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Nous vendrons des ours en peluche aux chinois

Nous vendrons des ours en peluche aux chinois

Messagepar scripta manent » Lun 02 Avr 2012 23:03

Margrethe Vestager, ministre danoise de l’économie, dont le pays assure en ce moment la présidence de l’Union européenne, vient de déclarer, dans la perspective de la réunion du G20 qui doit débattre, le 22 avril, d’une augmentation des ressources du FMI : « Il est important de faire en sorte que le FMI ait suffisamment de ressources pour jouer son rôle systémique dans l'économie mondiale et l'accord d'hier au sein de l'Eurogroupe [...] est très important à cet égard. »Quant à Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, il a déclaré : « Nous pouvons nous rendre aux réunions de printemps à Washington, le sentiment du devoir accompli ».

Cette autosatisfaction n’est pas de mise. Les mesures qui ont été prises et celles qui se préparent visent à éviter l’implosion du système économique et financier qui domine le monde depuis une trentaine d’années mais elles n’en corrigent ni les excès ni les vices fondamentaux. L’ultralibéralisme vient de produire une succession de crises sans précédent, réduisant à néant ses prétentions à l’autorégulation. L’ouverture inconditionnelle des frontières et la dérégulation à outrance ont fait voler en éclats la cohérence des territoires d’exercice des pouvoirs politique, économique et financier, mettant le premier sous tutelle des deux autres.
Parce qu’elles en constatent les effets, sans nécessairement en identifier les causes, les populations sanctionnent lors des élections ce déclin du pouvoir politique. Les forts taux d’abstention n’expriment rien d’autre qu’une décrédibilisation de nos gouvernants. Pourquoi se déplacer si l’on est convaincu que « rien ne changera » ?
Ce désarroi démocratique mérite toute notre attention car il ouvre un boulevard aux vendeurs de potions magiques et chasseurs de boucs émissaires.
De surcroît, cette impuissance et ce discrédit du politique surviennent en un temps où l’humanité va devoir affronter des périls dont nous ne faisons encore que pressentir l’envergure : dégradation de l’environnement, pression démographique, flux migratoires, pénuries en eau, aliments, énergie, …
La mise en place d’un « gouvernement financier » de la planète, sous l’égide du FMI n’apportera aucun remède, bien au contraire, à cette crise du politique, ni aux problèmes sociaux et environnementaux, et il va de même des mécanismes budgétaires et financiers qui ont été mis en place en Europe. C’est pourtant à ces problématiques fondamentales qu’il va falloir finir par s’attaquer.

Trois organismes internationaux jouent aujourd’hui un rôle majeur dans la conduite des affaires économiques au niveau mondial : le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC. Tous ont été et demeurent des artisans d’un libéralisme radical.
Les deux premiers ont été créés à l’issue de la conférence de Bretton Woods qui, en 1944, dans l’élan de solidarité succédant à la guerre visait, d’une part, à éviter le retour des désordres de la crise de 1929 et, d’autre part, à financer les travaux de reconstruction.
A partir du début de la décennie 80, le FMI a trahi sa mission et s’est converti à l’ultralibéralisme. Créé pour éviter de nouveaux dérèglements des marchés financiers, il a tourné casaque et s’est mis à prôner leur libéralisation complète. Dans le même temps, la Banque Mondiale, initialement BIRD (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement) est devenue l’instrument de cette doctrine : du financement de projets, elle est passée aux prêts à « l’ajustement structurel ».
Les interlocuteurs nationaux de ces institutions internationales sont des argentiers : ministres des finances et directeurs de banques centrales, qui agissent nécessairement en relation avec les milieux d’affaires. Tout cela est de bon ton, parfois enveloppé de considérations humanistes, mais les affaires sont les affaires.

Ces gens-là vont de réunions en colloques, de colloques en congrès, de congrès en symposiums.
Ils s’y retrouvent, s’y congratulent. Ils y brassent gaillardement des centaines de milliards. Le grand frisson, c’est les réunions de crise ! On commence par annoncer qu’aucun accord n’est en vue et que le précipice se rapproche. Les gazettes s’affolent. Mais personne n’a intérêt à ce que le jeu s’arrête. Après avoir fait craindre le pire, on annonce que, cette fois encore, un accord a été trouvé. La planète économique et financière est sauvée. On respire. Bien sûr, la roue à cliquet de la rigueur va devoir continuer à tourner. La voie de la compétitivité est un parcours de pénitence, mais on nous assure que la récompense est au bout : nous serons pauvres, abrutis de travail et de consumérisme indigent mais nous vendrons des ours en peluche aux chinois.
scripta manent
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