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La biodiversité peut éclairer la société et la finance

La biodiversité peut éclairer la société et la finance

Messagepar benjamin » Ven 27 Juil 2012 23:17

Repositionner les sphères de la Nature, des sociétés, de l’homme et de la Finance

Le muséum d’histoire naturelle, réserve de biodiversité (collections uniques d’insectes et herbier) également dédié à l’éducation du grand public et des étudiants, voit ses missions mises en difficulté. (Le canard enchaîné –18/07/12). L’argent de tutelle ne venant plus, il faut faire appel au privé. L'argent se ferait rare; mais à quoi sert la biodiversité ? Et quel(s) rapport(s) avec l’argent, avec la finance ? A ce sujet, une récente conférence de Mr Robert Bardault, professeur à l’université Paris 6, peut nous éclairer. Mr Bardault, s’il semble bien énervé contre la finance et plus généralement la vision ‘économie-centrée’ de nos civilisations, n’en reste pas moins un biologiste averti qui centre son message sur la primauté de la nature, de la biosphère sur tout autre considération, qu’elle soit sociale ou économique pour la bonne raison que l’homme est partie prenante de cette biosphère, de cette nature, de cette biodiversité. Le message détonne par rapport au discours ambiant quotidien, et ça fait du bien, à l’heure d’un déficit patent de morale ou plus modestement de repères bien réels et tangibles notamment pour les plus jeunes d’entre nous. Dans cette conférence (disponible à la page http://www.univ-ubs.fr/html/pageaccueil ... html#KLINK), Mr Bardault nous fait part d’anecdotes concernant la complexité du vivant sur Terre, son message étant fortement teinté de la certitude que l’origine de nos crises vient d’une erreur de vision humaine, voire sociétale. Mais voyons d’un peu plus près la teneur de son message.
D’abord, la biodiversité, ce n’est pas simplement un nombre d’espèces qui disparaît, cette erreur de vision est liée à la comptabilité, à la numérisation du monde. La biodiversité, pour lui, c’est l’ensemble de la nature, le vivant, la biosphère. Et cette nature, en tant que première productrice de matière organique à partir d’eau et de gaz carbonique semble avoir beaucoup à nous apprendre, à nous, ‘homo productans’ qui en faisons partie. (120 milliards de tonnes de matière produite chaque année par la végétation terrestre, 720 millions de m3 de sédiments remontées en surface chaque été par les baleines grises….vous voulez des chiffres ?). Ses anecdotes écologiques qui vont de l’influence du chat sur la production de viande bovine, à l’influence du nombre de baleines grises sur le nombre d’oiseaux marins ont toutes en commun de nous montrer combien les liens dans la nature sont complexes.
Il pointe également une vérité cachée consistant dans la projection d’une vision de société dans la vision du monde, même dans le domaine scientifique. Ainsi, on trouvait dans les ouvrages de biologie des années 60-70 de gros chapitres traitant de la compétition au sein des espèces et peu de littérature sur la coopération ou la symbiose entre organismes dans les processus évolutifs. Il rappelle que les années 70, avènement du capitalisme triomphant vont ainsi de pair avec une vision biologique de domination de la compétition sur la coopération. L'évolution serait dirigée par la compétition? Il n’en est rien. Il a été ainsi montré que l’évolution passe par des stades très rapides ponctuels. Il en va ainsi de l’émergence de sociétés quelles soient humaines ou animales, de l’apparition de la cellule eucaryote (à noyau) qui sont des processus coopératifs. C’est au moment où la vie opte pour la coopération, voire la symbiose que l’évolution fait ses plus grands pas. Intéressant à l’heure d’une société compétitive finissante.
Ainsi, la biodiversité ne se quantifie pas, et le pouvoir de l’homme à vision linéaire, qui dit que si le taux de morue diminue, il n’y a qu’à arrêter de la pêcher est faux.
Voilà des choses bien réelles que nous rappelle ce professeur, bien plus réelles que la finance, rappelons-le, création humaine qui fait peut-être encore le ‘bonheur’ de quelques-uns.
Cette biodiversité est la base de l’existence de nos civilisations productives, la base de l’économie réelle et il préconise de substituer au schéma classique de cercles interpénétrés représentant environnement, social, économique, à l’intersection desquels on a coutume de localiser la sphère du développement durable, un schéma à trois cercles concentriques où la nature englobe le cercle de la société englobant lui-même le cercle de la finance. Il s’agit juste de remettre les choses à leur place.
Ainsi, l’évolution est particulièrement efficace sous les concepts de coopération, d’inventivité mais également de diversification. D’autres anecdotes croustillantes viennent appuyer l’idée, dont l’invention de l’agriculture durable par des fourmis il y a maintenant 50 millions d’années. Or cette diversification est aujourd’hui gommée dans nos sociétés mondialisées qui voudraient tout faire tendre vers un modèle socio-économique unique (généralement d’inspiration nord américaine) ou encore à travers l’harmonisation souhaitée par le haut. Nos sociétés s’adapteront au monde qui évolue avec l'aide de minorités à n’en pas douter, c’est bien la diversification des sociétés qui permettra un choix plus grand dans le processus évolutif pour notre adaptation (ceci me semble valable que la contrainte adaptative soit de nature environnementale ou humaine, sociétale). Je ne reviendrai pas sur ma défense de l’initiative locale à ce sujet.
Enfin, nous sommes bien convaincus que les matières premières de nos sociétés sont le fruit d’un long processus de création par la biosphère puis de maturation (pétrole, fer, calcaire…) et que le travail de la nature est bien antérieur à celui de l’homme qui n’en perd pas moins sa grandeur, quand il fait preuve d’inventivité, d’adaptabilité et de coopération mais ne doit pas oublier le travail antérieur de la nature dont il fait partie. En somme, la biodiversité, ça nous cause, nous en faisons partie, nous l’utilisons, et nous la nourrissons à condition de prendre ses marques de nos sociétés productives compétitives actuelles.
Et si l’industrie ne va pas de pair avec la biodiversité, il est temps de prendre conscience des buts de la première et de ses effets sur la seconde..
Un exemple, que je connais bien: l’industrie entre en conflit avec la biodiversité à travers une illustration d’actualité concernant les plastiques en mer. Les fragments de plastiques, non biodégradables rappelons-le, sont légion dans les océans et sur les plages. Les plus petits flottent en surface faisant une redoutable concurrence au plancton (taille et localisation similaires) qui nourrit les poissons. Ils entrent ainsi dans la chaîne alimentaire dont nous sommes les maillons finaux. Considérant que les matrices plastiques sont des absorbeurs de déchets gras, ils concentrent ainsi les résidus pétroliers épars en mer.
Par ailleurs, les déchets plastiques de plus grande taille entravent les flux gastro intestinaux menant à des morts par occlusion, ou encore peuvent empêcher le développement normal d’animaux en croissance lorsqu’ils ceignent certaines parties de l’animal, à l’image du morceaux de caoutchouc ou de fil de fer progressivement ‘avalé’ par l’écorce de l’arbre au cours de sa croissance. Certains se mobilisent déjà pour la prise de conscience citoyenne de ces problématiques à travers, notamment la réalisation d’œuvres d’art : le site http://recycluzz.com/tag/plastique/ en recense quelques-uns et le collectif ‘skeleton sea’ s’implique dans l’éducation des enfants à cette problématique (http://www.skeletonsea.com/) à travers la collecte et la réalisation d’œuvres généralement exposées sur place à travers sa campagne ‘keep the oceans clean’.
Par ailleurs des missions scientifiques sont en cours en méditerranée qui montrent l’importance et l’impact de ces déchets sur la faune. Les premiers résultats sont tellement alarmants que ces scientifiques ont décidé d’alerter les parlementaires européens par le biais de la pétition d’initiative citoyenne (http://www.expeditionmed.eu/petition/).
J'ai commencé par le cas du muséum d’histoire naturelle obligé d’aller collecter des fonds privés pour pallier les défauts d’investissement de son organisme de tutelle (public : ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, et ministère de l’Ecologie, développement durable et Energie). C’est une tendance générale. La politique européenne qui soutient l’industrie à travers notamment la planification de la recherche et de l’innovation, peut être perçue comme un détournement de fonds publics dédiés à la recherche vers l’industrie, sous condition que celle-ci fasse de la recherche bien sûr, mais quelle recherche ? (mercatique, ‘conditionnement’ du nouveau produit…). D’où mon opinion de détournement , car la recherche pour l’industriel n’est pas la recherche du chercheur, et il n’existe pas encore d’expression citoyenne d’une vision de recherche pour la société.
Voilà pour les buts de l’industrie à travers cette recherche qui est finalement imposée par le haut plutôt que par les chercheurs eux-mêmes et encore moins par le citoyen, c’est également une histoire de démocratie. Peut être le citoyen aurait-il son mot à dire entre l’attribution de 300millions d’euros annuels pour un pôle de nanotechnologies contre un tiers pour le muséum d’histoire naturelle. Peut être serait-il sain d’envisager de tourner la page de la société marchande qui n'a d'ailleurs pas toujours été? Il nous faut en tout cas rester informés des évolutions scientifiques techniques et appliquées, le plus objectivement possible, c’est un des buts de la fondation science citoyenne. http://sciencescitoyennes.org/
Ainsi, n’hésitez pas à appuyer la démarche d’expédition med (pétition européenne déchets plastiques en mer), renseignez-vous auprès de sciences citoyennes qui laisse parler des chercheurs à la marge de la pensée économique dominante, qui soutient également la publication d’un livre intitulé l’alter gouvernement (tout un programme), allez voir les beautés ‘plastiques’ de rebuts côtiers, et recentrez-vous avec la conférence du Pr Bardault. Nous avons tous à y gagner.
benjamin
 
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