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Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Messagepar causonsen » Ven 08 Aoû 2014 10:35

Dans une seule et même édition du Monde.fr (8 août 2014) :

En Angleterre :
" En 2013, 112 070 personnes se sont déclarées sans abri en Angleterre, soit une hausse de 26 % en seulement quatre ans. Statistiques à l'appui, le Guardian tente d'expliquer cette explosion de l'itinérance, phénomène qui dépasse largement le cadre londonien. "
Pour aller aux sources : Guardian

En Grèce :
" La crise économique qui a frappé la Grèce a mis à mal le tissu même de l'Etat. Las de voir que les institutions censées répondre à leurs besoins ne fonctionnent pas, les citoyens se tournent vers leur famille et leurs connaissances pour les aider (I Kathimerini). "
Ekathimerini

Partout :
" Sur le terreau de la corruption et de la mal-gouvernance, les réseaux criminels transnationaux prospèrent sans frein, notamment en Asie-Pacifique. Victimes de trafic, plusieurs espèces de la faune sauvage sont menacées (The Diplomat). "
The Diplomat
causonsen
 
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Re: Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Messagepar Demos » Mer 02 Déc 2015 12:30

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/02/un-journaliste-specialise-sur-le-sinai-detenu-en-egypte_4822083_3212.html

Selon une source de sécurité à Hurghada, contactée par l’agence Associated Press, l’ambassade égyptienne à Berlin a notifié aux autorités aéroportuaires l’arrivée de M. Alexandrani. Il a été arrêté pour « coopération avec des organisations internationales de droits de l’homme » et « diffusion de fausses informations », a précisé anonymement cet officier.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... zQpLzB8.99


Il faut savoir que l'Egypte bénéficie d'un accord de coopération avec l'Europe, qui n'a pas été modifié avec la prise de pouvoir violente par l'armée! N'est-ce pas totalement honteux d'avoir laissé un gouvernement démocratiquement élu se faire évincer par l'armée, et de ne voir quasi aucune réaction, simplement parce que ce gouvernement était de tendance musulmane... En Belgique, nous avons encore de nombreux partis qui se revendiquent du catholicisme, et en Allemagne, le principal parti la CDU, Union chrétienne-démocrate d'Allemagne, ne se prive pas non plus de se revendiquer du christianisme. Un autre dégât collatéral du libéralisme?

Alors, question subsidiaire, dans le cadre de la coopération internationale contre le terrorisme, partageons nous nos informations de renseignement avec l'Egypte par exemple? Et recevons-nous des renseignements de cette même Egypte? Y apportons-nous crédit, au vu du fait qu'ils ne se gênent pas pour mettre en prison des gens pour coopération avec des organisations internationales de droits de l'homme! Comment nos services de renseignement peuvent-ils travailler convenablement, en partageant des infos avec ce genre de pays. Et il n'y a pas que l'Egypte. Imaginons, nous fichons tous les terroristes potentiels sur le territoire, et toutes ces infos sont envoyées à tous les pays avec lesquels nous avons des accords de lutte anti-terroriste. Et si d'aventure un de ces pays devait être un rien pourri, comme l'Egypte par exemple, nous leur communiquons juste la liste de ceux qui pourraient potentiellement nous faire du tort, et je ne sais quels autres détails. Comment s'organise la lutte internationale contre le terrorisme, quelles sont les informations que nous partageons, et avec qui, et en vertu de quels critères. Il me semble que ces questions sont essentielles pour la sécurité de l'Europe, et de nos pays. Autrement, toutes ces belles bases de données, pourraient bien se retourner contre nous, en étant utilisées, justement, par ceux qui nous veulent du mal!

Pour info

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/egypte/l-union-europeenne-et-l-egypte/

L’UE est un partenaire économique important pour l’Egypte, tant par son poids dans ses échanges commerciaux que par l’aide, en dons et en prêts, qu’elle lui apporte.
L’aide programmée au titre de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP) sur la période 2011-13, s’élève à près de 540 M€. S’y ajoute une enveloppe de 163 M€ au titre de la « facilité investissement voisinage ». L’UE envisage également de prêter 500 M€ (dont 450 M€ en prêt concessionnel) en cas d’accord Egypte/FMI.
Dans ses conclusions du 10 février 2014, le Conseil des Affaires étrangères a qualifié la Constitution adoptée le 15 janvier d’ « étape importante » et a condamné fermement le terrorisme, tout en marquant sa préoccupation face à la dégradation des libertés publiques et aux difficultés auxquelles l’économie égyptienne fait face.
A l’instar d’autres organisations internationales telles que l’OIF, l’UE a déployé, lors du scrutin présidentiel de mai 2014, une mission d’observation électorale. Celle-ci a souligné, dans son rapport, que le scrutin s’était déroulé globalement dans de bonnes conditions, tout en exprimant des réserves sur le contexte général dans lequel il s’était tenu (fermeture de l’espace politique à certains courants, menaces sur la liberté d’expression).
Dans sa déclaration à l’issue de la proclamation des résultats officiels, l’UE a félicité le nouveau président tout en appelant à la poursuite de la transition et au respect des principes démocratiques et des libertés fondamentales.


https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_%C3%A9gyptienne_de_2014

L'élection est remportée par Abdel Fattah al-Sissi (96,91 %), face à Hamdine Sabahi (3,09 %), avec un taux de participation de 47,5 %.

Des élections qui se sont déroulées globalement dans de bonnes conditions, faisant suite à un coup d'État, et la personne responsable de ce coup d'État obtient plus de 96% des suffrages.

http://www.lemonde.fr/international/article/2015/08/10/en-egypte-dans-l-abattoir-de-la-police_4719257_3210.html

Les habitants de Matareya l’ont surnommé « l’abattoir ». Le poste de police de ce quartier populaire dans le nord du Caire s’est taillé une réputation de fleuron des violences et tortures policières. Dissidents politiques, délinquants ou revendeurs de drogue y ont connu les pires heures sous l’ancien président Hosni Moubarak. Lorsque la révolution a éclaté le 25 janvier 2011, il a été l’un des premiers commissariats du pays attaqués par des jeunes armés jusqu’aux dents.
Depuis, le quartier vit au rythme des manifestations et des violences policières, qui ont fait plus de 500 « martyrs » et 5 000 blessés, selon les militants locaux. Bastion des Frères musulmans, durement réprimés par le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, Matareya est devenu un foyer de radicalisation, sur fond de flambée d’actes terroristes.
Les photos des « martyrs » trônent dans les ruelles du quartier, où trois millions d’habitants vivent comme dans un village. Tous ont un proche ou un voisin parmi les victimes des violences post-révolutionnaires.


Un partenaire efficace contre la radicalisation, à ce qu'il semble...

https://www.tresor.economie.gouv.fr/pays/egypte

L’Egypte a en outre su développer ses relations économiques, tant avec l’Europe (1er partenaire commercial, 1er investisseur, 1er bailleur d’aide au développement), qu’avec les Etats-Unis et ses voisins du Proche et Moyen-Orient.

Cette politique de réforme et d’ouverture économique, qui a permis à l’Egypte d’atteindre des taux record de croissance (7% par an entre 2006 et 2008), n’a cependant pas suffisamment bénéficié aux couches les plus défavorisées de la population (près de 26,3% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté), et le renversement du président Moubarak en février 2011 a souligné les aspirations de la population à une croissance plus inclusive.

L’économie égyptienne a été particulièrement affectée par l’instabilité politique avec un taux de croissance compris entre 1,8% et 2,2% sur les trois dernières années. Les réformes structurelles engagées sous la présidence Al Sissi ont permis un retour de la confiance des acteurs économiques qui s’est traduite par un taux de croissance de 4% en 2014/15, une remontée des investissements étrangers (+55%) et par l’amélioration de la notation souveraine de l’Egypte. La consolidation de la reprise économique reste néanmoins tributaire de la continuation des réformes comme de l’évolution de la situation sécuritaire.

Par contre, question finances, l'Egypte va dans la bonne direction, on dirait, les investisseurs étrangers semblent rassurés... Bien que je ne sois pas sûr que les "aspirations de la population à une croissance plus inclusive" soient au programme. Tant pis, on tiendra tout ça avec quelques armes, jusqu'à ce que ça craque à nouveau.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/art ... _3218.html

Une poignée de mains pour des navires de guerre. A peine arrivé au Caire pour la première étape de sa tournée dans le Moyen-Orient, Manuel Valls a finalisé le contrat commercial définitif de l’achat par l’Egypte des deux navires Mistral qui n’ont pas été livrés à la Russie en raison de la crise ukrainienne. Samedi 10 octobre en fin d’après-midi, le premier ministre a annoncé la signature de l’accord lors d’une conférence de presse au Caire avec son homologue égyptien Chérif Ismaïl, après avoir été reçu pour un tête-à-tête et un déjeuner par le président maréchal Abdel Fattah al-Sissi, et avant une visite privée de l’église copte du quartier de Mar Guirguis.

Un autre scénario serait-il possible? Serait-il possible que l'on y pense, au moins? En tout cas, mois je pense que ce qui est décrit ci-dessus n'est certainement pas la bonne voie, et que pour faire mieux, il suffit de le dire, et que ce sera déjà un belle avancée.
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Re: Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Messagepar Demos » Mar 01 Mar 2016 17:24

http://www.lesoir.be/1137303/article/debats/cartes-blanches/2016-03-01/neoliberalisme-est-un-fascisme

La carte blanche de Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats.

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel
Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation
Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.

Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée
L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.

De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot
La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).

Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.

Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.

Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire
Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement
Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?

Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).

Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.


Je n'ai pas grand chose à ajouter, sauf que d'après moi, le néolibéralisme ne serait que l'évolution logique d'un système économique, hérité du mercantilisme, à savoir le capitalisme lui-même. En ce sens, dans une société capitaliste, qui poursuit comme seul objectif l'accumulation du capital, le fascisme serait la solution la plus évidente pour atteindre son but. En clair, le fascisme reviendra toujours de plus belle tant que ce système capitaliste n'aura pas laissé place à un système de gestion plus moderne, et plus adapté à notre monde et à ses ressources limitées.
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Re: Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Messagepar Demos » Dim 13 Mar 2016 12:27

http://www.levif.be/actualite/belgique/johan-van-overtveldt-une-certaine-idee-de-l-incompetence/article-opinion-477207.html

Opinion de Nicolas De Decker, Journaliste :


Johan Van Overtveldt, une certaine idée de l'incompétence
C'est d'un grand dommage pour la science et encore plus pour ses sujets d'étude, mais la psychologie systémique envisage peu les boîtes crâniennes des politiques.

Le psychisme d'un politicien est pourtant soumis à de tels stimuli qu'il recèle souvent de ces trésors de névrose et de ces merveilles de psychoses qui font avancer la connaissance des profondeurs de l'âme humaine. Pensons à ce concept de double contrainte, que, depuis son bureau de Palo Alto, l'Anglo-Américain Gregory Bateson considérait comme une des causes de la schizophrénie. Il évoquait ces injonctions paradoxales par lesquelles le contexte de l'énoncé annule l'énoncé lui-même, paralysant par ce fait même la personne qui le reçoit.

Interdire à quelqu'un d'obéir, c'est ainsi de la double contrainte.

Forcer quelqu'un à être spontané, c'est ainsi et aussi une injonction paradoxale.

Or, aujourd'hui, les exigences qui s'imposent au monde politique pourraient remplir tous les rayons de toutes les bibliothèques de tous les dictionnaires de l'injonction paradoxale et des encyclopédies de la double contrainte.

Car nous, journalistes, et vous, opinion publique, avons fait du monde politique une usine à schizophrènes.

Regardez un peu.

Aujourd'hui, chez nous, pour réussir une carrière politique, il faut :

1.a) Être bien élu par beaucoup d'électeurs, car sinon on est une créature de la particratie

MAIS

b) ne pas vouloir être élu par beaucoup d'électeurs, car sinon c'est de l'électoralisme et de l'opportunisme et de la lâcheté et où sont les hommes d'Etat courageux ?

2. a) Être réactif et à l'écoute et attentif aux préoccupations de l'opinion publique, car sinon on est inhumain

MAIS

b) ne pas se laisser guider par les flux et les reflux de l'opinion publique, car sinon on est un démagogue

3. a) Avoir des valeurs et un idéal, car sinon on est une girouette et un invertébré qui ne pense qu'à la prochaine échéance électorale sans vision à long terme

MAIS

b) ne pas poser d'actes en fonction de ces valeurs, car sinon on est un idéologue et ce n'est pas pragmatique

4. a) Travailler toute les journées et toutes les nuits au parlement, car sinon on est un fainéant et un profiteur

MAIS

b) être toujours sur le terrain, passer ses journées et ses nuits avec les vraies gens et leurs vrais problèmes, et faire soi-même ses courses et s'acheter soi-même son ticket de métro comme un homme ordinaire, car sinon on est déconnecté du quotidien de la population.

5. a) Ne pas montrer qu'on sait trop bien de quoi on parle, car sinon on est un prétentieux et un technocrate

mais

b) tout connaître sur tout et en particulier sur les dossiers dont on s'occupe, depuis le début et jusqu'à la fin, car sinon on est un incompétent.

Entre autres.

Difficile de ne pas devenir fou. En politique il y en a, peu, qui le sont depuis toujours et il y en a, beaucoup, qui le sont devenus.

Dans tous les parlements.

Dans tous les gouvernements.

Dans tous les partis.

Mais pas Johan Van Overtveldt.

Le ministre N-VA des Finances, ancien journaliste économique (voir 4b) et enthousiaste zélateur du capitalisme dérégulé.

Cette semaine, on l'a beaucoup taxé d'incompétence (voir 5b).

Tout ça parce que son gouvernement doit trouver deux ou trois milliards d'euros d'urgence et que c'est parce qu'il n'a pas été capable de récolter l'argent qu'il avait promis de récolter au moment où ses amis et lui demandaient à pouvoir dépenser cet argent qu'il promettait de récolter.

Or Johan Van Overtveldt n'a rien d'un incompétent de type 5b.

Il est ennuyeux (voir 1b et 5a), il n'est pas très beau (voir 4b), il est flamand, il est nationaliste (voir 3a), il est libéral (voir 3a itou), ça oui.

Mais il est tout sauf incompétent.

Et il n'est pas fou du tout. Il n'est pas schizophrène. Il est tout ce qu'il y a de plus cohérent. Il est même pour tout dire monomaniaque. Et il sait ce qu'il fait (voir 3a et 5b).

C'est que l'Etat belge l'énerve. Parce qu'il est belge, bien sûr. Mais surtout par ce que c'est un Etat. Car le nationaliste flamand qui est ministre belge des Finances n'aime pas la Belgique, et il déteste les impôts (voir 3a et 5b).

Et avec ça il raisonne simplement.

Johan Van Overtveldt fait croire qu'il va faire rentrer des impôts dans les caisses de l'Etat belge, fait programmer des dépenses, puis ne fait rien rentrer dans les caisses de l'Etat belge (voir 3a et 5b).

Donc il contraint l'Etat belge à une contrainte double, mais qui n'est pas une injonction paradoxale : pour équilibrer ses comptes, le gouvernement fédéral va 1) éroder, délaisser ou abandonner certaines missions et services publics, notamment sociaux, qui relèvent de la solidarité interpersonnelle nationale et 2)autoriser, obliger ou encourager le marché ou d'autres niveaux de pouvoir, notamment régionaux, à se charger des missions et services érodés, délaissés ou abandonnés.

C'est comme ça que Johan Van Overtveldt sortira de cet ajustement budgétaire et de cette législature avec moins d'Etat d'abord et moins de Belgique ensuite (voir 3a et 5b).

L'opposition crie, déplore l'incompétence et le manque de professionnalisme de Johan Van Overtveldt. Même certains partenaires au gouvernement s'en torsadent un peu bruyamment le pharynx.

Il s'en fout, Johan Van Overtveldt. Parce qu'à la fin, il aura ce qu'il voulait depuis le début : moins d'Etat donc moins de Belgique.

Ca tombe bien, c'est aussi ce que son parti voulait (voir 1a).

C'est donc bien qu'il est vachement compétent (revoir 5b).

Et pas fou (revoir 3a).


Encore une fois, l'Etat est remis en cause. Et il ne s'agit pas d'améliorer les services rendus par l'Etat, mais bien de les supprimer. L'objectif étant de permettre au capitalisme néolibéral de s'épanouir pleinement. La question qui se pose, un système fondé sur l'accumulation (toujours plus) peut-il être maîtrisé? Vu la manière dont les choses tournent aujourd'hui, et ce qu'il reste de notre planète, ne pourrait-on commencer à en douter?
Comme intellectuel, et comme scientifique, j'ai du mal à penser que nous ne puissions remettre en cause un système, le capitalisme, et que nous soyons toujours obligé de trouver des parades à ses dérives, qui nous mènent inéluctablement vers des catastrophes, sociales, environnementales... On a vraiment l'impression d'une totale impuissance, en voyant tous les gardes-fou placés après la deuxième guerre mondiale pour protéger l'Etat contre son pire ennemi (déjà, il faut quand même le faire pour garder un système contre lequel on sait qu'il nous faut nous protéger à tout prix, car on sait là ou il peut nous mener) exploser littéralement les uns après les autres.
Mais le débat n'en est pas encore là, il nous faudra probablement encore un peu d'expérimentation pour commencer à entrevoir qu'un système économique qui pousse les individus à gagner toujours plus, à profiter au maximum des ressources (matérielles et humaines), manque peut-être un tout petit peu de maturité.
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Re: Quelques dégâts collatéraux de l'ultralibéralisme

Messagepar pibauer » Dim 20 Mar 2016 13:54

Le grand curseur politique reste celui qui définit le sens de la vie sur l'axe du partage au combat.
Le positionnement d'un individu sur ce curseur n'est pas déterminé par sa condition sociale. Il se construit tout au long de sa vie. Est intimement lié au formatage idéologique de l'enfant, puis évolue en fonction du lien social, et sans doute en dernier ressort, du libre arbitre.
L'histoire peut nous laisser le sentiment que le curseur aurait tendance à glisser vers le partage. Ce n'est pas gagné. Mais y croire est déjà la conséquence de s'y être situé dans cette direction.
L'état, tant qu'il n'est pas accaparé par un pouvoir autoritaire autocentré, a bien pour vocation de réguler l'échange et la collaboration entre les hommes, dans l’intérêt général. Si l'état n'existait pas, les seules routes goudronnées iraient d'un château à l'autre. L'amenuisement de l'état mène inéluctablement à l’appauvrissement d'un pays, par la réduction progressive de tous les échanges et collaborations qui ne sont pas dans le strict intérêt des pouvoirs particuliers qui investissent la place libre.

L'article du Monde sur lequel je suis retombé, intitulé Les Français et les impôts : le grand désarroi du 14 /10 / 2013 montre à quel point l'opinion publique est loin de cette conscience basique et s'en éloigne progressivement, dans une schizophrénie qui résonne bien avec celle décrite dans l'énoncé de Nicolas De Decker.
On y apprend que  « Seule une grosse moitié (57 %) des personnes interrogées considèrent l'acquittement de l'impôt comme un acte citoyen participant de l'effort collectif au service de l'intérêt général. » et que la proportion de "oui" à cette question est de 61% chez les plus de 35 ans et de 46% chez les moins de 35 ans.
54% des moins de 35 ans ne considèrent pas l’impôt comme un acte citoyen d’intérêt général.

On peut se poser la question - Quel pourcentage des moins de 35 ans reçoivent plus de la manne publique qu'ils ne donnent. Donc quel pourcentage de ces mêmes personnes est, par principe, opposé aux subsides qu'elles perçoivent par solidarité.

La question principale qui ressort de ces statistiques et de cette schizophrénie est évidemment ; pourquoi la contribution à l'état a-t-elle si mauvaise presse en France ?
Le discrédit porté au politique en est le premier ferment.
Pendant que son corollaire porté à l'état, permet au petit intérêt de dénigrer sa participation à l’effort collectif, l'opinion de ces petits intérêts permet d'orienter le législateur vers des directions dont profiteront seuls les gros intérêts.

Peut-être serait-il bon, dans nos écoles, de donner à nos enfants une information de ce que fait un état avec les impôts. Peut-être serait-il bon de revenir sur un soubassement pédagogique dont la conscience s'est émoussée. De réactualiser la question du nivaux de confort que nous tirons tous, tous les jours, de l'implication de l'état dans notre cadre de vie et dans les infrastructures qui nous permettent de nous loger, nous déplacer, d’apprendre, de nous soigner, de vivre dans une certaine stabilité et qui permettront à notre progéniture de faire de même, comme tout un chacun, qui tire le fruit des investissement de ses aînés.

Peut être que le meilleur moyen de luter contre l’affaiblissement des états au profit des intérêts privés, est de réasseoir didactiquement la notion d’intérêt général et le rôle de l'état à cet égard.
pibauer
 
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