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Mobilité sociale : la fin du rêve américain

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Mobilité sociale : la fin du rêve américain

Messagepar scripta manent » Sam 18 Jan 2014 21:19

Alain Frachon, journaliste au Monde, nous livre, dans la rubrique Idées du Monde.fr (16 janvier 2014), une réflexion pénétrante sur les proportions et les incidences du développement des inégalités aux USA et, plus largement dans les économies " occidentales ".
Le point de départ de son article est une déclaration du sénateur américain Mario Rubio, sur le thème de la mobilité sociale.

Extraits :
" Probable candidat à l'investiture républicaine pour le scrutin présidentiel de 2016, l'Américain Mario Rubio répète à l'envi l'édifiant conte de fées de son enfance à Miami. (…), c'est l'histoire d'une famille d'immigrés cubains qui, à force de travail et de privations, envoie ses enfants à l'université. Lesquels rejoindront ainsi dans les années 1970 les rangs de la classe moyenne, cœur mythique de l'Amérique.
Ce ne serait plus possible aujourd'hui, observe le sénateur. Avec leurs salaires, lui, de barman, elle, de petit cadre dans un hôtel, ses parents ont fini par appartenir à ladite classe moyenne et à payer des études à leurs enfants. Exerçant les mêmes métiers en 2014, ils n'en auraient plus les moyens, ils ne gagneraient pas assez. Le « rêve américain » est devenu « hors de portée », a confié Rubio lors des cérémonies du 50e anniversaire de la « Guerre contre la pauvreté », lancée par le président Lyndon Johnson en janvier 1964.
Une raison à ce triste constat : les Etats-Unis sont devenus une société rongée par les inégalités de revenus. (…). Seuls quelque 10 % de la population encaissent l'essentiel des fruits de la croissance. (…)
Le tableau brossé par les économistes est monochrome. Tous avancent les mêmes chiffres pour décrire la même réalité. Les écarts commencent à se creuser aux Etats-Unis dans les années 1970. Le phénomène gagne l'Europe de l'Ouest dans les années 1980. « A la veille de la crise de 2008, les inégalités atteignaient des sommets aux Etats-Unis et dans la plupart des pays développés », écrit Laura Tyson, économiste, démocrate, ex-conseillère du président Bill Clinton.
La part des salaires dans le produit intérieur brut n'a cessé de baisser depuis trente ans, période durant laquelle la classe moyenne n'a maintenu son niveau de vie qu'en s'endettant. Il n'y a pas de crise au sommet, mais concentration de la fortune. En 2012, les 10 % des plus riches des Américains se seraient partagé près de la moitié du revenu national, et ceux du fameux 1 % du haut de la pyramide quelque 22 %. Chiffres sans précédent, sauf à remonter à 1928, et qui altèrent profondément le profil social de l'Amérique.
Corrélation n'est pas causalité, pas forcément, mais la croissance des inégalités de revenus a accompagné une autre évolution : le ralentissement de la mobilité sociale. L'un des moteurs du modèle est touché. Même les républicains, qui portent haut et fort le credo américain, en conviennent : « Une des promesses fondamentales de l'Amérique tient à cette possibilité de rejoindre les rangs de la classe moyenne. Mais cette opportunité est aujourd'hui remise en cause », constate Mario Rubio.
Laura Tyson s'interroge : « Le fait que le creusement continu des écarts de revenus soit un trait commun aux économies développées suggère des causes communes. » Les économistes citent, pêle-mêle, développement technologique, robotisation, défaillance des systèmes d'enseignement, et, surtout, globalisation de l'économie, l'ensemble ayant favorisé un gigantesque mouvement de délocalisations. (…)
Le coefficient Gini, indicateur synthétique des inégalités de revenus, est plus élevé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple, qu'en France. Le miracle de l'Etat-providence à la française assurerait une meilleure protection contre les inégalités ? En partie, mais en partie seulement. Là où l'Europe du Nord, celle qui s'est « adaptée » à la mondialisation, compte un nombre croissant de travailleurs pauvres, la France aligne ses bataillons de chômeurs. Bas salaires ou chômage. Les Français ont choisi, sans poser la question : y a-t-il un moindre mal pour une société ? La réponse n'est pas évidente.
Comme ne sont pas évidentes les questions posées par l'explosion des inégalités dans les économies occidentales. Ces économies ne peuvent remettre en cause la globalisation : pour elles, les marchés émergents sont devenus prioritaires. Mais les écarts de revenus, la polarisation sociale entre le « 1 % » et le reste, ont sans doute un impact profond – sur la croissance, sur l'équilibre politico-social, sur la démocratie (émergence de forces politiques protestataires). Comme souvent, le débat américain est précurseur. "


Pour accéder à l'ensemble de l'article : Le Monde
qui, nous l'espérons, voudra bien nous excuser d'avoir aussi largement puisé dans l'article.
scripta manent
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