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Vous reprendrez bien encore un petit peu de dette ?

Origine et situation des dettes publiques, en Europe et ailleurs - Politique et pouvoir monétaires

Vous reprendrez bien encore un petit peu de dette ?

Messagepar scripta manent » Jeu 12 Avr 2012 22:48

A dater du 16 avril, suite à une décision de l’AMF (Autorité française des marchés financiers), la plateforme Eurex (« European exchange ») va mettre à disposition des investisseurs un nouveau produit financier (« future ») permettant d’acheter ou de vendre à terme des obligations d’Etat françaises (« OAT »).
En clair, au-delà des exposés et débats généralement techniques et obscurs que les médias ont consacrés au sujet, il s’agit d’ouvrir un nouveau champ à la spéculation sur les dettes publiques, avec toutes les facilités qu’apprécient les opérateurs : effet de levier, paiement différé, informatisation autorisant les transactions à haute fréquence …
De tels contrats ne constituent pas une nouveauté. Ils existaient pour les grandes monnaies nationales européennes avant que le Traite de Maastricht n’instaure l’Union économique et monétaire (surtout monétaire …) de la zone Euro. Ils ont ensuite disparu de la scène (sauf pour les emprunts d’Etat allemands). Sans doute faut-il y voir un effet de l’illusion d’harmonie économique et budgétaire créée par la zone Euro et par les attendus ambitieux de la construction européenne (parmi lesquels la fameuse « règle d’or » budgétaire dont beaucoup semblent avoir oublié qu’elle figure déjà en toutes lettres dans le Traité de Maastricht).

Depuis, la crise est passée par là, les finances publiques se sont dégradées et l’Union européenne a découvert qu’elle avait soigneusement assemblé tous les rouages d’une bombe à retardement :
- une union monétaire sans véritable coordination économique et budgétaire ;
- l’abandon par le politique du pouvoir monétaire au profit d’une Banque centrale dont l’indépendance est inscrite dans le marbre des traités (de même d’ailleurs que la libre circulation des capitaux, entre les Etats de l’Union mais aussi entre l’Union et le reste du monde) ;
- l’interdiction faite à cette banque centrale d’être prêteur en premier ressort des Etats ;
- l’absence de solidarité pleine et entière entre les Etats de l’Union, qui aboutit à un taux moyen de financement de la dette publique européenne insoutenable ce qui, in fine, coûtera cher à tous, aux pays dits vertueux comme aux pays dits laxistes.
Autrement dit : tout ce qu’il faut pour remettre le destin des peuples européens entre les mains des « marchés ».

Cette mise en application scrupuleuse de la vulgate « ultralibérale » est une marque de fabrique de l’Union européenne. Aucun Etat, aucune région au monde n’ont poussé aussi loin la soumission au dogme : aux USA et au Royaume-Uni, la Banque centrale soutient directement le budget public ; au Japon, la dette publique (très élevée : 200 % du PIB) est, pour l’essentiel, entre les mains des résidents et notamment des ménages, ce qui permet à ce pays de considérer avec le recul qui convient les oracles des agences de notation.

Les « marchés » ont vite compris qu’il était possible d’enfoncer des coins dans l’Union européenne et de s’attaquer avec profit à ses maillons les plus faibles. D’où le retour à un traitement différencié des dettes souveraines par pays et la sophistication croissante des produits de spéculation.
La récente décision de l’AMF, qui va élargir les possibilités de spéculation sur la dette publique française, est une illustration parmi d’autres de cette tendance. Elle est doublement fâcheuse : techniquement, on ne voit pas son utilité ; symboliquement, elle renforce les soupçons de collusion entre le politique et les intérêts financiers. Le 9 décembre 2010, le Président de l’AMF déclarait au Monde : « Nous n’avons pas eu une approche assez politique au moment de négocier la directive MIF (qui a ouvert à la concurrence les marchés financiers en Europe, avec effet au 1er novembre 2007). On ne s’est pas posé les bonnes questions : de quels marchés voulons-nous ? Comment faire pour qu’ils financent au mieux l’économie ? (…) Il faut réfléchir à ce qu’apporte cette accélération des échanges : quels sont les bénéfices financiers, économiques, pour quelle utilité sociale ? »
Apparemment, l’AMF est toujours en pleine réflexion …

Cependant, ne laissons pas l’arbre nous cacher la forêt : la création d’un nouvel outil de spéculation financière n’est qu’un épiphénomène dans le contexte plus général de dépérissement du pouvoir politique face aux pouvoirs économique et financier.
C’est à ce contexte général qu’il faut s’attaquer, à un niveau où la puissance de réaction et de conviction a quelque chance d’être suffisante, c'est-à-dire au niveau de l’Europe.

Globalement, l’Europe a un niveau d’endettement public encore maîtrisable (ce qui ne dispense évidemment pas les pays les plus endettés de remédier dans la durée à ce déséquilibre). En dépit d’un Euro surévalué et de l’ouverture inconditionnelle de ses frontières, elle bénéficie en outre d’une balance commerciale proche de l’équilibre.
Il est donc encore temps de réagir. Pour s’en tenir aux sujets qui sont en relation immédiate avec la question de la spéculation sur les dettes publiques, cela veut dire :
- réappropriation du pouvoir monétaire par le politique, dans le cadre de principes de saine gestion ;
- application du principe de solidarité pleine et entière au sein de l’Union ;
- retour à une participation de l’épargne des ménages au financement des dettes souveraines, ce qui permettra aussi de mieux rémunérer cette épargne ; les temps s’y prêtent puisque le taux d’épargne des ménages est actuellement élevé (pour ceux qui peuvent épargner ..).
Il n’en sera que plus facile, ensuite, de s’attaquer au casino spéculatif.

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Pour une bonne approche technique de ce sujet : http://www.les-crises.fr/speculation-financiere-encore/
On trouvera en outre sur ce blog d'Olivier Berruyer, technicien de la finance, des liens vers d’autres sources d’informations utiles ainsi qu’un débat nourri sur cette question de la spéculation sur les dettes publiques. Son article se termine par une citation de Napoléon Bonaparte (1801), qui montre que le problème n’est pas nouveau :
« Ne doit-on pas considérer comme des malveillants ceux qui, pour avilir les effets publics, s’engagent à en livrer dans un délai convenu des quantités considérables à un cours plus bas que celui du jour ? L’homme qui offre de remettre dans un mois à 38 francs des titres de rentes qui se vendent aujourd’hui au cours de 40 francs ne proclame-t-il pas et ne prépare-t-il pas le discrédit ? Ne montre-t-il pas au moins que personnellement il n’a pas confiance dans le gouvernement, et le gouvernement ne doit-il pas regarder comme son ennemi celui qui se déclare tel lui-même ? »
scripta manent
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Re: Vous reprendrez bien encore un petit peu de dette ?

Messagepar KERHUNE » Lun 16 Avr 2012 19:01

En faveur de ce qui a été dit sur le niveau de la dette, ce petit texte issu de Boursorama:"La zone euro a enregistré un excédent de son commerce extérieur de 2,8 milliards d'euros en février, après un déficit de 7,9 milliards en janvier (chiffre révisé), selon les premières estimations publiées lundi par l'office européen de statistiques Eurostat.
En février par rapport à janvier, les exportations corrigées des variations saisonnières ont augmenté de 2,4% et les importations de 3,5%.
Un an plus tôt, la zone euro avait enregistré un déficit commercial de 2,8 milliards d'euros, selon Eurostat.
Les vingt-sept pays de l'Union européenne ont quant à eux enregistré en février un déficit commercial de 9,4 milliards d'euros après un déficit bien plus lourd le mois précédent, de 23,5 milliards. En février 2011, le déficit commercial de la zone euro avait été de 10,5 milliards d'euros".
Un excédent commercial, s'il est corroboré par les flux financiers composant la balance des paiements amène de la liquidité dans le système et favorise donc une croissance vertueuse si l'offre suit et contraint ainsi l'inflation. Mais ces chiffres Européens sont à rapprocher des résultats par pays et, au moins pour 2011, la France avec un déficit important, ne bénéficie pas de cette manne.
De plus, je suis plus sceptique sur l'usage de l'épargne nationale pour alimenter les besoins de la dette nationale et contrecarrer ainsi la spéculation et la hausse des taux qui s'y associe pour deux raisons:
Il subsistera toujours une dette sur les marchés financiers et celle-ci peut toujours faire l'objet de spéculation sur le marché secondaire faisant ainsi accroître les taux.
Il existe une concurrence en terme de financement d’investissements sur le territoire national du fait du défaut criant des banques et des instances Européennes.
La seule issue repose sur une solidarité européenne qui, en l'échange d'engagements budgétaires et d'harmonisation des politiques fiscales, fasse bénéficier certains pays de la réussite des autres. Il faudrait pour cela une vision que se refusent d'avoir nos dirigeants pétris de libéralisme, préférant laisser les décisions à la grande loterie de la main invisible.
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Re: Vous reprendrez bien encore un petit peu de dette ?

Messagepar voxpop » Sam 29 Sep 2012 09:50

Commentaire paru sur le site " Socioecopofi " :

" En dehors des réalités décrites dans cet article, il est bon de voir poser la question de la compétence de l’AMF. Trop de professionnels sont (et acceptent par peur d’être attaqués sur leur réputation et leur portefeuille) victimes des manquements des autorités de régulation et de supervision. Manquements réalisés en amont de leur activité et qui s’imposent à eux. Force est de rendre à Monsieur Jouyet une honnêteté certaine dans la reconnaissance des manquements et des pratiques douteuses de l’institution qu’il préside. Dommage qu’une telle personne laisse perdurer des méthodes d’attaque à l’honorabilité et au portefeuille sur les professionnels qui refusent de payer le prix des errements de l’AMF (errements qui avaient fait tomber la Commission des Opérations de Bourse) et qui attirent l’attention des investisseurs sur ces mêmes manquements. Collaborer ou payer les fruits de la résistance ! Attaquer au portefeuille et à l’honorabilité, mettre un signe distinctif (internet, blâme par la commission des sanctions, commission constituée par ceux qui ont participé, ou qui ont fermé les yeux par incompétence ou par confort « intellectuel » à la mise en place la situation délirante actuelle. Non, ce n’est pas un blague !), n’est-ce pas ces méthodes (attaques) qui ont fait perdre la dignité de la France en d’autres temps et qui génèrent chaque année une kyrielle de commémorations et de demandes de pardon. Comme on dit chez nous « Les biens pensants sont rarement les biens faisants ». Cela dit, les biens pensants touchent et les biens faisants payent. Pour rappel : Valérie De Senneville dans « Les Echos » du 21 décembre 2009: Dossier EADS « L’AMF renoue avec ses vieux démons qui la font soupçonner d’être faible avec les forts et forte avec les faibles. On a entendu jeudi sur France Inter son président, Jean-Pierre Jouyet, furieux, critiquer la « schizophrénie » de l’institution qu’il préside. Là où ses prédécesseurs comptaient sur leur fermeté dans l’affaire EADS pour asseoir la crédibilité de l’institution après le flot de critiques sur la gestion des affaires Rhodia et Vivendi, et faire oublier le sulfureux passé de la COB, le nouveau patron de l’AMF compte plus sur la force de sa régulation pour jouer un rôle politique. »…"

Pour accéder au site Socioecopofi, qui comporte une revue de presse sélective, intéressante et brièvement commentée :
http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/revue-de-presse/economie.php
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Re: Vous reprendrez bien encore un petit peu de dette ?

Messagepar voxpop » Dim 04 Nov 2012 21:11

L'article en référence propose un " retour à une participation de l’épargne des ménages au financement des dettes souveraines, ce qui permettra aussi de mieux rémunérer cette épargne ; les temps s’y prêtent puisque le taux d’épargne des ménages est actuellement élevé (pour ceux qui peuvent épargner ..). "
L'Italie s'est engagée dans cette voie, comme en témoigne cette nouvelle publiée dans Le Monde du 20 octobre 2012 :
" La troisième opération d'emprunts de l'Italie auprès des particuliers s'est achevée, jeudi 18 octobre, sur un succès inattendu. Le Trésor italien a emprunté auprès des épargnants 18,018 milliards d'euros. Les deux précédentes opérations menées en mars et en juin avaient permis de lever 7,3 milliards et 1,738 milliards "
Cela représente 25 milliards d'euros en 7 mois. De quoi faire réfléchir ceux qui ne croient pas en cette piste, qui pourrait pourtant contribuer à desserrer l'étau des marchés sur les stratégies budgétaires publiques.
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