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Grandeur et Décadence de la Méritocratie européenne

Textes et données d'approche générale de la crise

Grandeur et Décadence de la Méritocratie européenne

Messagepar gerald » Dim 05 Fév 2017 19:43

Grandeur et Décadence de la Méritocratie européenne

Sous ce titre (« Rise and Fall of Meritocracy »), le politologue Ivan Krastev, Président du « Centre for Liberal Strategies » (Sofia, Bulgarie) et Professeur de l’ « Institute for Human Sciences » (Vienne, Autriche) publie dans l’édition hebdomadaire internationale du New York Times du 31 janvier 2017 une analyse intéressante dont voici un résumé :

Quand on ne peut pas comprendre le comportement des gens, la solution la plus facile est de se convaincre qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. C’est à cette conclusion que sont arrivés les dirigeants des milieux politiques, d’affaires et des média devant la vague populiste qui balaie le Vieux Continent, portant au pouvoir des démagogues irresponsables. Ils ont du mal à comprendre les sources de cette colère contre les élites de la méritocratie qu’incarnent les fonctionnaires bien éduqués et compétents de Bruxelles. Pourquoi cette rancune contre ces diplômés brillants, alors que gérer la complexité du monde semble nécessiter leurs talents ? La méritocratie ne vaut-elle pas mieux que la ploutocratie, la gérontocratie, l’aristocratie et peut-être même que la règle de la majorité – la démocratie ?

Mais le sociologue britannique, Michael Young, qui inventa au milieu du 20e siècle le terme de « meritocracy » n’aurait pas été surpris par cette évolution. Pour lui, bien que séduisante comme idée, la méritocratie serait dans la réalité un désastre. Elle créerait une société de gagnants arrogants et égoïstes à côté de perdants désespérés et furieux et mènerait ainsi à une perte de communauté politique.

C’est le paradoxe de la crise politique actuelle en Europe qu’on reproche aux élites de Bruxelles exactement les caractéristiques dont eux-mêmes s’enorgueillissent : cosmopolitisme, résistance aux pressions du public, mobilité.

En Europe, les élites sont des mercenaires un peu comme le sont les meilleurs joueurs de football qu’on négocie entre les clubs victorieux. Les banquiers hollandais qui réussissent déménagent à Londres, les bureaucrates allemands les plus compétents à Bruxelles. Les institutions européennes, tout comme les clubs de foot, dépensent des sommes énormes pour acquérir les meilleurs « joueurs ». Normalement, ce système apporte des victoires aussi bien sur le terrain que dans les salles de conseil. Mais que les équipes commencent à perdre ou que l’économie ralentisse, leurs supporters les abandonnent parce que, en dehors de la célébration des victoires, aucune relation ne lie les « joueurs » et les supporteurs. Ils n’ont rien en commun : origines, amis ou souvenirs partagés. On peut admirer les vedettes achetées mais non les plaindre.

Les gens font confiance à leurs dirigeants non seulement pour leur compétence mais aussi pour leur courage et engagement, et parce qu’ils croient qu’ils resteront à côté des leurs par temps de crise plutôt que de disparaître en hélicoptère vers la sortie de secours.

Paradoxalement, ce sont ces compétences convertibles permettant aux élites aussi bien de gérer une banque en Bulgarie ou au Bangladesh que d’enseigner à Athènes ou Tokyo qui rend les gens soupçonneux.

Sans surprise, c’est donc la loyauté sans conditions aux groupes ethniques, religieux ou sociaux qui est au cœur de l’attirance qu’exerce le nouveau populisme européen. Les populistes promettent aux gens de ne pas les juger seulement sur leurs mérites. Ils promettent la solidarité mais non pas nécessairement la justice. Ce n’est pas à la nationalisation des industries que les leaders populaires d’aujourd’hui s’intéressent mais à la nationalisation des élites. Ils ne promettent pas de sauver le peuple mais de rester à leurs côtés, de rétablir les contraintes nationales et idéologiques qui ont été balayées par la mondialisation. Aujourd’hui beaucoup en Europe trouvent cette promesse séduisante.

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gerald
 
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