» Pour vous inscrire : Inscription           » Si vous êtes déjà inscrit : Connexion           » Pour nous contacter : Contact

Le paradoxe de la mauvaise santé aux USA

Données et opinions relatives aux USA

Le paradoxe de la mauvaise santé aux USA

Messagepar causonsen » Lun 14 Jan 2013 19:13

On peut être le pays le plus riche et le plus puissant de la planète et ne pas figurer en bonne place dans le palmarès mondial de la santé et de l'espérance de vie. On savait déjà que l’espérance de vie avait baissé en 2008 aux USA. Faiblement (1,2 mois) mais, à 77,8 ans, elle était déjà inférieure de 4 à 5 ans aux meilleurs niveaux occidentaux. Les morts « brutales » (accidents cardio-vasculaires notamment) y régressent mais l’état de santé général de l’un des peuples les plus microbophobes de la planète se dégrade. L’obésité est l’une des manifestations les plus évidentes de cette dégradation mais il y en a beaucoup d'autres comme vient de le révéler une étude approfondie de l'Institute of Medicine of the National Academies, organisme chargé d'éclairer et conseiller le gouvernement américain en matière de santé.

La notice de présentation de cette étude indique que : " The United States is among the wealthiest nations in the world, but it is far from the healthiest. For many years, Americans have been dying at younger ages than people in almost all other high-income countries. This health disadvantage prevails even though the U.S. spends far more per person on health care than any other nation. (...) No single factor can fully explain the U.S. health disadvantage. It likely has multiple causes and involves some combination of inadequate health care, unhealthy behaviors, adverse economic and social conditions, and environmental factors, as well as public policies and social values that shape those conditions. Without action to reverse current trends, the health of Americans will probably continue to fall behind that of people in other high-income countries. The tragedy is not that the U.S. is losing a contest with other countries, but that Americans are dying and suffering from illness and injury at rates that are demonstrably unnecessary. "
Ce que l'on peut traduire comme suit :
" Les USA font partie des nations les plus riches au monde mais ils sont loin d'avoir la meilleure santé. Depuis des années, les américains meurent plus jeunes que les habitants de presque tous les pays à hauts revenus. Ceci prévaut alors même que les USA dépensent beaucoup plus par habitant pour la santé que toute autre nation. (...) Aucun facteur ne peut expliquer à lui seul cette situation. Les causes en sont multiples : soins inadéquats, modes de vie, mauvaises conditions économiques et sociales, facteurs environnementaux, ainsi que les politiques publiques et valeurs sociétales. A défaut d'action pour renverser les tendances actuelles, la santé des américains continuera probablement à se dégrader au regard de celle des populations des autres pays à revenus élevés. La tragédie n'est pas que les USA sont en train de perdre une compétition avec d'autres nations, mais que des américains meurent ou souffrent de maladies et de blessures à un degré dont on peut démontrer qu'il n'est pas une fatalité ".

Le résumé qui ouvre le rapport indique que ce mauvais score des USA ne peut pas être attribué seulement aux conditions de vie défavorables des minorités ethniques ou à la pauvreté, puisqu'il concernerait aussi des personnes "hautement avantagées".
Cependant, en page 4, il est précisé que : " l'adversité économique et sociale importe grandement dans la santé et affecte une proportion importante de la population. En dépit de leur puissance économique, les USA ont un taux de pauvreté et d'inégalité plus élevé que celui de la plupart des pays à hauts revenus. (...) Les américains ont un moindre accès aux "filets de sécurité" qui aident à tempérer les effets de l'adversité dans d'autres pays. "

Cette étude apporte du renfort à tous ceux qui considèrent que des indicateurs économiques tels que le PIB et sa croissance sont impuissants à exprimer de façon correcte le bien-être des populations ... et celui de la planète qui les héberge, dont la santé mériterait aussi quelques égards.

Le rapport complet peut être consulté en ligne : http://www.iom.edu/Reports/2013/US-Health-in-International-Perspective-Shorter-Lives-Poorer-Health.aspx
causonsen
 
Messages: 309
Enregistré le: Mar 13 Mar 2012 19:15

Re: Le paradoxe de la mauvaise santé aux USA

Messagepar pierre » Mar 15 Jan 2013 12:50

Il y aurait donc une limite à la corrélation entre les dépenses de santé et la baisse de la mortalité ?
Est-ce vraiment étonnant ?
Yann Diener in « On agite un enfant » (La Fabrique, 2011) donne quelques informations étayées par une bonne bibliographie : Pfizer " avait créé en 1849 à Brooklyn le laboratoire pharmaceutique qui deviendra leader du marché et célèbre pour avoir commercialisé le fameux Prozac. Pionnier du marketing pharmaceutique, Pfizer avait déclaré à ses employés : « Il faut créer des malades ».
Depuis, certains auteurs des manuels de classification nosographiques ont reconnu avoir été payés pour y répertorier la catégorie « enfant agité » et la décrire comme une véritable maladie neurologique – étape nécessaire pour mettre sur le marché une molécule censée calmer les enfants : la Ritaline …
… Aux Etats-Unis, cette stratégie marketing porte un nom : le « disease mongering » désigne la savante construction de campagnes de sensibilisation de la population à diverses pathologies imaginaires et la diffusion des représentations de ces nouveaux syndromes pour ouvrir de nouveaux marchés aux médicaments (to monger = diffuser) …
… il n'y a pas de projet global visant la marchandisation des émotions et des comportements, mais il existe une convergence d'intérêts : le « desease mongering » est une réalité, il est ouvertement organisé par les laboratoires, et il rencontre là encore les politiques étatiques de réduction des dépenses. Il y a là convergence d'intérêts entre l'industrie pharmaceutique d'une part, les groupes médicaux qui utilisent les traitements d'autre part, ainsi que les agences de publicité, la presse scientifique, jusqu'aux pouvoirs publics, qui relayent et popularisent ces nouvelles maladies."
 

On ne saurait être plus explicite et cette stratégie des laboratoires pharmaceitiques le dispute en cynisme à l'industrie du tabac. On pourrait appeler cela autrement : l'abus de faiblesse.
Solution : décrypter ces agissements.

Voir aussi de Jörg Blech « Les inventeurs de maladies. Manœuvres et manipulations de l'industrie pharmaceutique » (Actes Sud, 2005).
pierre
 
Messages: 161
Enregistré le: Dim 18 Sep 2011 15:58


Retourner vers USA

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron