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Mario Draghi : un renfort pour François Hollande ?

Textes et données d'approche générale de la crise

Mario Draghi : un renfort pour François Hollande ?

Messagepar scripta manent » Jeu 26 Avr 2012 10:46

Le 25 avril, Mario Draghi, président de la BCE, s'est exprimé en faveur d'un " pacte de croissance " européen.
Sans doute savait-il que son auditoire - le Parlement européen - souhaitait entendre autre chose que les seuls appels à l'austérité.
Habilement, François Hollande s'est saisi de cette déclaration pour souligner que " ses idées cheminent ".
Une exégèse attentive du discours de Mario Draghi montre que ce serait aller un peu vite en besogne que d'y voir un " ralliement " au programme de François Hollande et une mise en cause de celui d'Angela Merkel, laquelle a d'ailleurs - elle aussi - salué ce discours : " Nous avons besoin de croissance, de croissance sous forme d'initiatives pérennes, pas juste de programmes de conjoncture - qui creuseraient encore la dette publique - mais de croissance comme Mario Draghi l'a dit aujourd'hui, sous forme de réformes structurelles. "
Un porte-parole de la BCE a précisé à l'AFP que les réformes préconisées porteraient sur le développement de la flexibilisation du marché du travail et les gains de compétitivité et non une relance par les dépenses publiques.
Mario Draghi avait par ailleurs indiqué qu'il ne pouvait être question d'un soutien direct de la BCE à la croissance mais qu'il appartenait aux Etats d'adopter les " réformes structurelles permettant la croissance pour faciliter l'entrepreunariat, l'établissement de nouvelles entreprises et la création d'emploi. ", ajoutant qu'il n'était pas du tout " contre le modèle social européen ". Retenons cette formulation, car il y a évidemment une marge entre " n'être pas du tout contre " et " être pour ".
C'est donc bien le " modèle allemand " qui est mis en avant : course à la compétitivité dans une économie ouverte, par la compression des " coûts salariaux " ; développement des exportations au détriment de la consommation intérieure.
La BCE n'en est donc pas à proposer un protectionnisme raisonné, ni un financement direct à faible taux de l'endettement public et encore moins le retour du pouvoir monétaire dans le giron du pouvoir politique ! Toutes dispositions qui seraient aussi compatibles - voire propices - à un redressement des équilibres budgétaires.

Il y a tout de même un point très positif dans tout cela : le terme "pacte de croissance" a été prononcé et, même s'il s'agit d'une auberge espagnole, cela renforce la légitimité de la position de François Hollande.
scripta manent
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Re: Mario Draghi : un renfort pour François Hollande ?

Messagepar KERHUNE » Jeu 26 Avr 2012 16:14

Il n'y a rien de bien nouveau, en effet, sous le soleil Européen. La variable d'ajustement reste le marché du travail et l'offensive est moins spontanée qu’elle peut apparaître puisqu'elle a été précédée, voici quelques jours, d'une proposition de la commission visant l'instauration de plusieurs salaires minimum par branche d'activité. Par cette dernière proposition, il faut entendre une baisse de ce salaire pour certaines activités les moins rentables et non pas une augmentation pour les plus productives. Reconnaissons que toutes ces propositions sont cohérentes avec le modèle de la mondialisation déséquilibrée. Dans la mesure où l'on refuse de se protéger en Europe contre une concurrence qui fait fi des règles sociales ou environnementales, cela reste la seule solution. Une relance de la demande, en France en particulier, creusera le déficit extérieur et la relance des investissements se heurtera à un manque de compétitivité sauf à privilégier les investissements dans les infrastructures, ce qui creusera le déficit public. Il ne faut pas oublier non plus (site public Sénat) que le salaire minimum de la Bulgarie est de 138,05 €.
La machine est lancée et seul un immense sursaut Européen pourrait l’arrêter. Pour l'instant malheureusement, cela ne va pas si mal économiquement pour la majorité de la population si l'on ne retient que les critères économiques. Que se passera-t-il quand le nombre de chômeurs ou de travailleurs pauvres aura considérablement augmenté, qu'ils n'auront plus rien à perdre et que les partis d’extrême droite seront majoritaires ? En arrivera-t-on à ce que la main invisible se fige dans le salut hitlérien tant les conditions se rapprochent de ce que l'on a connu dans les années trente ?
KERHUNE
 
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Re: Mario Draghi : un renfort pour François Hollande ?

Messagepar pierre » Ven 27 Avr 2012 00:26

La problématique est bien celle-là, il faudra à nos dirigeants bien du talent, et, plus difficile, du talent coordonné, pour passer par la porte étroite, et elle existe.
Gageons que les élections en France en 2012 et en Allemagne en 2013 permettront de faire bouger les lignes.

Par ailleurs, afin d'éviter de stigmatiser l'Allemagne, et surtout en ce moment, je préfère l'expression "salut fasciste" à "salut hitlérien" utilisée par Kerhune.
pierre
 
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Le pacte de croissance : il y a encore du chemin à parcourir

Messagepar causonsen » Sam 05 Mai 2012 17:32

Les prises de position en faveur d'une relance de la croissance au sein de l'UE laissent sceptiques Jean-Luc Gaffard et Francesco Saraceno, qui ont publié, le 2 mai 2012, sur le blog de l'OFCE-Sciences Po, le texte repris intégralement ci-après :

Plaidoyer pour un pacte de croissance : beaucoup de bruit pour cacher un désaccord persistant

" L’insistance mise sur la nécessité de compléter la rigueur budgétaire par des mesures susceptibles de relancer la croissance, pour une part induite par le débat électoral en France, est une bonne nouvelle, entre autre parce qu’elle représente la tardive reconnaissance que l’austérité est en train d’imposer un prix trop élevé aux pays du sud de l’Europe.

Cependant, invoquer la croissance n’a rien de nouveau et peut rester sans contenu réel. Déjà à la suite d’une intervention du gouvernement français, le pacte de stabilité était devenu en 1997 le pacte de stabilité et de croissance. Sans véritable conséquence sur la nature d’une stratégie tout entière tournée vers l’application de règles strictes en matière monétaire et budgétaire et la recherche de davantage de flexibilité dans le fonctionnement des marchés.

La semaine dernière, Mario Draghi, ou encore Manuel Barroso et Mario Monti se sont montrés inquiets par la récession enregistrée notamment en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, mais aussi soucieux de répondre formellement à la demande qui pourrait venir du nouveau gouvernement français. Aussi plaident-ils pour que soit négocié un pacte de croissance, mais en prenant soin de rappeler qu’il doit consister dans un engagement commun à effectuer les réformes structurelles là où elles n’ont pas encore été faites. Cette position rappelle la lettre de onze premiers ministres, aux autorités européennes en février dernier. Autrement dit, rien ne change dans la doctrine qui commande les choix de politique économique en Europe : la croissance ne peut être obtenue que par des reformes structurelles notamment des marchés du travail.

Cette position est pourtant doublement critiquable. Il n’est pas sûr, en premier lieu, que ces réformes structurelles soient efficaces, à moins d’être utilisées dans un esprit non coopératif pour améliorer la compétitivité du pays qui s’y livre au détriment de ses partenaires commerciaux, comme a pu le faire l’Allemagne avec les réformes Hartz. En second lieu, des réformes généralisées, y compris lorsqu’elles sont justifiées en termes de croissance de long terme, auraient dans un premier temps un impact récessif sur la demande[1], et donc sur l’activité. Elles ne peuvent donc répondre à ce qui est une exigence immédiate et prioritaire, à savoir enrayer la récession en train de se généraliser.

Le véritable défi auquel sont confrontés les Européens est bien de concilier le court et le long terme. La solution proposée jusqu’ici, une austérité budgétaire généralisée qui rétablirait la confiance des acteurs privés, et que viendraient compléter ces réformes structurelles censées augmenter le taux de croissance potentiel, ne marche simplement pas. Le prouvent les évolutions observées en Grèce, mais aussi au Portugal et en Irlande, élèves modèles des plans de sauvetage européens, ainsi qu’en Grande-Bretagne, en Italie et en Espagne. Les multiplicateurs budgétaires restent fermement keynésiens (voir Christina Romer, et Creel, Heyer et Plane), et les effets dits « non-keynésiens » sur les anticipations sont limités ou inexistants.

La croissance ni ne se décrète ni ne s’établit instantanément, contrairement à la spirale déflation-austérité dans laquelle s’enlisent aujourd’hui de plus en plus de pays européens.

Elle n’a de chances de se concrétiser que si la consolidation budgétaire n’est ni immédiate ni drastique. En fait, si la consolidation imposée aux pays en difficulté est étalée dans le temps (au delà de l’horizon 2013 qui sera en tout état de cause impossible à atteindre) et si une politique budgétaire plus expansionniste est conduite dans les pays en mesure de le faire de manière à ce que, au niveau européen, l’effet global soit au moins neutre ou mieux expansionniste. Cette stratégie ne serait pas forcément sanctionnée par les marchés qui ont montré dans un passé récent qu’ils étaient sensibles à l’exigence de croissance. Dans le cas contraire, des mesures devraient être prises par la BCE pour échapper à la contrainte qu’ils exercent. Ce soutien à court terme doit s’accompagner d’un effort substantiel à moyen terme d’investissement réalisé dans le cadre de programmes industriels européens financés par l’émission d’euro-obligations, et donc par un budget européen enfin de taille appropriée aux tâches de l’Union. Cette façon d’articuler et coordonner les choix à court et moyen terme serait un pas important vers la mise en place d’une structure fédérale seule à même de permettre la résolution de la question européenne.
--------------------------------------------------------------------------------
[1] R.M. Solow, Introduction à Solow R.M. Ed. (2004) Réformes structurelles et politique macroéconomique, Paris : Economica (Traduction de Structural Reforms and Macroeconomic Policy, London : Macmillan). "


Sans doute faudrait-il ajouter que la sacrosainte croissance, dont les outils de mesure appelleraient bien des commentaires, ne devrait pas rester un point de passage obligé des politiques de réquilibrage, même si l'on comprend bien que, dans l'immédiat, elle ajouterait des degrés de liberté dans la définition de ces politiques.
causonsen
 
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