» Pour vous inscrire : Inscription           » Si vous êtes déjà inscrit : Connexion           » Pour nous contacter : Contact

La BCE à François Hollande : touchez pas au grisbi !

Origine et situation des dettes publiques, en Europe et ailleurs - Politique et pouvoir monétaires

La BCE à François Hollande : touchez pas au grisbi !

Messagepar scripta manent » Mar 12 Fév 2013 20:46

Le 5 février 2013, François Hollande a fait une déclaration iconoclaste aux yeux de certains : il a suggéré que la zone euro se donne un objectif à moyen terme pour le cours de l'euro.

Deux considérations en particulier militent en faveur de cette suggestion :
- globalement, l'euro a atteint un niveau qui pénalise les exportations de la zone ;
- la succession des crises économiques, ainsi que leur violence et leur coût croissants, nous ont appris que l'autorégulation par le marché était un mythe et qu'il ne devait donc pas être interdit à la puissance publique de réagir en cas de dérive du cours des changes.

Les tirs de barrage n'ont pas tardé, de la part des " pays vertueux du nord de l'Europe " (air connu), dont la balance commerciale est déjà excédentaire, et de la part de la BCE qui n'apprécie pas que l'on piétine ainsi ses plates-bandes.

Dans la première catégorie on trouve en toute première ligne l'Allemagne, dont la politique de bas salaires menée depuis une dizaine d'années peut s'assimiler à une " dévaluation interne " (de l'ordre de 20 %). Ce sont alors les salariés qui font les frais du regain de compétitivité.

Jörg Asmussen, membre du Directoire de la BCE, rejoint cette école de pensée, lorsqu'il déclare, dans un entretien accordé au journal allemand Handelsblatt, en réponse à François Hollande : " Le cœur du problème se situe à l'intérieur du pays et non pas dans les taux de change." Pour le cas où François Hollande n'aurait pas bien compris, Jörg Asmussen enfonce le clou en encourageant la France a faire plus en matière de rigueur. Bon prince, il nous décerne tout de même un accessit : " Je suis content que le gouvernement français ait fait de l'amélioration de sa compétitivité une question centrale."

Il n'y a aucune raison d'opposer ainsi les mesures "internes" et les mesures d'ordre monétaire ou de change. Elles font, les unes comme les autres, partie du clavier dont doit pouvoir jouer la puissance publique, sans pour autant céder à la facilité.
Le cours des monnaies est dépendant de "fondamentaux économiques" mais aussi, et de plus en plus, de mécanismes purement spéculatifs mettant en jeu d'énormes masses d'argent sur l'ensemble de la planète.
Avec la dérégulation des mouvements de capitaux, les fonds spéculatifs ont toute latitude pour jouer sur les monnaies, avec une force de frappe considérable. Dans le même temps, les Etats devraient se contenter de regarder le match ?
Non, merci. François Hollande a raison : le cours de l'euro n'est pas un sujet tabou.

Pour accéder à l'article du Handelsblatt (en allemand ...) :
Handelsblatt]Handelsblatt
scripta manent
Site Admin
 
Messages: 330
Enregistré le: Mer 06 Juil 2011 11:35

Re: La BCE à François Hollande : touchez pas au grisbi !

Messagepar causonsen » Mer 27 Fév 2013 16:24

" Les variations des taux de change des grands pays de l’OCDE sont uniquement dues à la spéculation, pas à l’évolution des fondamentaux. ", tel est le titre d'un rapport d'étude de Natixis, en date du 19 février 2013.
Le résumé du rapport enfonce clairement le clou : " Si les variations des taux de change des grands pays de l’OCDE (nous regardons les Etats-Unis, la zone euro, le Japon, le Royaume-Uni) étaient liées à l’évolution des fondamentaux de ces pays, elles seraient liées aux achats d’actifs (actions, obligations…) de ces pays par les non résidents, qui répondent normalement aux variations des fondamentaux (croissance, profitabilité, déficit public et extérieur, compétitivité…).
Or ce n’est pas le cas : les taux de change de ces pays sont liés seulement aux positions nettes ouvertes à terme sur les
devises de ces pays, pas aux achats ou ventes d’actifs (obligations, actions) de ces pays par les non résidents.
C’est donc seulement la perception des « spéculateurs », en particulier sur la situation de la crise de la zone euro, qui
détermine les taux de change, d’où le risque de maintien d’une forte variabilité des taux de change.
"
Rappelons que Natixis est une société du groupe BPCE (Banques populaires Caisses d'épargne).

Voila qui apporte de l'eau à notre moulin !

Pour accéder au texte complet du rapport d'étude de Natixis : puissamment documenté :
Rapport d'étude Natixis
causonsen
 
Messages: 309
Enregistré le: Mar 13 Mar 2012 19:15

Re: La BCE à François Hollande : touchez pas au grisbi !

Messagepar scripta manent » Lun 14 Avr 2014 20:02

Lu dans Le Monde.fr 12-15 de ce jour (14 avril 2014) :

" Le ministre des finances, Michel Sapin, a réaffirmé son opposition à un euro trop fort, se félicitant des propos à cet égard du président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, samedi à Washington. L'euro "trop fort" aujourd'hui, "est un frein à la croissance de la France", a assuré M. Sapin à l'antenne d'Europe 1. Le ministre s'est félicité que la BCE ait "pris conscience" que l'euro trop fort constituait "une gêne pour l'ensemble des pays européens, et tout particulièrement pour la France". M. Draghi a assuré samedi lors d'une conférence de presse à Washington que la BCE pourrait décider d'une "action monétaire" si l'euro continuait de s'apprécier, pour que "la politique monétaire reste aussi accommodante qu'elle l'est aujourd'hui". Le premier ministre, Manuel Valls, avait critiqué dans son discours de politique générale le frein à la croissance que représente selon lui un euro trop fort. Interrogé lundi matin sur France Inter en même temps que M. Sapin, l'ancien ministre de l'économie et des finances Pierre Moscovici, s'est félicité que la banque centrale soit "consciente qu'il faut éviter la déflation, qu'il faut éviter que la baisse des prix ne vienne entacher la reprise qui s'amorce". "Cela veut dire que M. Draghi se sent aussi comptable de la croissance et donc c'est une bonne chose, a déclaré M. Moscovici. Ne croyons pas non plus qu'il suffirait que l'euro baisse pour que nos problèmes internes soient résolus. [...] L'euro ne doit être ni un bouc émissaire ni une forme de laisser-aller par rapport à des réformes qu'il faut mener pour que notre pays soit plus moderne et plus compétitif car nous avons la même monnaie que l'Allemagne qui a aujourd'hui tout de même de meilleures performances que nous."
La monnaie européenne a du mal à baisser face au dollar. Elle reste proche de ses plus hauts depuis fin 2011 (autour de 1,3850 dollar ce matin). La perspective d'une intervention de la BCE n'a eu pour l'instant qu'un impact limité sur le cours de l'euro-dollar.
"

Voila qui pourrait bien traduire un début d'abandon du " touchez pas au grisbi " ! de la part de la BCE.
Quant à Pierre Moscovici, il prépare son entrée à la Commission européenne en se conformant aux doctes discours de ce cénacle ultralibéral ?
scripta manent
Site Admin
 
Messages: 330
Enregistré le: Mer 06 Juil 2011 11:35

Re: La BCE à François Hollande : touchez pas au grisbi !

Messagepar scripta manent » Mer 23 Juil 2014 21:32

Une étude de Natixis en plein dans le sujet : " Qu’elle le veuille ou non, la BCE devra déprécier le taux de change de l’euro. " (18 juillet 2014).

Le résumé par Natixis :
" Il ne s’agit pas ici de développer l’idée que la BCE va vouloir améliorer la compétitivité de la zone euro. Il s’agit seulement de regarder comment la BCE va pouvoir remplir son mandat qui est de ramener dans quelques années l’inflation au voisinage de 2%, à partir de 0,5% aujourd’hui.
L’inflation dépend des coûts salariaux et des prix des importations.
Peut-on imaginer qu’une politique monétaire expansionniste puisse conduire à une accélération des salaires dans la zone euro, alors que le chômage est élevé, que le pouvoir de négociation des salariés est très faible, que le désendettement continue ? Si, ce qui est très probable, l’effet de la politique monétaire sur les salaires est très faible, la normalisation de l’inflation ne pourra se faire que par la hausse des prix des importations, donc par la dépréciation du taux de change de l’euro dans un environnement de stabilité des prix des matières premières.
La BCE, seulement pour respecter son mandat, devra donc déprécier l’euro.
"

Pour accéder au texte complet de l'étude : Natixis
scripta manent
Site Admin
 
Messages: 330
Enregistré le: Mer 06 Juil 2011 11:35


Retourner vers Budgets et dettes publics - Politique monétaire

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron