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Les répercussions de la crise grecque sur les familles

Données et opinions relatives à la Grèce

Les répercussions de la crise grecque sur les familles

Messagepar coukoutsi » Mer 30 Nov 2011 10:34

Les conséquences de la crise sur les familles moyennes, en Grèce.
Sur l'idée de la “famille normale”, par rapport à la réalité grecque.


Comme me fait remarquer mon compagnon (qui s'appelle Xenophon), les cousins du Pirée, (dont j’espérais qu’ils correspondaient à une « famille normale », par opposition aux familles bobo, d’artistes ou d’intellectuels que nous côtoyons aussi) comme la majorité des familles grecques, possèdent leur appartement, même s'ils sont d'origine modeste. L'aîné des frères est brancardier dans un hôpital public au Pirée, sa femme est « agent de propreté » au service des impôts, leurs deux filles ont mené tant bien que mal des études d'aide-soignante et de cuisinière, mais elles travaillent toutes les deux comme vendeuses dans une chaine de cosmétique (Hondos Center). Ce qui fait qu'à quatre petits salaires, comme ils habitent ensemble dans leur petite maison à eux, dont a été dotée la maman à son mariage, ils s'en tirent. Et ils ont hérité de la bicoque sans permis sur un petit terrain à Salamine, légué par la grand-mère qui était femme de ménage dans les toilettes publiques du port des passagers, au Pirée. Les voilà tout de suite propriétaires de deux maisons.

Comme autre exemple d’une famille « normale », un autre couple d'amis employés dans la fonction publique, 47 ans, dont les salaires sont passés de 1200 à 800 €, qui ont deux filles adolescentes scolarisées dans le public, et deux mères retraitées, une ancienne infirmière mère célibataire désormais grabataire (et gardée comme c'est souvent le cas par une garde-malade bulgare) et une veuve de fonctionnaire, cardiaque, qui visite très souvent les hôpitaux. Avec un emprunt à rembourser pour finir de payer leur appartement, les leçons particulières (incontournables dans le système) des filles pour rester performantes à l'école, le soutien financier à la garde de la malade et les visites chez les médecins, ils sont en pleine panique financière...Mais ils ont tous les deux un doctorat et ils ont réussi à faire leurs études (brillantes) en France. Le cas de figure est courant : il y a quand-même pas mal de gens jusqu'à 50 ans qui ont une éducation de second cycle - il n'y a pas énormément d'ouvriers (et il y en a même de moins en moins ! ) et beaucoup de gens travaillent dans la fonction publique. Pour le moment ce sont eux qui sont atteints et directement visés par les mesures d'austérité.

Enfin troisième cas de figure, une famille de province, avec Maria, agricultrice à la retraite veuve d’un garde champêtre (et donc fonctionnaire du ministère de l’Intérieur) et ses deux filles quadragénaires, mais célibataires, l’une professeur de lettre dans un lycée public et l’autre, cadre administratif non titulaire dans le service archéologique de Corinthe (dépendant du Ministère de la Culture). Une des raisons de leur célibat, c’est que les deux femmes ont longuement assisté leur père devenu grabataire, pendant les huit années où il a du garder le lit avant de décéder finalement – ce, faute d’une structure de relai de soins à domicile, notion complètement inconnue et désormais mirage lointain pour les ruraux grecs. Maria habite un petit village viticole qui domine le splendide paysage du golfe de Corinthe. Elle a vu sa retraite se réduire de 900 à 600 €, elle est soumise à des « taxes exceptionnelles » et autres « contributions spéciales de solidarité » ( !) qui obèrent encore ses revenus mensuels, et on vient de lui annoncer que le tiers de la retraite de réversion de son mari va lui être supprimé (elle-même en tant qu’agricultrice touche royalement 300€ mensuels, après 25 ans de cotisation…). Les deux filles, qui touchaient environ 1200 €, ont vu leur revenu baisser à 850 €, par ponction automatique à la source de diverses « contributions spéciales, et outre le fait que l’une d’elle est menacée par les mesures de « mise en disponibilité », c’est à dire, une mise au placard d‘un an pendant lequel les employés de la fonction publique non titulaires seront mis au placard pendant un an à 60% de leur salaire (déjà amputé de 40%), année au bout de laquelle ils seront mis à la porte sans autre indemnisation, quelque soit le nombre d’années d’activité à leur actif au sein de ladite administration. C’est la porte ouverte à la domination absolue des chefs de service, chargés d’établir les listes de « mise en disponibilité ».

Une famille normale en Grèce, c'est un couple, dont les parents sont d'origine souvent provinciale et même rurale, (urbains de 2eme génération) dont l'un au moins travaille dans la fonction publique, soit municipale, soit d'état, l'autre est peut-être un employé du privé, ou un petit boutiquier, il y en a souvent un qui est déjà à la retraite (anticipant les mesures de dégraissage dans la fonction publique), de formation niveau lycée et éventuellement technique. Peu d'ouvriers puisque il y a peu d'industrie. Ils possèdent généralement leur maison, par dot ou par emprunt. Leurs enfants sont en majorité formés et même pour la plupart diplômés, mais ils sont les premiers à souffrir du chômage. Il y a un ou deux parents retraités dans la proximité immédiate, dans le pire des cas une charge supplémentaire pour le couple, dans le meilleur, leur retraite servait à payer les cours particuliers des enfants et les remboursements des emprunts mais elle n'y suffit plus. (Quant à la nécessité des cours particuliers, cf. un chapitre ultérieur sur l'éducation ! )

Les gens les moins formés sont souvent déjà retraités, et ils sont affectés en première ligne par les coupes dans leurs salaires et dans les infrastructures de santé, etc.

À part le fait que des usines ferment (ainsi que les filiales d'entreprises françaises ou allemandes, qui délocalisent), c'est la remise en cause des acquis sociaux avec la dépendance accrue par rapport aux petits chefs qui en découlent, tant dans le public que dans le privé, qui influencent le plus les conditions de travail de tout le monde. S’ensuit une augmentation des licenciements abusifs, sensible dans les chiffres du chômage.

Pourtant, il y a probablement moins de chômeurs à l'agence pour l'emploi que dans les petits cafés - avec un seul consommateur pour une tablée de cinq personnes - ou, chez leurs parents, devant des ordinateurs ou la télé, car le chômage le plus important est celui des jeunes diplômés, nombreux. Conséquence directe, ils sont les premiers candidats à l'émigration. Cependant, ils n'ont aucun intérêt à s'inscrire à l'agence pour l'emploi qui n'offre que des stages ou des emplois non qualifiés (ouvrier soudeur, ouvrier boulanger, ouvrier bétonneur, vendeurs, télémarketing) mais ni indemnités ni avantages en nature (réductions, etc)

Ce qu'on peut en dire, c'est que le niveau de vie des gens "normaux" est remis en cause, au sens où il ne leur faudra pas grand-chose pour basculer dans la précarité, alors qu'il n'y a aucun système d'aides et allocations, et qu'il leur est désormais impossible d'offrir à leurs enfants ce que leurs parents, même très modestes, leur ont offert : la possibilité de faire des études et un accès satisfaisant à la santé. Avec le taux de naissance le plus bas d'Europe, beaucoup de foyers n'ont qu'un seul enfant, les gens se mariant de plus en plus tard, et nombre d'enfants adultes vivent encore chez leurs parents (qu'ils travaillent ou pas, vus les faibles salaires qui ne leur permettent pas d'entretenir une maison).

La crise est sensible dans la précarité accrue. Quand ils sont de garde, les hôpitaux publics sont pleins à craquer de gens qui n'ont pas d'autres moyens de se soigner : et jusque là on sortait souvent guéri des hôpitaux grecs, même s'ils sont peu reluisants, mais désormais ça devient difficile du fait des coupes dans les budgets, dans l'approvisionnement et dans les personnels de soin.

Un autre point de la crise : les gens ne commandent pas de pétrole pour se chauffer, et la plupart des immeubles n'ont pas encore allumé le chauffage central. Mon copain médecin s'attend à un nombre accru de pneumonies de vieilles gens couchés toute la journée pour se garder au chaud.

Encore, le fait que beaucoup de familles ne peuvent plus payer le remboursement de leurs emprunts - auprès de la fameuse Eurobank en particulier. Alors Téléperformance a ouvert une antenne ici et ils appellent de 9 h du matin à 8 heures du soir chez les gens sur leur portable pour les relancer TOUS les jours de poursuites et saisies. Je le sais bien, parce que mon beau-frère a contracté un emprunt APRÈS qu'il ait été licencié, emprunt qui lui a été accordé sans difficulté, et qu'ils ne peuvent plus payer évidemment.

Enfin, les chiffres de suicides sont effectivement en augmentation et leur rapport avec les difficultés sont visibles au travers du fait qu'ils concernent en majorité des pères de famille, et ce malgré le fait que le suicide reste un tabou en Grèce, parce que les gens sont majoritairement croyants, sinon pratiquants ; que les enterrements civils sont très rares et que les suicidés ne sont pas assurés d'être enterrés dans l'enceinte consacrée du cimetière.

Sinon, il y a notre cas : pour mon mari deux ans et demi de chômage, pour moi huit mois sans cachet... mais surtout l'absence de toute perspective. Et d'ailleurs, moi non plus je n'ai pas renouvelé ma carte de demandeur d'emploi : à quoi bon, à part la queue ?

C'est un pays de petites gens, beaucoup de petits boutiquiers qui survivaient depuis des années (pas toujours très au point sur le paiement des taxes, contrairement aux employés de la fonction publique chez qui les impôts sont prélevés à la source) et ferment boutique l'un après l'autre. Ils étaient sortis de la pauvreté, mais ils risquent d'y rentrer à nouveau dans l'année à venir, les baisses de salaire et les impôts exceptionnels affectant le pouvoir d'achat. Mais les réseaux familiaux, le fait que les gens possèdent souvent leur maison, tout ça fait que la crise est plus appréhendée que vécue. Ce sont les personnes âgées, les migrants qui ne trouvent plus de petits boulots, les femmes seules qui souffrent actuellement, et ils ne sont pas très visibles sur la place publique.

Pour trouver des gens "normaux", si on entend par là très modestes, il faut aller dans la banlieue portuaire du Pirée, à Eleusis où sont rassemblées les usines et les fabriques, ou dans les quartiers de l'Ouest de l'agglomération d’Athènes, Menidi, Aghi Anargyri.


Marie-Laure
Coulmin Koutsaftis

PS : Au sujet de l'immigration en Grèce, pour 2010, les chiffres officiels font état de 132.524 ARRESTATIONS de migrants clandestins, (ce qui laisse entendre que des gens ont pu passer sans se faire chopper car c'était avant FRONTEX) dont 47.088 au Nord de la Grèce par la frontière gréco-turque, et contre un total de 126.146 pour 2009. Ça donne une idée du raz de marée, qui s'est presque complètement tari, du fait des difficultés de survie ici désormais, d'une part, de la quasi impossibilité de quitter le pays pour rejoindre d'autres pays de la zone Schengen, d'autre part. Le côté surréaliste de ces chiffres m'en fait toujours douter, c'est pourquoi j'ai reconsulté. Ce qu'il y a de sûr, c'est que du côté grec, il y a eu 70 cadavres repêchés dans les eaux du fleuve ou dans le delta de l'Evros, dixit le médecin légiste de la zone. C'est sans compter ceux qui ont dérivé au large ou qui se sont échoués du côté turc.
coukoutsi
 
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Re: Les répercussions de la crise grecque sur les familles

Messagepar pierre » Ven 02 Déc 2011 00:45

c'est du vécu, je comprends mieux ce qui se passe concrètement là-bas après les mesures d'austérité
merci Koukoutsi, si tu as d'autre infos du genre, je suis intéressée
pierre
 
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