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Le business de la dernière heure

Le business de la dernière heure

Messagepar scripta manent » Ven 16 Nov 2012 11:58

Depuis que j’ai franchi le seuil des 65 ans, les entrepreneurs de pompes funèbres me témoignent une grande sollicitude et les assureurs tiennent essentiellement à ce que je me préoccupe, immédiatement et en leur compagnie, de mes inéluctables et coûteuse obsèques.
Il s’agit manifestement de ferrer le poisson tant qu’il est encore vif, sans attendre que des parents plongés dans le désarroi se jettent dans les bras du premier pompiste venu.

Ce matin encore, on m’a proposé « d’anticiper pour ne plus y penser ». « Anticiper » : ils en ont de bien bonnes ! Et puis, « ne plus y penser », quelle curieuse idée. Et s’il me plait à moi d’y penser, quand je le veux et comme je le veux. Tout en nous bombardant de sollicitations, les spécialistes des fins dernières nous proposent d’enterrer le sujet, comme si celui-ci ne méritait pas toute notre considération. Ces manières désinvoltes sont bien de notre temps : l’homo consommicus est prié de ne pas se laisser aller à la méditation.

Les inépuisables ressources du marketing sont largement mobilisées pour cette prospection, jusques et y compris les pompes sociales et solidaires, le « low cost » et le « discount », même si le caractère particulier du sujet a quelque peu contraint l’ardeur des créatifs : pas de pompes durables à l’horizon ; pas non plus d’offre promotionnelle, du genre « pour toute cérémonie programmée avant le …, la seconde est offerte ».
Pas non plus de couplage à ce jour avec les informations de la carte Vitale. On imagine sans mal les vastes perspectives que cela pourrait ouvrir : « Vous n’avez pas donné suite à nos précédents messages. Pourtant, cela n’a pas l’air d’aller fort. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de … ».

Ferraillant contre les excès de l’ultralibéralisme, il me serait assez pénible, quand mon âme sera allée vaquer à ses occupations, de finir en matière première de cet ultime business. J’aspire donc à me dérober à la concupiscence des marchés, à me soustraire à ce pugilat commercial de la dernière heure, à cette brève mais farouche empoignade pour se saisir de ma dépouille.

Alors, que faire ?
Enquêter sur le crime organisé dans les quartiers chauds de Palerme et disparaître une gueuse au pied dans la baie du même nom ? Ne rêvons pas. Ces issues expéditives nécessitent du courage et de l’allant. Elles ne sont pas à la portée de tout le monde. Et puis, notre propos n’est pas de devancer l’appel.
Il y aurait bien la solution évoquée par Brassens dans ses « funérailles d’antan » : « à la grande rigueur, ne pas mourir du tout », mais lui-même n’y croyait pas trop.
Laissons donc faire le cours de choses et, puisque l’on nous presse de prendre des dispositions, saisissons cette occasion de finir en bonté. Joignons l’utile à l’agréable : faisons don de notre corps à la science, avec l’espoir qu’elle en veuille bien et le souhait qu’elle en fasse bon usage.
scripta manent
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