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Enseignements de l'histoire pour la zone euro

Textes et données d'approche générale de la crise

Enseignements de l'histoire pour la zone euro

Messagepar gerald » Mer 23 Mai 2012 22:26

L’ « International Herald Tribune » publie dans son édition du 22 mai 2012 un article qui résume les points de vue de plusieurs experts universitaires qui ont débattu de l’avenir de la zone euro à une conférence organisée par l’Institut Universitaire Européen à Florence ce mois-ci. Que nous enseigne l’histoire sur les options qui restent encore à une zone euro déchirée par les divergences entre son noyau compétitif et sa périphérie qui l’est moins, sur le débat entre austérité et stimulation économique et sur l’opposition entre les défenseurs du maintien de la Grèce dans la zone et le lobby de ceux qui la poussent à la sortie ?

L’article commence par rappeler la suspension de la Grèce en 1908 de l’Union Monétaire Latine après sa contravention aux règles de l’union : elle avait dilué la teneur en or de ses pièces dans un contexte de faiblesse économique chronique. Cette union comptait parmi ses membres fondateurs la France, l’Italie, la Belgique et la Suisse. Un siècle plus tard, l’histoire va-t-elle se répéter (quoique dans des circonstances très différentes) ?

Si la Grèce parvient à se maintenir dans la zone euro, une étude de cas intéressante pour la suite des événements serait celle de l’ex-Allemagne de l’Est. Comme cette région au moment de la réunification de l’Allemagne, la Grèce souffre d’un manque de compétitivité, tout en étant prisonnière de l’euro comme la région allemande l’était du deutsche mark dont la valeur reflétait le niveau de productivité ouest allemand. Environ 14 000 entreprises est allemandes ont fermé et 4 millions d’emplois ont été perdus pendant les cinq années qui ont suivi la réunification en 1990. Le niveau de chômage a atteint son niveau le plus élevé à plus de 20% en 2005. Plus de 2 millions sur les 16 millions d’habitants vivant à l’Est ont émigré à l’Ouest. Des partis politiques xénophobes et le Parti de Gauche formé à partir des restes du Parti Communiste est allemand se sont nourris du chômage de longue durée et la baisse des salaires. Plus de deux décennies plus tard une convergence des niveaux de vie s’est opérée, bien que celui de l’Est reste environ 20% plus bas et le chômage deux fois plus élevé qu’à l’Ouest. Pourtant ces ajustements se sont déroulés à l’intérieur d’une même nation parlant la même langue, avec une mobilité des personnes parfaite et bénéficiant des transferts budgétaires qui manquent à la zone euro : les contribuables allemands ont payé plus de 1,7 mille milliards d’euros au titre de la « taxe de solidarité » pour moderniser l’ex-Allemagne de l’Est. Cet exemple suggère que l’ajustement pour la Grèce si elle restait dans la zone euro pourrait prendre non pas des années mais des décennies, être à l’origine d’une émigration massive, et d’une radicalisation de la vie politique.

Le scénario au cas où la Grèce devait quitter la zone euro risque également de se révéler extrêmement désordonné et coûteux, si l’on se fie aux exemples du passé. Le retour à la drachme se ferait aujourd’hui principalement par les moyens de l’électronique en arrêtant les transferts bancaires vers l’extérieur même s’il faudrait toujours lutter contre la contrebande d’euros aux frontières. Les économistes estiment que la valeur de la drachme afficherait une décote d’entre 50% et 80% par rapport à l’euro, rendant inévitable un défaut substantiel sur l’endettement grec public et privé . Deux exemples pris dans l’histoire du XXe siècle –l’abandon de l’étalon-or par les Etats-Unis en 1933 et la désindexation du peso argentin par rapport au dollar US en 2001- soulignent la nécessité où se trouverait la Grèce d’exprimer son endettement en drachmes. Ainsi le Congrès américain, après avoir dévalué le dollar de 69% à voté une loi qui invalidait toute promesse de rembourser des dettes libellées dans une unité indexée sur l’or ; l’Argentine a fait de même , invalidant les dettes libellées en dollars US non seulement du gouvernement mais aussi du secteur privé.

Cependant l’histoire est de peu de secours pour comprendre quels pourraient être les effets sur le système bancaire et financier européen aux intérêts hautement interconnectés du défaut de remboursement grec, qui serait inévitablement important suivant la sortie du pays de l’euro.

Certains experts présents à la conférence ont évoqué des exemples historiques de régimes à deux devises en faisant valoir que cette solution pourrait éviter une sortie complète de la zone euro tout en offrant plus de flexibilité. Ainsi à Florence au 14e siècle la devise du commerce international était le florin indexé sur l’or, alors que les transactions internes se faisaient dans une monnaie indexé sur l’argent métal. Un exemple récent est fourni par le Panama, qui comme la Grèce a un secteur public important et qui a adopté le dollar US comme sa devise en 1904. Quand en 1988 le paiement annuel du droit de passage du Canal de Panama – principale source de dollars du pays – a été bloqué et les actifs du gouvernement gelés par quatre banques américaines, le gouvernement panaméen a rémunéré ses fonctionnaires au moyen de chèques gouvernementaux acceptés par le Trésor panaméen pour régler les impôts et qui ont ensuite circulés comme une quasi-monnaie. En Argentine, pendant la crise qui a mené au défaut de remboursement décrit plus haut, plusieurs quasi-monnaies ont également circulé.

Aucune conclusion définitive concernant la crise actuelle ne peut être tirée des précédents historiques sauf peut-être pour dire que sans volonté d’union politique permettant des transferts budgétaires et un degré de convergence économique entre les membres, les unions monétaires ont tendance à échouer.
L’article termine en citant deux exemples : l’un, négatif, concerne l’abandon par l’Union Soviétique de la zone rouble. L’autre, nettement plus positif, a trait à l’union monétaire créée en 1790 entre les états de la nouvelle fédération des Etats-Unis : le premier secrétaire au Trésor de la fédération, Alexander Hamilton, a négocié avec les états un accord pour que la fédération reprenne l’endettement élevé résultant de la Guerre d’Indépendance avec l’Angleterre – un geste de solidarité entre les états qu’on peut comparer à une émission d’euro-obligations. Le prix à payer pour que l’état le plus puissant, la Virginie, signe cet accord a été de limiter par un plafond son engagement solidaire. Pourrait–on s’inspirer de cet exemple pour avancer en Europe aujourd’hui ?

Auteur de l’article : Katrin Bennhold
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