ont pas été en 2010 : 150 euros aux bénéficiaires de l’allocation de rentrée scolaire, ainsi qu’une « prime de solidarité active » de 200 euros, aux bénéficiaires du revenu minimum d’insertion, de l’allocation de parent isolé ou d’une aide au logement.
D’autre part, la revalorisation des prestations familiales en 2009 s’était faite sur la base d’une prévision d’inflation finalement surestimée de l’ordre d’un point, si bien qu’aucune revalorisation n’est intervenue en 2010.
Au final, le cumul de ces différentes mesures a contribué à limiter de 0,8 point la hausse du taux de pauvreté des enfants en 2009, mais aussi, par contrecoup, à l’accentuer d’autant en 2010. "
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Re: L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar causonsen » Mar 11 Sep 2012 19:22

Et maintenant, pour ce qui concerne les USA, cette " brève ", parue sur Le Monde.fr du 11 septembre 2012 :

Pauvreté croissante aux Etats-Unis
" De plus en plus d'Américains - dont des proportions croissantes de blancs et de jeunes - estiment appartenir aux classes défavorisées, indique un sondage publié lundi par l'Institut Pew sur la démographie. Un tiers d'Américains se sentent faire partie de la classe moyenne inférieure ou de la classe défavorisée contre un quart il y a quatre ans, selon ce sondage réalisé
auprès de 2 508 adultes. Non seulement cette tranche de population a augmenté, mais sa composition sociologique change, ajoute l'étude, qui note l'importance grandissante des jeunes de moins de 30 ans (39 % contre 25 % il y a quatre ans), des blancs (31 % - 23 %) et des hispaniques (40 % - 30 %).
"

Nous savons à peu près ce qu'en pensent respectivement Mitt Romney et Barack Obama. Nous n'allons pas tarder à savoir ce qu'en pense la majorité de la population des USA, selon les résultats des prochaines élections présidentielles.
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Re: L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar scripta manent » Mar 11 Sep 2012 19:47

La question de la relation entre Inégalités de revenus et Récession économique me semble revêtir plusieurs aspects.
D'abord, celui évoqué dans les messages précédents, à savoir l'incidence de la pauvreté croissante sur le niveau de la consommation. Ce sont en effet les plus pauvres qui ont la plus forte propension à consommer tout supplément de revenu, contrairement aux plus riches, dont les besoins élémentaires et les besoins de confort sont évidemment largement couverts mais aussi les "besoins de superflu".
Cette réalité a été occultée pendant un temps par la croissance forcenée de l'endettement des ménages, à commencer par les plus pauvres, et par la bulle immobilière qui l'a accompagnée dans beaucoup de pays, jusqu'à ce que cette baudruche éclate avec les conséquences que l'on sait.
Il y a un autre aspect de l'inégalité croissante des revenus qui mérite aussi que l'on s'y attarde. Jusqu'aux années 1970/1980, la grande richesse était, pour l'essentiel, le fait de détenteurs d'actions et autres produits financiers et très rares étaient les salariés, dirigeants ou non, qui pouvaient y accéder. Depuis la mise en application des principes ultralibéraux, les dirigeants de grandes entreprises et les courtiers financiers ont été encouragés à accompagner le mouvement par des niveaux et principes de rémunération qui en ont fait des courroies de transmission "efficaces" et dociles du nouveau système de pensée. On a ainsi vu apparaître des niveaux de rémunération du "travail" inédits jusqu'alors. Ces nouveaux accédants à la grande richesse ont un double impact sur la croissance des inégalités : ils entrent dans la statistique par le haut, mais aussi et surtout ils nourrissent le développement des inégalités en agissant tous les jours au service de la machine à faire de l'argent à court terme.
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Re: L'Organisation Int. du Travail contre le dogme dominant

Messagepar voxpop » Dim 16 Sep 2012 10:49

Toujours sur la question des excès d'inégalité :
Dans un livre qui vient de paraître (" Le courage de la non-violence ", Editions Indigène), Jean-Pierre Barou nous livre cette citation de Gandhi : " La puissance de la guinée que vous avez dans la poche dépend complètement de l'absence de la guinée dans la poche de votre voisin. " Belle façon de rappeler qu'il ne suffit pas d'être riche pour être puissant, encore faut-il que les autres soient pauvres !
Au passage, ce livre bat en brèche l'image d'un Gandhi plus doux que doux. En témoigne notamment cette citation : " Je crois que, s'il fallait absolument faire un choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. "
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