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M. Lamy enfonce le clou de la croissance dans la branche de l'emploi

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M. Lamy enfonce le clou de la croissance dans la branche de l'emploi

Messagepar benjamin » Mar 19 Mar 2013 11:45

Voici les propos de Pascal Lamy sur BFM TV rapportés par le Canard enchaîné du 6 mars 2013 (minimares) : « La France a un problème de chômage. La solution, on la connaît, c’est la croissance. La solution de la croissance, c’est la compétitivité. »

Eh bien ! Ces propos seraient sans doute risibles s’ils ne faisaient pas consensus au sein de nos élites. Or, de quoi parle-t-on ?
Mr Lamy nous dit que la solution au problème du chômage, c’est la croissance. Quelle croissance ?
Nous avons à faire à un cas symptomatique de la soumission de l’homme à un système, ensemble de dogmes en pratique, créé par l’homme lui-même. Ou quand l’homme devient prisonnier de sa création aux dépens de son bien-être. Explication.

Il y a matière à faire un parallèle entre, (voire assimiler), croissance et emploi. Les trente glorieuses sont l’avènement d’une croissance…de l’activité et conséquemment d’une croissance de l’emploi et effectivement de la richesse (sur les bases des financements initiaux de reconstruction du plan Marshall, ainsi la croissance s’est alors réalisée sur le terreau des destructions guerrières, amendé à l’argent frais américain).
Des faits simples, basiques : l’homme fait l’activité et conséquemment génère de l’emploi. L’activité dégageant de la plus-value, il y a possibilité de générer du salaire et la richesse augmente (au sens économique). Nous sommes alors en train de décrire un système où il y a croissance de l’activité, croissance de l’emploi et concomitamment croissance de la richesse (PIB).
Pour ce système, à ce moment de l’histoire, on peut assimiler croissance et emploi.

Avec l’automatisation industrielle, la robotisation, on aurait pu déjà faire valoir, ou au moins entrapercevoir la dissociation naissante entre croissance et emploi.
Effectivement, lors de ces transformations de productions, il y a bien une amélioration de la compétitivité, il y a croissance de la génération de richesse par seconde, sans toutefois qu’il y ait croissance de l’emploi à un niveau similaire. Ainsi, le gain de richesse du fait du gain de compétitivité ne va pas au salaire, à l’emploi, mais au capital et, de façon variable, à la collectivité via les prélèvements fiscaux et sociaux.
S’ensuivra la dérive des emplois d’ouvrier vers ceux du tertiaire en général … ou vers le chômage. Notons que, dans un tel contexte de gains de productivité, un mieux être général devient accessible : développement du temps « libre » (souvenons-nous qu’il y a eu en France un ministère du Temps libre ; difficile à croire aujourd’hui !) ; accès à des biens communs (santé, culture, services divers …) ; sous réserve que le social et le politique n’aient pas été mis sous la tutelle des « marchés ».

De nos jours, la situation est encore plus marquée. De quelle croissance M. Lamy peut-il parler en 2013 ? La croissance des richesses ? privées ? publiques ? industrielles ? La croissance d’activité ? d’emploi, certainement pas…La croissance dont tout le monde nous parle, la croissance de la finance, présente à nos yeux deux faces qui se confondent avec l’entrée des fonds spéculatifs dans le financement des Etats. Cette croissance est outrageusement assimilée, sans que cela soit clairement dit, voire pensé, à la croissance de la richesse du pays (c’est vrai sur un plan strictement financier à l’instant t).

On constate trop souvent que l’investissement étranger en France (apports de capitaux financiers) se traduit par des « rationalisations » dont les salariés font les frais, et les exemples d’entreprises rachetées pour être dépecées ou liquidées ne manquent pas.
A ce jour donc, la croissance est synonyme de destruction et/ou de précarisation d’emplois.

La croissance financière (qui va systématiquement chercher la diminution des coûts, donc des salaires, pour satisfaire la demande de gain de productivité, en passant par les délocalisations) est antinomique de la croissance de la richesse (et du bien-être) d’un Etat, non de fait, mais par le biais des circonstances factuelles de ce monde uniformisé par l’absence d’encadrement, de lois (dans tout jeu, il faut des règles, un enfant de 5 ans le sait) pesant sur la finance mondiale.

Quand M. Lamy nous dit que la solution au chômage c’est la croissance, il doit avoir mal à l’œil jusqu’au coude, assurément. Se rend-il compte de cette contre-vérité, ou nous ment-il ? Cette question dépasse malheureusement notre analyse.

Donc, le tour est joué dans cette première phrase qui permet d’asséner en toute quiétude la seconde, on aura la croissance avec la compétitivité. M. Lamy nous rassure donc, ce n'est pas de croissance d’emploi qu'il parle.

Si on ajoute à cela que le terme compétitivité lui-même est soumis à lecture multiforme, cela devient à la limite de l’extricable. En effet, il existe aujourd’hui une compétitivité des territoires (donc du bien public), qui s’amalgame dangereusement dans les esprits avec la compétitivité industrielle, mais cela devrait faire l’objet d’un autre article…

Ainsi, il faut remercier M. Lamy de nous préciser que la solution au chômage, c’est délocalisation et baisse des coûts salariaux avec cessations d’activité, cela nous rassure, rien de changé sur la planète économie.

Un jour peut-être, (faisons un rêve), M. Lamy et consorts réussiront à exprimer un fond de vérité : la France a un problème de chômage, la solution, on la connaît, c’est le soutien à l’activité, à toutes les échelles, à l’innovation, et un certain protectionnisme, ne serait-ce que sur une base écologique et au mieux en prenant en compte les conditions de travail, de production, un aspect humain, social, en quelque sorte (j’ai écrit un gros mot ?). Cela ne passera que par l’édification de règles dans un jeu mondial périlleux qui n’en a qu’une : l’argent, l’argent, l’argent…au-dessus de tout et permettra, outre de solutionner le chômage au moins partiellement, de sauvegarder des vies humaines, la dignité des citoyens travailleurs, consommateurs et électeurs.

En bref, il ne s’agit plus de taper sur les chômeurs, de critiquer les travailleurs, de s’en prendre aux patrons, de jeter la pierre aux politiciens ou de cracher sur la finance, il s’agit simplement de confronter le dogme à la réalité et de faire prévaloir celui des deux qui vaut. Entre la vie et les destructions, chacun saurait choisir, quelques décennies après les épisodes totalitaires du XXème siècle.
benjamin
 
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