» Pour vous inscrire : Inscription           » Si vous êtes déjà inscrit : Connexion           » Pour nous contacter : Contact

Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar pierre » Lun 05 Nov 2012 17:56

Un renfort de poids pour les opposants à Notre Dame des Landes :

Pour ceux qui ne l'auraient pas vue passer, nous citons ci-après in extenso la lettre ouverte envoyée à François Hollande, le 30 octobre 2012, par Patrick Warin.
Patrick Warin est un ancien élève de l'ENA, de la même promotion que François Hollande (la désormais célèbre promotion Voltaire). Administrateur civil, il a été notamment Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations. Il sera donc difficile pour les partisans du projet d'aéroport à Notre Dame des Landes de prétendre qu'il s'agit là d'un simple mouvement d'humeur d'un doux rêveur gauchiste.

" Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François,

J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30 octobre, alors qu’une nouvelle opération de police de grande envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers mon lieu de résidence, ville et région qui vous sont également familières.
Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes /Grand Ouest, des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes. Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées de manière tronquée et trompeuse, la seule réponse que votre gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force. Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade est inacceptable.
Parmi bien d’autres je me suis engagé pour assurer votre élection, puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années nous avons failli, à 86 voix près, envoyer l’ancien ministre Marc Laffineur à une retraite bienvenue. Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.
Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions politiques chèrement acquises car vous n’imaginez pas l’immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s’isoler.
Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un nouveau Larzac !
Déjà au moment de votre élection je vous avais alerté discrètement, par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont Pierre René Lemas pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne provoque des conséquences électorales néfastes. Il me semblait avoir, avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu.
Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de traiter le dossier. Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’Etat.
La révision du Schéma national des infrastructures de transport, l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau, dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux. Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le respect du dialogue citoyen.
Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs, collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de la concurrence globalisée. Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise. Je ne suis pas un nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti progrès ». Ces traits de caractère sont partagés par les personnes que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité et l’ouverture au 21éme siècle.
En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie fossile et alors que leur modèle économique est de ramener les passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou Amsterdam ou Madrid…. ? A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, déracinant aux propre et au figuré paysages et hommes attachés à leur territoire ?
Nantes a déjà 2 aéroports qui figurent dans les codes internationaux de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de justifier le transfert coûteux et….. la gare SNCF de Nantes qui est utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers vers les plateformes parisiennes et retour. Nantes Atlantique va devoir de toutes façons être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air France sur sa vision du transport aérien au 21 ème siècle et remettons nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de trafic utilisées pour justifier le transfert !
Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui soucieux que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas de la réalité que vivent nos concitoyens, vous qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit on à Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre région auprès de personnes qui vous soutiennent, qui partagent vos valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés .
Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’Etat, le magnifique film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français ordinaires, femmes et hommes de conviction mais aussi à l’homme d’Etat qui les a entendus.
Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les écoute.
Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous que vous soyez à notre rendez vous citoyen comme l’a été François Mitterrand.
Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et de mon cordial souvenir,
Patrick Warin
ENA Promotion Voltaire
Copie : Monsieur Jean Marc Ayrault, Monsieur Pierre René Lemas, Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire. "
pierre
 
Messages: 161
Enregistré le: Dim 18 Sep 2011 15:58

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar pierre » Dim 02 Déc 2012 19:49

Le CéDpa, " Collectif d'élu(e)s Doutant de la pertinence de l'aéroport " a fait réaliser une " contre expertise " du bilan avantages / inconvénients de l'aéroport de Notre Dame des Landes.
Il présente comme suit les résultats de cette étude :
" Le CéDpa a sollicité un cabinet d'étude indépendant européen, CE Delft, pour :
1- analyser les coûts et bénéfices globaux pour la collectivité, du projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes ;
2 - analyser les coûts et bénéfices globaux d’une amélioration de l’aéroport existant.
Le cabinet a mis en évidence que l’analyse initiale comportait des erreurs. En corrigeant ces erreurs, les bénéfices attendus du nouvel aéroport diminuent significativement et ses coûts augmentent. Au final, la construction d'un nouvel aéroport représente un coût global pour la collectivité, alors que l'optimisation de l'aéroport existant se traduit par un bénéfice global.
Grâce à cette étude, tout un chacun peut réaliser que l'étude économique initiale conduite par l'Etat pour appuyer le projet de nouvel aéroport n'a pas été menée sérieusement, des choix de valeurs ont été faits non conformes aux normes en vigueur, uniquement dans le but de montrer sur le papier que le projet apportait un bénéfice à la collectivité. On sait maintenant qu'il n'en est rien.
"

CE Delft présente son étude comme suit :
" Nouvel aéroport à Nantes : un appauvrissement pour la collectivité
La construction d’un nouvel aéroport près, de Nantes, l’Aéroport du Grand Ouest, entrainerait un appauvrissement pour la collectivité, d’après la nouvelle étude conduite par le cabinet-conseil en économie CE Delft. D’un point de vue économique, une amélioration de l’aéroport actuel de Nantes Atlantique entrainerait, en revanche, des bénéfices. Ces résultats sont contraires à l’analyse qui a été présentée pour la consultation publique de 2006.
CE Delft a été sollicité par le CéDpa, l’organisation des élus opposés à la construction de l’Aéroport du Grand Ouest, pour analyser les coûts et bénéfices globaux pour la collectivité d’un nouvel aéroport d’une part, d’une amélioration de l’aéroport existant, d’autre part. Il a mis en évidence que l’analyse initiale comportait des erreurs. En corrigeant ces erreurs, les bénéfices attendus du nouvel aéroport diminuent significativement et ses coûts augmentent. Le bénéfice principal du nouvel aéroport, les gains en temps de trajet, a été calculé de façon erronée. En prenant les valeurs standard attribuées au coût du temps, CE Delft a réduit ce bénéfice des deux tiers. De plus, les documents de la consultation publique n’ont pas pris en compte les coûts de conversion d’une zone de biodiversité en plate-forme aéroportuaire.
L’aéroport actuel, Nantes Atlantique, peut être amélioré pour en accroitre la capacité. Comparé à la construction d’un nouvel aéroport, le bénéfice économique est d’au moins 200 millions d’Euros.
CE Delft a une longue expérience des analyses économiques globales coûts/bénéfices de projets d’infrastructures. Il a une expérience approfondie dans le domaine de l’aviation ; il a mené des études critiques sur le projet de troisième piste à Heathrow et sur l’extension de l’aéroport de Schiphol, parmi d’autres.
"

Pour accéder au site du CéDpa : http://aeroportnddl.fr/articles.php?lng=fr&pg=422

Pour accéder au rapport d'étude de CE Delft, intitulé " Examen de l’analyse économique initiale de l’aéroport du Grand Ouest - Comparaison avec des améliorations sur Nantes Atlantique " :
http://www.cedelft.eu/news/189/New_airport_at_Nantes%3A_decrease_of_welfare/
pierre
 
Messages: 161
Enregistré le: Dim 18 Sep 2011 15:58

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar pierre » Dim 02 Déc 2012 20:08

Un investissement archaïque, selon Nicolas Hulot

Le Monde.fr du 28 novembre 2012 résume comme suit un entretien accordé par Nicolas Hulot au Parisien Aujourd'hui en France, au sujet du projet d'aéroport à Notre Dame des Landes :
« Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la nature et l'Homme, demande un "médiateur" pour sortir de l'impasse sur le projet contesté d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.
"Nommons un médiateur qui soit une autorité incontestable et donnons-nous du temps pour écouter sincèrement les arguments y compris économiques", demande l'écologiste, dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui en France mercredi.
Pour lui "il n'y a pas d'urgence à faire cet aéroport" alors "remettons les choses à plat". "Il y a un vrai mouvement contre cet aéroport. Il rassemble des jeunes, le monde paysan, des écologistes et beaucoup de personnes soucieuses de construire une société différente", constate Nicolas Hulot avant d'asséner : "je trouve affligeant qu'au 21e siècle, on envoie les forces de l'ordre face à ceux qui se battent contre ce projet."
Il "ne jette pas la pierre" à Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes qui a défendu le projet, tout en estimant que le premier ministre "n'a pas la bonne grille de lecture." "En période de crise économique et écologique, il y a des choix à faire et Notre-Dames-des-Landes est un investissement archaïque", affirme Nicolas Hulot.
"Dans la région, je note qu'il y en a déjà un [aéroport] à Rennes, un à Lorient, un autre quasi inutilisé à Angers qui n'est pas optimisé et l'actuel aéroport de Nantes qui ne fermera pas car Airbus n'en déménagera pas", relève encore Nicolas Hulot.
»
pierre
 
Messages: 161
Enregistré le: Dim 18 Sep 2011 15:58

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar scripta manent » Lun 03 Déc 2012 16:00

Pierre Deruelle a publié sur son blog, le 24 novembre 2012, un article intitulé " Notre-Dame-des-Landes : un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps. "
On aura compris, à l'énoncé de ce titre, que l'auteur n'est pas un chaud partisan du projet en question. Le grand mérite de cet article est qu'il ne se contente pas de faire part d'un désaccord. Il en développe les arguments de façon détaillée, documentée et sourcée.

Avec l'accord de Pierre Deruelle, nous reproduisons ci-après l'intégralité de cet article.
Nous encourageons cependant le lecteur à se rendre sur le blog de l'auteur, où il pourra prendre connaissance des commentaires suscités par l'article, ainsi que des sources utilisées : http://www.pierrederuelle.com/notre-dame-des-landes-un-projet-de-1967-pour-repondre-aux-defis-de-notre-temps/

" Bon, c’en est assez. Moi ça me fait peine. Beaucoup trop de contre-vérités sont énoncées quotidiennement sur l’affaire de l’Aéroport Grand-Ouest, outrageusement raccourci en NDDL par les supporters de la bande de squatteurs basanés polygames crypto-anarchistes néo-staliniens qui ne se lavent même pas tous les jours. Il est peut-être temps de prendre UN PEU de hauteur, de dépassionner le débat, et de ramener UN PEU de sérieux sur ce sujet de haute voltige.

Un peu d’histoire(s)

Le site de Notre-Dame-Des-Landes fut choisi en 1967 (selon les normes européennes environnementales et de préservation de la biodiversité qui devaient à l’époque déjà probablement être les mêmes qu’aujourd’hui) par le Service technique des bases aériennes, puis validé en 1970 par le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire (CIAT) pour remplacer “Nantes Atlantique” existant déjà à l’époque, notamment pour y développer le fret, et aussi un peu pour pouvoir accueillir fièrement le tout nouveau Concorde. Mais si, vous savez, cet avion qui a eu un petit souci le 25 juillet 2000, tuant 113 personnes, et qui ressemblait à un burn-out de cigogne sous extasy avec une paire de Ray-Ban.

S’il semble aujourd’hui – mais je m’avance peut-être un peu – que le projet n’accueillera finalement pas le Concorde, dès mai 1967, les autochtones les plus civilisés pouvaient déchiffrer dans la presse locale avec leurs quelques rudiments de langue française que “La métropole Nantes – Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire”. Les hommes politiques et leurs experts avaient parlé. Et tout le monde sait ça, ils tiennent toujours leurs promesses.

En 1971, une vague histoire de choc pétrolier mit semble-t-il un peu de sable d’embargo de pays arabes de l’OPEP dans le moteur du projet de nouvel Aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Mais aujourd’hui, comme ces problèmes de pétrole sont définitivement derrière nous, ne vous inquiétez pas, l’histoire peut reprendre son cours.

Après quelques années de trafic stagnant, dans les années 80 la CCI qui gérait Nantes Atlantique posa la question totalement saugrenue de construire une nouvelle piste perpendiculaire à l’existante, qui eût permis aux avions de ne plus survoler Nantes. C’était sans compter sur l’avis du Conseil général de l’époque qui considéra qu’importaient peu trajectoires rectilignes, sens des vents dominants, et beaucoup moins de nuisances sonores sur la population : “Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre-Dame-des-Landes”.

La solution retenue par les experts fut donc de prolonger la piste existante, très mal orientée selon les pilotes et par voie de conséquence selon les riverains qui ne comprennent décidément rien aux expertises des experts agréées par des hommes politiques experts dans l’art d’agréer les experts des expertises.

Les mêmes experts de prévisions de trafic de l’époque annonçaient donc entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000, et puisqu’ils ne se trompent jamais comme vous l’avez compris, l’aéroport de Nantes Atlantique en accueille aujourd’hui 3,2 millions par an.

Heureusement, en 2000, sous le gouvernement Jospin, parce qu’on peut être de gauche et moderne, le projet ressortit enfin des cartons.

Mieux qu’un aéroport de fret, un aéroport international ! Il remplacerait l’existant, dont le fonctionnement serait cependant maintenu partiellement pour l’usine d’Airbus voisine, qui expédie ses pièces détachées par avion mais, heureusement pour les riverains, ne fait jamais décoller les siens. Quel rêve merveilleux pour les hommes politiques locaux de s’imaginer accueillir à bras fiscaux ouverts les hommes d’affaires du monde entier apportant la croissance et la mondialisation dans leurs valises en descendant de gros aéronefs sur deux pistes neuves ! Et quel argumentaire économique merveilleux pour un programme de réélection à un mandat local ! Faire décoller et atterrir des avions c’est un peu magique non, vous ne trouvez-pas ?

L’actuel aéroport de Nantes Atlantique

La France compte plus de 156 aéroports (475 en comptant les aérodromes), contre 45 en Allemagne(102 avec les aérodromes) et 160 en Grande-Bretagne (357 avec les aérodromes) [NDLR chiffre corrigé, merci aux lecteurs]. S’il faut bien qu’on les batte sur quelque chose, c’est fait.

L’aéroport actuel de Nantes Atlantique s’étend sur 320 hectares. Sa piste mesure 2 900 mètres par 45 mètres, et a été bétonnée en 1939, parce que l’herbe, c’est quand même plus pratique pour jouer au golf que pour faire atterrir mamie qui rentre des Seychelles. Cette piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, même s’il n’y en a que 10 à 12 actuellement, mais c’est un argument de gauchiste en tongs pas rasé.

Le décret n° 2001-705 du 31/07/2001 a inscrit l’aéroport de Nantes Atlantique parmi ceux sur lesquels l’Autorité de Contrôle des Nuisances Sonores Aéroportuaires (ACNUSA) a des compétences élargies (10 aéroports en France). Traduction : il casse les oreilles de 42 000 personnes, mais comme le nouvel aéroport est en projet, on ne va surtout pas construire une nouvelle piste orientée correctement, ni même régler les questions de gestion du trafic aérien.

Forcément, il a toujours un collectif de crypto-anarchistes pilotes de lignes doutant de la pertinence du projet de Notre-Dame-des-Landes pour affirmer que “30 % des avions qui survolent le centre-ville pourraient l’éviter en passant par le sud de l’agglomération”. Comment croire Thierry Masson, cet officier-pilote de ligne de 50 ans basé à Nantes qui a tout du conspirationniste notoire quand il déclare : “Deux tiers du trafic transitent par le sud-est de l’agglomération. J’aimerais bien savoir pourquoi, en arrivant de Limoges, de Poitiers ou de Bordeaux, il faut faire un détour par le nord-est de l’agglomération et survoler le centre de Nantes.”

Par sa superficie, Nantes Atlantique a déjà la dimension d’un aéroport international.

En 2011, pour 60 800 mouvements (les décollages/atterrissages sont un peu les pompes/abdos du contrôleur aérien) l’aéroport à reçu 3,2 millions de passagers.

Sa surface est moitié de celle de l’aéroport Gatwick à Londres, qui, par comparaison, assure 280 000 mouvements par an et reçoit 31 millions de passagers, et quasi-égale à celle de l’aéroport de San Diego, en Californie (USA) qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine 17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

En fait, ce qui sature un aéroport ce n’est pas le nombre de passagers mais bien évidemment le nombre de décollages/atterrissages, et sur ce point Nantes Atlantique est passé de 54 858 mouvements en 2007 à 60 800 mouvements en 2011. En suivant cette courbe, Nantes Atlantique devrait atteindre les 200 000 mouvements en 2750 après la troisième apocalypse, quand Nantes sera devenue la capitale du monde.

Du coup, Nantes Atlantique a reçu le trophée ERA Award 2011-2012 du meilleur aéroport européen, ce qui est donc une excellente raison pour en construire un nouveau.

Cerise on the cup-cake, il y a donc une usine Airbus en bordure de la piste de Nantes Atlantique qui emploie 2 300 salariés à la fabrication notamment des radômes (extrémités avant des avions) et des caissons centraux de voilure de toute la gamme Airbus, pièces qui partent pour assemblage à bord du Beluga, l’avion-cargo d’Airbus. Que se passera-t-il pour Airbus si Nantes Atlantique ferme ? Airbus ne va quand-même pas délocaliser sa production ? La piste serait donc privatisée pour son bénéfice ? A moins – idée lumineuse – qu’on refile l’un des aéroports européens les mieux notés aux bons soins de Vinci, qui saura bien en faire quelque usage rentable : les bâtiments de l’aéroport seront peut-être transformés en skate-park, en agence Pôle-Emploi, ou en crèche pour les futurs pilotes de ligne.

“Un aéroport qui réponde aux défis de notre temps” (Jean-Marc Ayrault)

Suite à une enquête d’utilité publique conclue fin 2006, la Commission d’enquête remit en avril 2007 un rapport au préfet de la région Pays de la Loire.

C’est M. Bernard Boucault qui était à l’époque préfet de la région Pays de la Loire. Il avait à peine eu le temps de lire le rapport et de reconnaître le projet d’utilité publique qu’il fut nommé en juin 2007 directeur de l’ENA, Le 30 mai 2012, il fut nommé préfet de police de Paris. Comme quoi même faire les grandes écoles n’empêche pas de finir au poste.

M. Bernard Hagelsteen lui succéda le 20 juin 2007 au double poste de préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique. Une carrière à talonnettes que celle de M. Bernard Hagelsteen : en 1984 il devint secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, puis obtint entre 1989 et 1992 le poste de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, et plus récemment celui de secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance. Proche collaborateur du ministre de l’Intérieur de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, Bernard Hagelsteen avait eu pour tâche de préparer et de défendre la loi sur la prévention de la délinquance, promulguée en mars 2007.

Un mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, nommé préfet de la région Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, il héritait donc du dossier du décret d’utilité publique de l’aéroport.

Ce fameux décret d’utilité publique (DUP) est finalement publié le 10 février 2008, suite à une enquête d’utilité publique pour laquelle 63 % des contributions recueillies par les sept enquêteurs étaient opposées au projet. Mais comme on arrête pas le progrès, l’enquête s’est quand même avérée suffisamment positive pour prendre un DUP, même si sur les sept enquêteurs qui ont fait le travail, deux ont abandonné leur position avant la fin des travaux de la commission d’enquête.

Et puisque la mode était à un truc médiatique appelé Grenelle de l’environnement, le décret comportait la réserve que cet aéroport soit de haute qualité environnementale (norme HQE).

Contesté par la suite devant le Conseil d’Etat, ce décret sera confirmé en 2009 et en 2010.

Un esprit mal tourné pourrait s’indigner de ce que la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’Etat fût Mme Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen en charge du décret en question, alors qu’il s’agit bien évidemment du fruit du hasard. Un hasard qui valait bien que Mme Monfraix-Hagelsteen fût élevée au grade de Commandeur de la Légion d’honneur le 13 Juillet 2009, ce qui n’a strictement rien à voir, nous ne salirons pas ici la mémoire une femme irréprochable, décédée depuis.

Hasard total également si son époux désormais veuf monsieur Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutes, puis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci. Vinci en charge du projet du nouvel aéroport. Tout ne peut pas être dramatique, le hasard fait parfois bien les choses, n’en déplaise à la loi dite de pantouflage concernant les représentants de l’État.

Les projets d’optimisation de l’aéroport existant de Nantes Atlantique n’ont pas été déposés, les solutions alternatives n’ont pas été étudiées : aucun intérêt, puisqu’on fait l’aéroport Grand Ouest de NDDL. Quand au Grenelle de l’environnement, qui préconisait l’étude de solutions alternatives pour les projets à fort impact environnemental, c’est de toute façon aujourd’hui un truc complètement dépassé, d’ailleurs on en parle même plus à la télévision. J’en ai discuté avec un lobbyiste du bétonnage pas cher, on vous jure mordicus que la norme HQE ça sert à rien.

Alors certains viendront braire que la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situait dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Et vont s’imaginer que pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop coûteuses, on préfère se débarrasser de l’aéroport et en construire un nouveau.

Et pourquoi pas aussi fantasmer sur les prétendus appétits financiers des prétendus lobbies du BTP, tout ça parce que le Président et le Directeur général de VINCI ont pu faire ensemble quelques voyages au Cambodge avec M.Thierry Mariani.

Écoutez plutôt Jean-Marc Ayrault, un homme qui a eu une vision prophétique de la magnificence de Nantes et lui souhaite “un aéroport qui réponde aux défis de notre temps”. Mais si, vous savez, Jean-Marc Ayrault, l’homme qui a réussi à rendre François Fillon charismatique : ancien maire PS de Nantes depuis 1989, ancien député, ancien président du groupe socialiste, il est aujourd’hui conseiller municipal de Nantes, conseiller communautaire de Nantes Métropole (qui participe au financement du projet) , et accessoirement semble-t-il Premier ministre.

Nantes-sur-Ayrault la sublime, nouvelle capitale française : Pensez-donc, avec 1 650 hectares cet aéroport de Notre-Dame-des-Landes (toutes infrastructures comprises) sera donc plus grand que la surface aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle qui accueille sur 1 400 hectares 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an (pour une surface totale de 3.257 hectares). Si avec ça Nantes-sur-Ayrault ne devient pas Nantes-sur-Ayrault-la-magnifique …

Veni, Vidi, Vinci

Donc, le 30 décembre 2010, Thierry Mariani, secrétaire d’Etat chargé des transports, a paraphé le contrat de concession du nouvel aéroport Grand-Ouest. Signé par la société concessionnaire des aéroports du Grand Ouest, filiale de VINCI Concessions (85 %), en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Nantes (10%) et Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO – CIFE) (5 %), il est entré en vigueur le 1er janvier 2011.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Vinci a obtenu la reprise de l’exploitation des aéroports de Nantes-Atlantique et de Saint-Nazaire Montoir, en plus de la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance du nouvel aéroport du Grand Ouest Notre-Dame des Landes pour une durée de 55 ans.

Ce projet ultramoderne déposé par Vinci présente deux pistes de 2.700 et 2.900 mètres : on pourrait potentiellement y faire atterrir des A380, mais le futur exploitant de l’aéroport ne prévoit pas l’existence, dès l’ouverture de l’aéroport de lignes commerciales régulières utilisant l’A380, ni donc les infrastructures adaptées. Comme les gros porteurs ne sont pas trop à la mode, on s’en dénoyaute la cerise. Puisqu’on vous dit que c’est ultramoderne. Faut suivre un peu.

Deux pistes pour 4 millions de passagers. Une bande de sauvages autochtones qui vit là-bas, l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes) soutient qu’il n’existe aucune norme européenne allant dans ce sens. Peut-être, mais qu’est-ce qui leur dit que demain on ne va pas construire 8 pistes supplémentaires à Roissy, avec 60 millions de passagers sur 4 pistes ? Le bon sens n’est pas toujours près de chez vous, vous diront les experts.

Le projet devrait coûter 561 millions d’euros (aucun budget de dépassement n’a été prévu car on sait bien que ça n’arrive jamais sur des gros chantiers), ce qui heureusement en période de crise est une somme tout à fait modeste parfaitement employée. Ce n’est pas comme si avec 561 millions d’euros on pouvait créer des logements, financer des projets écologiques, faire de la recherche… Une paille donc, mais dans l’œil.

La répartition de l’enveloppe globale s’établit comme suit :

•Vinci apporte autour de 310 M€ sur les 441 M€ évalués pour la réalisation de la plateforme aéroportuaire qui se répartissent comme suit :
- 100 millions d’euros c’est le résultat du bénéfice fait sur Nantes Atlantique entre 2010 et 2017 [sic!]
- 100 millions d’euros empruntés sur les marchés financiers cautionnés par les collectivités locales, noir sur blanc dans le cahier des charges [re-sic!]
- 100 millions d’euros des actionnaires de Vinci avec un rendement annuel de 12 % imposé.[re-re-sic!]

•L’Etat (130,5 M€) et les collectivités publiques (115,5 M€) se sont engagés sur une contribution publique totale de 246 M€, financement partagé au travers d’un syndicat mixte comprenant :
- Les Conseils régionaux des Pays de la Loire (40,4 M€) et de Bretagne (28,9 M€),
- Le Conseil général de Loire-Atlantique (23,1 M€)
- Nantes Métropole (17,9 M€)
- La communauté d’agglomération de Saint-Nazaire (2,9 M€) et celle de La Baule-presqu’île de Guérande (2,3 M€)

On rappellera tout de même que lors du débat public de 2002-2003, le prix du baril de pétrole (brent) oscillait entre 30 et 40 dollars. Aujourd’hui c’est plutôt autour de 100 dollars le baril qu’il oscille, mais ça n’a évidemment aucune sorte d’importance.

Cinq enquêtes publiques se sont déroulées du 21 juin au 7 août 2012. Quelque 400 contributions ont été déposées ou envoyées aux commissaires enquêteurs, et certains viendront chicaner sur “la précipitation à organiser l’enquête pendant l’été, avant l’entrée en application de la réforme des enquêtes publiques, ce qui a permis à l’Etat d’organiser la procédure conformément à l’ancienne règle, alors que la nouvelle aurait permis une instruction plus longue”.

Il y aura bien des pisse-froid pour venir arguer également que les centaines d’hectares requis pour le nouvel aéroport sont des zones humides, en tête de deux bassins versants, que leur artificialisation est contraire aux dispositions du SDAGE Loire Bretagne.
Que normalement ce projet ne peut satisfaire aux exigences de la loi sur l’eau, mais heureusement l’Etat et Vinci proposent une solution, dite loi-du-contournement-de-la-loi, qui permettrait de passer outre : le concessionnaire Vinci-Aéroport du Grand Ouest aurait recourt à des « unités de compensation zones humides » calculées selon des coefficients de 0,25 à 2 pour évaluer l’intensité de la réponse compensatoire des mesures.

Bon ok, c’est un peu violer la loi française et la directive européenne cadre sur l’eau, parce que normalement une zone humide détruite doit être compensée par deux hectares construits sur le même bassin versant, or ici toute la zone du projet et ses alentours sont classés en zones humides. D’accord, il n’est donc pas possible de compenser, l’approche retenue par AGO en termes de fonctionnalités n’est pas viable, mais bon puisqu’on vous dit que tout ça c’est pour le développement économique. L’état a bien le droit de contredire ses propres directives, sans compter qu’en 2012, on s’en fout de l’eau, après tout.

Les indemnités proposées aux propriétaires qui sont priés de dégager illico de la zone avant l’arrivée des pelleteuses sont de 27 centimes par m². Quand on sait que l’un d’eux a par exemple acheté son terrain 24 centimes par m² en 1977, ça laisse rêveur.

Il paraîtrait aussi que le marché européen de permis des émissions de CO², qui renchérit le coût de l’aviation, a été omis dans les études. Comme ces trucs de CO² sont encore des lubies de baba-cools avec des fleurs sur leurs sandales en cuir, on n’en tiendra évidemment pas compte.

D’autres empêcheurs de bétonner en rond viendront pérorer que la concurrence du TGV n’a pas été prise en compte. Mais qui prend encore le TGV entre Nantes et Paris de nos jours ?
Et comme si la nouvelle liaison TGV Rennes-Paris prévue pour 2020-2025 allait inciter beaucoup de Rennais à prendre l’avion à Paris plutôt qu’à Notre-Dame-des-Landes. N’importe quoi.

D’autres encore vous expliqueront que la construction du tram/train depuis Nantes, estimée à 150 millions d’euros, n’est pas prise en compte dans le projet, alors que ses effets sont inclus dans le calcul de bénéfices pour la société Vinci. C’est juste parce qu’ils ne savent pas anticiper sur les bénéfices que réalise le privé à partir des investissements des deniers publics. En attendant, vous viendrez à l’aéroport en voiture et vous paierez le parking, à Vinci bien sûr, qui a obtenu dans le cahier des charges du projet l’augmentation de 7 000 à 11 000 places de parking tandis que les pistes ont été revues à la baisse faute de moyens.

En terme d’emploi, de drôles de sbires contestent l’étude estimant que 1 000 emplois sont créés par million de passagers tout ça parce qu’elle se base sur les statistiques des trois grands hubs internationaux qui comptent également le fret, alors qu’en France, pour les aéroports régionaux la norme est de 600 emplois par million de passagers. Les gens sont vraiment tatillons quand il s’agit de leur boulot, c’en devient pénible.

A contrario, l’étude de déclaration d’utilité publique nous explique – c’est un ravissement sans égal quand on fait de la politique – que l’aéroport Grand Ouest de Notre-Dame-des-landes rapportera entre 600 et 700 millions d’euros à la collectivité. N’en déplaise à l’étude du cabinet CE-Delft de 2011.

D’ailleurs qui s’intéresse à l’avis d’un cabinet hollandais, organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans les solutions innovantes aux questions environnementales, qui alerte sur les risques d’un déficit entre 90 millions et 600 millions d’euros selon les estimations, et auteur il y a quelques années d’un rapport ayant contribué à l’abandon de l’extension de l’aéroport d’Heathrow à Londres ? Surtout quand il conclut que l’optimisation de Nantes Atlantique apparaît plus génératrice de richesses pour la France que la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Franchement, on s’en fout un peu, qui va aller tenir compte de ça, sérieusement ?

Certainement pas Vinci, qui nous propose un monde merveilleux à Notre-Dame-des-landes :

De 4 millions de passagers à la mise en service, le trafic (actuellement 3,2 millions par an à Nantes Atlantique) passera à “9 millions de passagers par an d’ici 2065” (ils sont aussi fins démographes). C’est promis. Vinci réduira aussi “la consommation d’énergie par 3 par passager”. Vinci utilisera des “techniques de construction innovantes pour l’ensemble du chantier”. Vinci aura un “bilan carbone positif sur la durée du projet en intégrant la construction”. Vinci est tellement balèze qu’à l’extérieur, “les jardins diffuseront les parfums spécifiques des essences locales” (si si, c’est dans le projet). Comment ne pas être émerveillé par l’odeur de la nature en patch ? Encore un peu de forcing et les agriculteurs du coin pourront même peut-être négocier des horaires de diffusion des odeurs de bouse de vache, ça leur rappellera le bon vieux temps.

Libérer des terrains de l’aéroport Nantes Atlantique, dans cette partie sud-ouest de l’agglomération répond surtout à une logique d’aménagement global (en fait l’aéroport nous emmerde un peu dans nos projets) : “Selon l’Insee”, répète le commandeur Jean-Marc Ayrault, “Nantes accueillera 150 000 habitants supplémentaires d’ici 2030”. En urbanisme, on appelle ça régler le problème par le vide. En politique et nombre de voix, on appelle ça régler le problème par le plein.

Et qui vient d’obtenir la concession de cinq aéroports de l’Ouest, et aura le droit de construire de nouveaux quartiers sur les terrains libérés par l’ancien aéroport de Nantes Atlantique ?
Vinci, bien sûr. (Vous aviez deviné ? vous avez gagné le droit de financer le projet NDDL).

Décidément, nos politiques sont des génies, mais les gens de chez Vinci, ils sont vraiment trop forts.

PS : On me dit que sur place, le dialogue bat son plein, emmené par un Manuel Valls grand amateur de débats démocratiques. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, en comptant les avions. "
scripta manent
Site Admin
 
Messages: 330
Enregistré le: Mer 06 Juil 2011 11:35

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar voxpop » Sam 15 Déc 2012 16:33

Un article paru sur Le Monde.fr du 14 décembre 2012 nous apprend que " alors que le bras de fer se poursuit entre les promoteurs de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, et les opposants au projet, Jacques Auxiette, président (PS) de la région des Pays de la Loire, a lancé, mardi 11 décembre, en tant que président du Syndicat mixte aéroportuaire, "des avis d'appel public à la concurrence pour des marchés d'actions de lobbying". Le but : faire entendre les arguments favorables au projet d'aéroport, dans un espace médiatique dominé par la voix des opposants. "

Que penser des " enquêtes d'utilité publique " et de la " commission du dialogue " qui se met en place, lorsqu'un Etablisssement public recourt ainsi au " lobbying ", destiné, par définition à influencer et orienter l'opinion ?

Pour accéder à l'ensemble de l'article et aux commentaires qu'il a suscités :
http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2012/12/14/promoteurs-d-aeroport-controverse-cherchent-specialistes-du-lobbying_1806449_3244.html
voxpop
 
Messages: 304
Enregistré le: Ven 24 Fév 2012 11:41

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar benjamin » Mar 22 Jan 2013 15:33

Vous parlez des arguments des opposants au projet d’aéroport de NDDL, je vous propose d’observer quelque peu les arguments valant pour l’autre face de la farce.

Les arguments des défenseurs du projet d'aéroport de NDDL:

Deux pétitions se font actuellement concurrence sur le web, l'une contre le projet de construction d'un aéroport à Notre Dame des landes (NDDL), l'autre pour le soutien de ce projet. Rappelons qu’il existe déjà un aéroport à Nantes (Au sud sur la commune de Bouguenais) et qu’il a été classé meilleur aéroport de province en infrastructures parmi les aéroports européens. Aujourd’hui, les élus en faveur de ce projet ont besoin de soutien (pétition+offre de marché de lobbying dont il était question plus haut et qui finalement a été annulée). Nous verrons finalement que seuls quelques élus PS sont acculés sur ce dossier actuel de projet éculé.

Tentons de voir pourquoi ce projet ne se fera(it) pas, d'abord sur la base du texte de la pétition 'pro Aéroport 'ici rapporté suivi de quelques commentaires personnels.

"L’Aéroport du Grand-Ouest (AGO) est un élément d’un aménagement du territoire cohérent et indispensable pour le développement économique de nos régions. C’est un projet d’utilité public, qui contribuera à créer des emplois et nous permettra d’exister au cœur de l’Europe et du monde.
Si nous voulons attirer des entreprises, des chercheurs, des créateurs, des touristes sur nos territoires ligériens et bretons, nous devons nous doter des infrastructures de communications et de transports nécessaires.
C’est pour ces raisons que nous défendons le projet immédiat de construction du premier aéroport construit en France selon les normes « Haute Qualité Environnementales » sur le territoire de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique. Cet aéroport sera en effet doté d’une ferme photovoltaïque, d’une chaufferie au bois et sa construction ne nuira pas à l’espace naturel puisqu’il conservera le mieux possible le bocage existant.
Anticipant la saturation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique et les besoins exprimés à la fois par la très grande majorité des habitants et des entreprises du Grand-Ouest, nous souhaitons nous donner les moyens de notre ambition pour nos métropoles, toujours sur le chemin du progrès et du développement économique. Avec des capacités plus adaptées et de nouveaux services, le nouvel aéroport permettra ainsi la création de nouvelles lignes pour un désenclavement aérien, une meilleure attractivité internationale des territoires du Grand Ouest. Il en va de notre dynamisme économique et de notre ouverture sur le monde au profit de ses habitants.
L’aéroport du Grand-Ouest est soutenu par de très nombreuses collectivités territoriales, élues et réélues alors qu’elles soutenaient ce projet. Ce n’était pas une clause cachée, mais une position assumée, qui figurait dans les programmes et qui a été validée par les résultats aux différents scrutins locaux et nationaux.
Nous ne tolérons pas les gesticulations, les mensonges et les discours démagogiques de certains militants et élus locaux minoritaires s’opposant au nouvel aéroport. Le temps n’est plus à la polémique, mais à l’action pour le progrès et le développement économique de nos régions. Ensemble, portons ce message et soutenons l’aéroport du Grand Ouest. "

Ainsi AGO serait un « élément (…) indispensable pour le développement économique de nos régions »: sous entendu Pays de la Loire (PDL) et Bretagne. Rappelons des faits , les PDL comprennent 4 départements : la Vendée (proche de l’aéroport existant) ; la Loire Atlantique (Nantes), le Maine et Loire (Angers) et la Sarthe. Si on peut bien imaginer un impact de AGO sur Angers (diminution du trafic en l’aéroport d’Angers, en passant Bouguenais est à 1heure d’Angers en transports en commun, combien pour NDDL ?), sur la Vendée (allongement du temps de transport pour aller prendre l’avion, à l’aéroport passé au Nord de Nantes), Y a-t-il un impact sur la Sarthe, alors que Le Mans est à 1 heure de Paris (TGV) ? Finalement tous les impacts de la construction de cet aéroport en remplacement de Nantes Atlantique (NA) que je voie sur la région PDL sont négatifs…Quid de la bretagne ? Certains élus bretons dénoncent le recours à la violence policière et en sus, il semble que les aéroports de Brest et de Lann Bihoué (Lorient) ne sont pas du tout chauds pour cautionner le développement d’un nouveau grand aéroport à côté de Nantes http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/le-futur-aeroport-inquiete-la-pointe-bretonne-24-11-2012-1918008.php…Ou on peut lire notamment au sujet de l'Aéroport du Grand Ouest que cette 'appellation relève plus du concept marketing que du consensus régional car, du côté de Brest ou Quimper, cette autoproclamation a un peu de mal à passer.' Les bretons ne sont pas leurrés qui se doutent bien qu'un aéroport international au service de la Bretagne ne se situerait bien sûr pas à côté de Nantes, à plus de 3h de route de la pointe brestoise..(http://7seizh.info/2012/11/30/rassemblement-contre-nddl-les-interets-de-paris-ne-sont-pas-ceux-des-bretons/. Encore une décision pas tout à fait démocratique ? Parmi nos élus, la dissension règne également sur ce projet qui couterait 29millions d'euros pour la bretagne http://www.morbihan.lemensuel.com/actualite/article/2012/11/16/notre-dame-des-landes-la-classe-politique-bretonne-dechiree-13235.html. Mr Le Drian est pour, les députés PS sont divisés (seul 1/3 de ceux-ci l'aurait voté) et les élus EELV sont contre...
Alors finalement, l’argument démocratique est à relativiser et qui donc est concerné positivement par le développement (putatif) de cet aéroport ?
Pas tant de monde que ça finalement et http://www.lagazettedescommunes.com/141153/notre-dame-des-landes-des-enjeux-et-luttes-dinfluence-entre-collectivites-locales/ résume assez bien notre point de vue.
Ne nous leurrons pas, à part Nantes, qui récupère des terrains constructibles (et forts rentables foncièrement, a priori ce serait Vinci qui en profiterait) à Bouguenais, et qui reste proche de ce nouvel aéroport, pas grand monde, ni en PDL, ni en Bretagne.

On lit ensuite que « C’est un projet d’utilité public ». L’utilité publique a été dénoncée nulle et non avenue. Selon le rapport indépendant CEDelft, l’amélioration de l’aéroport existant serait d’intérêt public, contrairement au projet de NDDL qui impact d’approximativement -600M d’euros la collectivité (tout bénéfice par ailleurs compté en terme de mobilité des personnes, d’emplois et d’impact environnemental…), quand l’amélioration de Bouguenais impacterait positivement l’activité locale. D'ailleurs, l'intégralité du projet pourrait être attaqué en justice selon C. Lepage (cf. http://blogs.rue89.com/corinne-lepage/2012/12/18/notre-dame-des-landes-letat-coince-par-ses-concessions-vinci-229218; où on peut notamment lire que 'La modification déjà intervenue entre le projet initial, déclaré d’utilité publique, et le projet actuel, qui fait l’objet de la concession, remet en cause la base juridique initiale. En effet, ne peut être réalisé que le projet déclaré d’utilité publique. Le fait que la superficie foncière ait été réduite de moitié, même s’il s’agit d’une bonne nouvelle pour la protection des terres, remet en cause la validité de la Déclaration d’utilité publique' )

Il s’agirait de « créer des emplois » ; combien ? 80 pour l’aéroport en routine, mais l’aéroport existant à Bouguenais disparaissant, on en enlève autant là-bas ? Restent les emplois temporaires pour la construction 2013-2017. La collectivité paierait donc des emplois pour cette infrastructure et la démolition de Bouguenais. Allez, chiche de mettre ça sous référendum avec tous les chiffres et les implications en transparence !!

On nous parle d’ « un projet(…) qui (..) nous permettra d’exister"…il y aurait donc un pb existentiel de nos élus ? Peut-être peut on le régler pour moins cher….Si vous commenciez à respecter le bon droit des peuples, peut être auriez vous cette légitimité dont l’absence criante vous pose à juste titre un problème existentiel

Tout est présenté dans cette pétition comme si Ligérie et Bretagne étaient encore à l’ère du cheval et de la calèche. Pourtant : Nantes-Paris, 2h30 en TGV… Et même Nantes-Aéroport Roissy CDG en 2h30-3h selon les trains. L’aéroport de Bouguenais Nantes Atlantique (NA) pourrait être amélioré, tout est déjà là. Certains proposent même de lier NA à Saint Nazaire par ligne ferroviaire rapide pour avoir un grand ensemble qui permettrait de satisfaire les requêtes des porteurs du projets sans détruire le bocage landais...De plus, en terme de communications, on sait bien que tout le monde se tourne vers le dématérialisé aujourd’hui, pour des raisons financières. On limite les déplacements au profit des « conf calls » et autres rencontres via le web. Mettre des millions (milliards en fait) de plus pour rien de plus…y a-t-il quelque chose à ajouter ?

Puis on nous parle de Haute Qualité Environnementale. Quel humour ! On détruit de 10 à 90 exploitations selon les sources, pour réaliser une ferme photovoltaïque, une chaufferie en bois et l’aéroport sera de Haute Qualité Environnementale. En voilà une idée qui est bonne, permettre aux exploitants sur place d’être autonomes en énergie. Photovoltaïque, éolien, méthanisation…mettons effectivement l’argent là où c’est utile, mais pas pour jeter de la poudre aux yeux. Selon l’AGO, il y aurait aussi des diffuseurs d’essences végétales locales….Et si on les laissait les essences, plutôt que les raser pour bétonner ? On arrive au bouquet (qu'on aurait pu croire final) avec l’assertion que cela ne nuira pas à l’environnement. Il y a déjà eu des dégâts (jardin collectif gazé, boulangerie détruite, gens gazés, arbres coupés, bâtiments abattus) mais bien sûr ça ne nuit pas à l’environnement. Bien sûr ce n’est pas pour diminuer les nuisances sonores que Bouguenais est déménagé à NDDL. Donc il y a ou il n’y a pas de nuisances…pour l’environnement ? Bien sûr, ici il est fait état de l’espace naturel. Mais l’environnement, c’est bien plus que ça. Et les vaches à regarder les avions atterrir et décoller, qui va soigner leurs torticolis ? Il faudrait choisir. Nuisances ou pas...c’est selon qu’il s’agisse de Bouguenais ou de NDDL. Ce discours ne tient pas debout, ce projet se mord la queue et se contredit en tout. A moins que les avions de NDDL ne fassent plus de bruit et n’émettent plus de CO2, alors là oui...Peut-être…

On nous parle d’anticipation. Anticiper, c’est bien beau, mais sans prendre en compte que les choses changent, quelle drôle d’anticipation. On n’est plus dans le boom du pétrole, ni de la croissance qui ne rime plus avec emploi. Anticiper, ce n’est même pas prévoir à ce stade. On sait bien que les projections de passagers à Nantes Atlantiques n’ont jamais été atteintes jusque là, alors ? On anticipe quoi ? Ce qu’il faudrait anticiper assurément, c’est le développement local, on sait bien que plusieurs petites fermes font plus d’emploi qu’une grosse. Voilà une ambition intéressante qui consisterait à développer ce territoire sur ces bases, à savoir l’agriculture de proximité (« l’agriculture de proximité, ça ne nourrit pas la planète » dixit Mr…Auxiette, ne vous en faites pas, Mr Auxiette, on y arrive et ce qui est intéressant c’est qu’on sait désormais que l’agriculture intensive, elle, elle ne la nourrit pas la planète, pour le coup, on a le recul. )

Quid de l’artisanat, quid des abeilles et produits dérivés? Et pourquoi pas une centre de repos avec cabanes dans les arbres où on pourrait accueillir les riches de la planète qui viendraient en avion à Bouguenais, et les pauvres à tarif libre? On ne compte plus le nombre de projets alternatifs qu’on pourrait aisément financer avec ce que va coûter la destruction de Nantes Atlantique, la reconstruction de logements derrière et la construction de l’aéroport de NDDL!!!! Les élus concernés devraient écouter. Ecouter les voix des peuples.
Et avoir une écoute pour ‘Leur’ ruralité plutôt que ‘Vos ambitions pour Vos métropoles’. (Car oui, c’est effrayant, comme si elles Vous appartenaient). Arrêtez la métropolisation, boulopolisation et dodopolisation ! Vox populi…
Messieurs les élus favorables à ce projet, saisissez donc la chance énorme qui vous est donnée de retrouver la démocratie, écoutez les voix qui vous montrent le chemin de réformes de la constitution qui permettra cette pleine expression de la démocratie et, in fine, de ne plus reproduire ce genre de confrontation stupide, expression de vos volontés peu éclairées.

Vous situez ce projet ‘Sur le chemin du progrès et du développement économique’. Là c’est plutôt bien de différencier les deux. Le progrès, ce n’est pas le développement économique. Merci. Donc, d'après ce texte et connaissant le projet, le chemin du progrès et du développement économique, c’est de couper des végétaux pour les remplacer par des diffuseurs d’essences (végétales en sus des diffuseurs de carburants bruyants qui vont avec), remplacer des fermes nombreuses par une « energy free », chauffer le tout au bois qui, on le sait n’émet pas de CO2 et est un mode de chauffage tout à fait écologique si on replante plus qu’on ne brûle, mais comme on aura déjà déplanté la zone pour faire l’aéroport…Votre argumentaire est bidon, complètement désuet et vous vous ridiculisez à prendre tout le monde pour des cons. C’est hallucinant, vous pourriez faire une Union des Menteurs au Pouvoir (UMP), vous aussi !!!!

La démocratie en est arrivée à un point où il nous faut voter pour des gens plutôt que des programmes pour empêcher d’autres troublions de l’ordre républicain (je parle de Sarkozy et sa bande) de défaire le droit des peuples. Ainsi, il est tout à fait démagogique de lier votre élection à l’édification de cet aéroport. Le jour où nous pourrons voter pour des idées, alors, on en reparlera. Ce jour n’est pas venu, et vous le faites traîner, nous lancinons pendant que vous vous prenez les pieds dans votre tapis de certitudes cousu à l’arrogance.

Il faut effectivement impérativement arrêter de tolérer les gesticulations, les péroraisons, les mensonges, les discours démagogiques, les manipulations et plus encore refuser les pressions exercées par les élus locaux qui se croient au-dessus des peuples qui les font.(et les déferont). Ce lundi, encore, alors que la commission du dialogue lancée par Mr Ayrault a pointé qu’il fallait arrêter les destructions (ou au moins calmer le jeu) tant que le dossier ne serait pas avancé, le préfet a encore réussi à faire démolir une maison sur une partie de la zone peu occupée (http://lutteaeroportnddl.com/2013/01/23/une-ferme-detruite-sur-la-zad-la-semaine-derniere-du-15-au-1701-stoppons-leur-politique-de-la-terre-brulee/) . D’un côté on simule un dialogue qui pourrait être d’ouverture (en fait un autre moyen de com) et de l’autre on détruit pour de vrai, en toute illégalité (une expertise scientifique n’est pas encore terminée et les travaux ne doivent pas commencer avant ses résultats).
Pour reprendre la rhétorique de la pétition sus-citée, le temps n’est plus à la polémique mais à l’action pour un progrès partagé, progrès humain avant tout. Ensemble, portons ce message et Tous à Notre dame des Landes !!

Dernièrement, plus de 150 coordinations de soutien (aux opposants) ont été reçues à NDDL, dans la joie et la bonne humeur, malgré la toujours très forte occupation militaire. En face, les porteurs du projet ont du mal à se faire entendre et ont besoin de faire appel à des sociétés de lobby. Or il se trouve, on l'a vu, que leurs arguments ne tiennent pas la route. La méthode est également critiquable (manipulations probables des chiffres de DUP, pressions sur les agriculteurs, et maintenant forces armées). Et il apparaît que le projet ayant évolué, il serait attaquable juridiquement. Une partie de sa légalité est également mise en cause par l'association eaux et rivière, ce à quoi la ministre de l'environnement répond par une modification illico presto de la législation en vigueur pour la contourner (http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000026638806&dateTexte=&categorieLien=id), du grand art de la manipulation tout azimuts...Le Batho est en marche pour sauver l’Ayrault qui s'entête...
Pendant ce temps, des lieux de vie conviviaux se bâtissent dans le triangle magique NDDL/La Paquelais/Vigneux de Bretagne, on chante, rit, produit, construit dans l'entraide, sous l'œil (interrogateur) des forces armées qui elles-mêmes se doutent bien de quelque chose (la brigade de Blain aurait été mutée pour avoir refusé se rendre sur les lieux, info non vérifiée). Ainsi, il se joue là un combat non plus pour un aéroport, mais bel et bien pour la construction d'une nouvelle société, d'une nouvelle démocratie, à l'heure où l'actuelle s'essouffle grandement.

Ajoutons à cela une dimension internationale de la contestation, avec au niveau de l’Europe un soutien allant jusqu’à Porto et une solidarité active avec la destruction en cours d’une partie de la forêt primaire de Hambach en Allemagne.

Voilà pourquoi ce projet ne se fera(it) pas.
benjamin
 
Messages: 21
Enregistré le: Sam 26 Nov 2011 18:30

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar benjamin » Mar 12 Fév 2013 16:03

Voici encore une contribution par le biais d'une des nombreuses lettres envoyées à notre président Hollande, celle-ci rédigée par un universitaire nantais (donc local par rapport à ce projet), désormais à la retraite.

" Monsieur le Président,

Si la coordination des opposants dans laquelle je ne suis pas personnellement engagé – au moins jusqu’à maintenant – me demande d’intervenir en faveur de l’abandon d’un projet inutile, dangereux, coûteux, plus destructeur que constructeur d’avenir, c’est en raison, je suppose, de mes implications anciennes dans le combat paysan, aux côtés d’hommes que vous avez connus comme Bernard Lambert ou Bernard Thareau, et de mes engagements dans les combats portés par la gauche et le mouvement ouvrier en général. Il me faudrait un peu de place pour vous les présenter ici, c’est pourquoi je préfère joindre à ce courrier une sorte de curriculum vitae qui résume ce parcours.

C’est aussi, selon ce qu’ils m’ont dit, parce que j’ai rédigé un texte qui compare l’affaire de Notre-Dame des Landes à l’affaire Dreyfus, surtout pour montrer qu'une décision, fût-elle parfaitement légale, n'est jamais irrévocable (cf. document en annexe).

Je ne vais pas rependre ici l’argumentaire technique du dossier : il y a beaucoup plus compétent que moi pour le faire. Sachez seulement que c’est en lisant attentivement les argumentaires des deux bords que j’en suis venu à me prononcer clairement et fermement contre ce projet. N’ayant pas de lourdes responsabilités comme vous, j’ai plus de temps pour réfléchir sur des dossiers complexes de ce genre qui doivent parvenir à l’Elysée et à Matignon par centaines.

Ce que je peux faire en revanche, c’est poursuivre une réflexion générale sur la façon dont on peut se représenter l’avenir, car l’idée que nous nous faisons de l’avenir doit être le seul guide de nos décisions collectives en matière d’infrastructures. Mais comme l’avenir est incertain, que la prospective n’est pas une science exacte mais plutôt un exercice risqué, on peut naturellement se tromper. Comme nous sommes progressistes, de gauche, soucieux de promouvoir un monde plus juste, de chercher à assurer le bien-être et le bien-vivre ensemble pour notre société qui s’étend aujourd’hui au monde entier, c’est en fonction de ces objectifs qu’il faut prendre nos décisions qui engagent cet avenir.

Une première question que l’on peut se poser est celle-ci : le développement des transports aériens est-il nécessaire, est-il même compatible avec un avenir meilleur pour notre région, pour notre pays, pour les peuples des autres pays ?

Le passé est rempli de projets que l’on croyait porteur d’avenir et qui se sont effondrés. La France est d’ailleurs une spécialiste en la matière. L’exemple le plus évident et le plus proche de notre sujet est sans doute le Concorde. Un autre projet plus ancien, datant de la fin du XIXe siècle, pour lequel se sont battus d’illustres anciens du socialisme nantais comme Charles Brunellière, un petit armateur qui fut pourtant un ferme soutien du syndicalisme ouvrier et le fondateur du socialisme nantais. Il s’agit du canal latéral de la Loire-maritime, pour permettre aux gros bateaux de remonter la Loire jusqu’à Nantes. Ce projet était perçu comme fondamental pour le développement économique de Nantes. Hélas, ses promoteurs n’avaient pas intégré deux éléments : le développement des chemins de fer qui facilitait grandement les transports terrestres et le glissement des activités du port de Nantes vers l’aval, avec le développement de Saint-Nazaire, de Montoir et de Donges. Ce canal maritime, pourtant très coûteux, s’est réalisé mais n’a fonctionné qu’un temps très bref. Il est devenu un lieu abandonné, un objet d’attraction touristique… et de réflexion possible sur l’intérêt des grands projets.

Pourquoi m’attarder sur cet exemple ? Parce qu’il est, je crois, typique d’un mode de raisonnement linéaire : si on ne prend pas le temps de réfléchir, éventuellement de se remettre en cause, on voit l’avenir dans le prolongement des programmes du passé. L’idée que l’on se faisait de la « croissance » dans les années 1960, c’était le développement quantitatif des transports, et des transports les plus modernes, les plus rapides. Mais où ceci nous mène-t-il ?

Les transports aériens « de proximité » permettent, certes, aux gens qui en ont les moyens, d’aller passer régulièrement des vacances aux Baléares ou en Thaïlande ; aux hommes d’affaires de se rendre auprès de leurs succursales ou de leurs clients à l’étranger, mais les moyens actuels de déplacement sont suffisants et les échanges directs par visio-conférences peuvent éviter bien des déplacements fréquents. Les vrais freins à nos exportations ne sont pas là, mais bien davantage par exemple à notre mauvaise maîtrise de l’anglais et des autres langues étrangères. Un nouvel aéroport va-t-il favoriser la venue de touristes étrangers sur nos côtes et dans nos musées ? Franchement, le succès de nos stations balnéaires n’a pas attendu un aéroport qui apparaîtrait, vu de la Baule, comme enfoncé dans un arrière-pays un peu trop « rural ». Et les grands musées de Nantes seront toujours plus près de la gare SNCF que de Notre-Dame-des-Landes. Venant de Paris – puisque c’est là qu’arrivent et qu’arriveront toujours les étrangers – combien de temps met-on pour aller au musée du Château des Ducs en prenant le TGV et combien en mettrait-on en prenant un avion qui atterrirait à Notre-Dame-des-Landes ? Si l’on compte les déplacements intermédiaires et les temps d’attente, on risque de mettre deux fois plus de temps avec l’avion…

Les transports aériens permettent aussi un transport rapide des denrées périssables. Mais autant on a besoin des produits agricoles venant des pays tropicaux comme le café, le cacao, la banane, les agrumes – qui nous viennent depuis longtemps par bateau – autant on n’a pas besoin des produits qui nous viennent des pays tempérés de l’hémisphère sud. Faut-il, pour être heureux, manger des haricots verts venant d’Afrique du sud ou des cerises à Noël ?

Face à cet ancien modèle de développement fondé sur une croissance linéaire des échanges internationaux et une accélération de leur rapidité, d’autres modèles émergent : plus économes en énergie, plus autocentrés, plus respectueux de l’environnement et de la diversité des cultures. Vous le savez bien puisque j’ai l’impression, en écrivant cela, d’écrire des banalités qui émaillent vos propres discours électoraux. Vous le savez, vous le dites, mais ce n’est pas encore incorporé dans votre « logiciel d’exploitation », celui qui, au fond de chacun, fait agir en dernier ressort.

Bien sûr, il existe des lobbies qui ont intérêt à ce que cet aéroport se fasse : les entreprises de travaux publics qui auront pendant quelques années un gros chantier à réaliser, les sociétés multinationales, les spéculateurs sur les matières premières, toute une élite mondialisée qui saute d’un avion dans l’autre pour un week-end à New York ou une rencontre impromptue à Hong Kong ou Singapour. Il y a aussi ceux qui n’y auront jamais accès, car on ferme nos frontières aux émigrés, on ne veut pas accueillir les pauvres qui cherchent du travail, ceux-là n’ont pas besoin d’un nouvel aéroport.

Inutile de poursuivre. Pour peu qu’on réfléchisse, il est d’une évidence absolue que des pouvoirs publics conscients des contraintes qui s’imposeront de plus en plus à nous dans l’avenir doivent favoriser les transports les moins coûteux en énergie. Construire des bateaux est plus utile et plus durable que construire des avions. Ca tombe bien, car les chantiers navals de Saint-Nazaire seront heureux de recevoir des commandes.

Il faut donc se sortir du bourbier de Notre-Dame-des-Landes. Compte tenu de notre organisation politique et de nos traditions, la décision viendra d’en-haut. En fait, l’impulsion dans un sens nouveau viendra de vous. C’est dommage, mais c’est ainsi. Elle viendra de vous, parce que la pression de la base finira par vous convaincre que la décision la plus sage, c’est d’arrêter les frais sur ce dossier qui va vous coûter trop cher, en termes d’image. Dites-vous bien que les citoyens qui sont convaincus que ce projet est devenu une erreur grossière ne renonceront pas. Les jeunes – parfois au chômage, désabusés, sans avenir – redécouvrent l’intérêt de la lutte collective et reprennent courage et enthousiasme dans la lutte contre ce projet. Ils ne céderont pas. Si vous voulez vraiment passer en force, le conflit va se durcir, et il n’est pas impossible qu’il y ait des victimes. Alors le pays s’embrasera et vous devrez reculer. Mais il sera trop tard pour votre image d’homme de dialogue.

Votre premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est un homme remarquable qui a beaucoup fait pour donner une bonne image de sa ville et de notre région. Mais je vais vous rapporter une conversation de café, qui s’est passée dans un café parisien du côté de la gare Saint-Lazare le 7 décembre dernier. Une collègue universitaire parisienne me demandait à brûle-pourpoint: « Mais qu’est-ce qu’il lui prend à JM Ayrault ? Il est en train d’abîmer l’image de sa ville ! » S’il vous plaît, suggérez-le lui, car il ne s’en rend pas compte.
S’il s’entête dans ce projet du passé, il faudra vous séparer de lui et choisir un premier ministre qui annoncera l’abandon du projet. Je lui suggère aussi d’annoncer la mise en place d’une nouvelle commission du dialogue pour réfléchir à la reconversion des crédits publics prévus pour ce projet dans le financement de dizaines de projet plus petits, mais plus utiles à notre bien-être, à notre avenir et à celui de nos enfants.

Monsieur le Président, vous avez reçu ces derniers mois des courriers de vingt personnes vous demandant un entretien. Je renouvelle donc aujourd’hui cette demande car il est toujours temps de discuter avec des personnes qui sont devenues, au fil du temps, de vrais spécialistes sur le dossier de Notre Dame des Landes.

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.

René Bourrigaud
"

Un point de vue plutôt intéressant assez truculent.
benjamin
 
Messages: 21
Enregistré le: Sam 26 Nov 2011 18:30

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar voxpop » Jeu 28 Fév 2013 19:37

Avaaz commente comme suit l'intiative prise par les collectivités publiques qui soutiennent le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes pour "communiquer" sur le sujet :
" Les collectivités du Syndicat Mixte Aéroportuaire, partenaires de la réalisation du futur Aéroport du Grand Ouest, financent du 18 au 28 février 2013 une campagne de communication. Un slogan : l’aéroport du Grand Ouest « un vrai + pour nous tous.
Cette campagne de 300 000 euros doit toucher les habitants des Pays de La Loire et Bretagne. Le plan médias se décline dans les espaces publicitaires des gares de Nantes, Angers, Rennes, des centres commerciaux de Nantes (Atlantis et Beaulieu) et Rennes (Colombia) ainsi que dans la presse quotidienne régionale (Ouest-France, Presse Océan et Courrier de l’Ouest, 20 minutes Nantes et Rennes) et la presse hebdomadaire régionale (L’Hebdo de Sèvre et Maine, Le courrier du Pays de Retz, L’Echo de la Presqu’île et L’Eclaireur). Des spots radio sont également diffusés sur les antennes de FBLO, Chérie FM, NRJ, RTL2, Hit West et Virgin radio 85.
"

Communiqué de presse de la CGT de Radio France :
" Publicité pour l'aéroport de Notre-Dame-des Landes Radio France commet une faute !
C'est un (très) mauvais coup porté à la crédibilité de l'antenne de France Bleu Loire Océan et, au-delà, à toutes celles de Radio France. Malgré les demandes des élus du personnel de cette station locale et de la CGT Radio France, la direction refuse de retirer une campagne de publicité achetée par le Syndicat Mixte Aéroportuaire, structure qui regroupe plusieurs collectivités du Grand Ouest porteuses du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Pendant une semaine, les 120.000 auditeurs quotidiens de France Bleu Loire Océan entendront donc un message vantant les mérites de cet aéroport. Cela signifie qu'un simple spot risque de mettre à mal des mois (des années !) de travail des journalistes de cette station pour respecter la neutralité indispensable au traitement de ce dossier qui déchaîne tant de passions et d'oppositions. Cela veut dire que la crédibilité de la radio et de ses personnels va être anéantie par un simple contrat signé par Radio France Publicité, sans même que le directeur de la station et l'équipe locale en ait été informés ! Comment dans ces conditions continuer à assurer notre mission de service public, comment aller sur le terrain demain, à Notre-Dame-des-Landes, et expliquer aux opposants à l'aéroport que non, Radio France ne prend aucun parti dans cette affaire ?
La CGT dénonce une erreur de Radio France Publicité, qui devient une faute dès lors qu'elle est cautionnée par la direction générale et par la direction de France Bleu !
La CGT demande une nouvelle fois au PDG de faire cesser cette campagne de publicité, même s'il faut pour cela ne pas honorer un contrat signé : l'exigence d'un service public indépendant et de qualité, tel que le défend notre organisation syndicale, est à ce prix !
"

On pourra aussi prendre connaissance de la lettre ouverte des journalistes de France Bleu Loire Océan à leur PDG :
Lettre ouverte

Question : la démocratie peut-elle être une affaire de campagnes publicitaires ?
voxpop
 
Messages: 304
Enregistré le: Ven 24 Fév 2012 11:41

Re: Les arguments des opposants à l'aéroport N.D. des Landes

Messagepar voxpop » Mer 25 Juin 2014 10:23

Médiapart fait état (24 juin 2014) d'une étude qui conteste le chiffrage du projet par l'Etat.

Extraits :
" Il coûterait deux fois moins cher de rénover l’actuel aéroport de Nantes plutôt que de construire celui de Notre-Dame-des-Landes, selon une étude commandée par les opposants au projet. Le rapport accuse l’État d'avoir biaisé ses propres calculs dans un précédent rapport de la DGAC pour vanter la construction du nouvel aéroport.
(...)
À l’horizon de 9 millions de passagers (contre 4 millions en 2013 à Nantes-Atlantique), développer l’actuel aéroport coûterait 475 millions d’euros contre 992 millions pour construire un nouveau site de cette capacité. « Il est possible et plus économique de développer et réaménager l’aéroport existant que d’en construire un nouveau », concluent les auteurs du rapport.
(...)
Ces chiffres contredisent en partie l’étude que la direction générale de l’aviation civile (DGAC) a publiée en novembre 2013, 3pour se plier à la demande de la commission de dialogue nommée fin 2012. Selon ses estimations, une extension de l’actuelle aérogare nantaise pour qu’elle puisse accueillir 9 millions de passagers coûterait 825 millions d’euros. Les experts missionnés par le Cédépa contestent ce chiffre, qu’ils estiment très surestimé, et affirment avoir découvert de « nombreux raccourcis, lacunes et erreurs dans les scénarios » exposés par les services de l’État. Des besoins ont été surdimensionnés : ainsi, le rapport de la DGAC propose de reconstruire le chenil de l’aéroport pour 600 000 euros !
(...)
Au total, près de 75 % du montant des travaux peuvent être évités ou optimisés, selon eux. Avec ce rapport, les opposants espèrent relancer le débat sur le coût budgétaire du contesté projet d'aéroport.
"

Pour accéder au texte complet de l'article : Médiapart
voxpop
 
Messages: 304
Enregistré le: Ven 24 Fév 2012 11:41


Retourner vers Environnement

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron