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Charlemagne salue bien bas les « marchés »

Quel projet ? Quel modèle de société pour l'Europe ?

Charlemagne salue bien bas les « marchés »

Messagepar scripta manent » Ven 18 Mai 2012 23:39

Wolfgang Schaüble, ministre allemand des finances et lauréat 2012 du prix Charlemagne, qui récompense des personnalités ayant œuvré en faveur de l’unité européenne, s’est à nouveau prononcé cette semaine, à Aix-la-Chapelle, en faveur d’une élection au suffrage direct du président de l’Union européenne et, plus généralement, d’un renforcement et d’une « légitimation démocratique » des institutions européennes, seule de nature à emporter l’adhésion des peuples : « L'unité politique en Europe a besoin d'un visage. (…) Nous devons créer une union politique maintenant. Nous avons besoin d'institutions européennes fortes. (…) Lors des prochaines élections législatives européennes, les partis devraient présenter un candidat qui, dans le cas d'une victoire électorale, pourrait ensuite être accepté par les dirigeants des gouvernements nationaux comme président de la Commission. » Wolfgang Schaüble estime par ailleurs que la Commission européenne devrait devenir un « gouvernement européen ».
Le Premier ministre du Luxembourg, Jean-Claude Juncker, dans son éloge du lauréat a déclaré de son côté que « Wolfgang Schäuble appartient à ces classiques qui pensent que ce qui est bon pour l'Europe est bon pour leur pays, que ce qui est mauvais pour l'Europe est mauvais pour leur pays ».

Ce n’est pas la première fois que ces deux personnalités font montre d’un tempérament europhile.
Pourquoi gâchent-ils le tableau en faisant également montre, sans restriction ni commentaire, d’une fâcheuse allégeance aux « marchés » ?
Les deux hommes, qui sont sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la discipline budgétaire et la rigueur, semblent avoir intégré la soumission aux « marchés » comme une règle de conduite intangible et durable.
Le 12 février 2010, Jean-Claude Juncker déclarait (au quotidien Libération), à propos de la pression des marchés financiers sur la situation économique de la Grèce : « Si les marchés mettent en cause la crédibilité de la démarche grecque, des mesures additionnelles devront être prises ». En clair : la Grèce, et avec elle l’Union Européenne, prend ses ordres auprès des marchés.
Quant à Wolfgang Schaüble, il vient d’accompagner ses déclarations en faveur d’un renforcement des institutions européennes de l’argument suivant : « Nous devons œuvrer à ce que les marchés financiers gardent confiance dans la monnaie unique ». Est-ce aussi de cette manière qu’il compte « emporter l’adhésion des peuples » ?

Que, dans l’urgence et sous la pression, on soit bien obligé de tenir compte des réactions des marchés financiers, on peut le comprendre, encore que le mieux eut été que nos gouvernants, de démissions en abandons, ne nous livrent pas ainsi corps et biens à un maître sans visage et sans âme : le « marché ».
Mais que l’on se réfère à eux pour justifier des évolutions institutionnelles, qui s’inscrivent nécessairement dans le domaine politique et dans le long terme, voila qui est au minimum maladroit et pour tout dire inquiétant.

Il se trouve que Wolfgang Schaüble a confirmé, cette même semaine, son intérêt pour la présidence de l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres des Finances de la zone Euro. Jean-Claude Juncker, qui aura occupé la fonction de 2005 à juin 2012, est favorable à cette candidature. Si la démocratie gagne du terrain au sein de l’Union européenne, comme Wolfgang Schaüble semble le souhaiter, il faudra rappeler à celui-ci que la règle du jeu ne peut pas être : « les marchés d’abord et les citoyens ensuite ».

En attendant, c’est avec des déclarations de ce genre qu’on alimente l’europhobie d’une partie de l’opinion.
Exemple : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/gouvernement-europeen-il-a-ose-116924
scripta manent
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Re: Charlemagne salue bien bas les « marchés »

Messagepar agénor » Dim 20 Mai 2012 00:00

Au risque de passer pour un candide, j'aimerais bien qu'on m'explique ce que veut exactement dire l'expression : « Nous devons œuvrer à ce que les marchés financiers gardent confiance dans la monnaie unique ».
Elle a l'air d'aller de soi puisqu'on nous la sert à tous les plats depuis des mois.

En fait, on comprend presque, à écouter ceux qui la prononcent, que la monnaie et les dettes souveraines se confondent. Etrange raccourci... car de ce que j'en comprends il n'en est rien. La preuve, les US sont endettés jusqu'au cou et cela n'a pas d'impact notable - pour l'instant en tout cas - sur leur monnaie.

S'agit-il du cours de l'euro par rapport au dollar ? Certainement pas. Celui-ci a avoisiné 1,50 à plusieurs reprises en pleine crise de la dette, au grand dam des économistes européens qui se plaignaient que cela freine la compétitivité du continent à l'international.

Il ne peut donc s'agir que de la capacité des pays européens à rester suffisamment soudés pour que la zone euro n'éclate pas. En effet la devise européenne, comme toute monnaie fiduciaire, n'est "suspendue" à rien. Tant que sa pérennité est garantie, les marchés continueront de l'utiliser. Tandis que les OAT, elles, peuvent plonger très fortement, s'il y a risque de défaut.

Or, à mon sens, la seule chose qui peut assurer que l'euro reste digne de confiance, c'est qu'il y a ait une volonté politique forte de maintenir la monnaie en vie, et donc la cohésion de la zone euro. Je redis ma conviction qu'il faut faire vis-à-vis de la Grèce l'équivalent de ce que Bernanke avait promis et que la Fed américaine a d'ailleurs fait pour éviter les faillites en pagaille dans le monde financier US, balancer des euros par hélicoptères. La BCE doit avoir le pouvoir de prêter à la Grèce comme elle a prêté aux banques pour qu'elles ne soient pas sous-capitalisées.

Mon raisonnement est-il trop naïf ?
agénor
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Re: Charlemagne salue bien bas les « marchés »

Messagepar scripta manent » Dim 20 Mai 2012 22:57

Très juste.
Il y a là la confusion habituelle entre risque sur les dettes et risque sur l'euro, pourtant insolemment démentie par l'excellente santé de la devise euro. Il ne pourrait y avoir rencontre entre les deux phénomènes que si l'acharnement à mal traiter la question des dettes finissait par générer des défaillances avec effets domino sur toute la zone et abandon de l'euro par un grand nombre d'Etats.
J'aime beaucoup l'idée de balancer des euros dans le ciel grec. Pour le symbole, je suggère que l'on se concentre sur les sites antiques qui ont constitué le berceau des démocraties européennes.
Pour que la Grèce sorte du bourbier autrement que par la dictature, il faut un plan à 30 ans et non un plan à 3 ans.
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Re: Charlemagne salue bien bas les « marchés »

Messagepar causonsen » Lun 21 Mai 2012 21:19

Selon Libération du 20 mai 2012 :

" Le président français François Hollande a exprimé de fortes réserves au sujet d’une nomination du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble comme chef de l’Eurogroupe, selon le Spiegel à paraître lundi.
Selon l’hebdomadaire allemand, François Hollande a fait part auprès de responsables politiques à Bruxelles de ses réserves concernant une possible nomination d’un président allemand à la tête de ce conclave des ministres des Finances de la zone euro.
François Hollande considèrerait ce choix comme difficilement acceptable, poursuit le Spiegel qui affirme que le président français souhaite qu’en cas de nomination de Wolfgang Schäuble, ce dernier démissionne de son poste de ministre au sein du gouvernement de la chancelière Angela Merkel.
Wolfgang Schäuble qui a récemment rendu officiel son intérêt pour ce poste, a toujours estimé que le patron de l’Eurogroupe devait en parallèle être lui-même ministre. "


http://www.liberation.fr/economie/2012/05/20/hollande-pas-chaud-pour-que-schauble-prenne-la-tete-de-l-eurogroupe_819984
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