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" Debout l'Europe ", le manifeste conjoint de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Sont publiés ici les manifestes, sondages, appels à signature sur le thème de l'Europe

" Debout l'Europe ", le manifeste conjoint de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Messagepar scripta manent » Dim 13 Avr 2014 21:36

Debout l'Europe ! est un ouvrage qui date déjà d'octobre 2012 (André Versaille, éditeur à Bruxelles). Il reste cependant pleinement d'actualité dans la perspective des élections européennes à venir, qui étaient d'ailleurs dans la ligne de mire des auteurs.
L'un des grands intérêts de ce Manifeste pour une révolution postnationale en Europe (sous-titre de l'ouvrage) est qu'il exprime une vision et une passion communes émanant de deux fins connaisseurs et praticiens de l'Europe, par ailleurs opposés sur l'échiquier politique: Daniel Cohn-Bendit est co-président du groupe des Verts / Alliance libre européenne ; Guy Verhofstadt est président du groupe de l'ADLE au Parlement européen (et ancien Premier ministre de Belgique).
Ce qui les unit tient en ces quelques lignes :
" L'Europe doit une fois pour toutes se défaire du nombrilisme de ses Etats-nations. Une révolution radicale s'impose. Une révolution européenne de grande ampleur. Une Union fédérale européenne doit voir le jour. Une Union qui permette aussi rapidement que possible à l'Europe de participer au monde postnational de demain. Par facilité, lâcheté et manque de vision, trop de chefs d'Etat et de gouvernement préfèrent ne pas voir ce qui est en jeu. Réveillons-les. Confrontons-les à leur impuissance. Ne leur laissons pas un jour de repos. Et montrons-leur la voie vers cette autre Europe, l'Europe du futur, l'Europe des Européens ".
Le retentissement de l'ouvrage et les suites qui lui ont été données n'ont pas été à la hauteur de ce volontarisme et de ce lyrisme.

Ce que nous avons glané au fil des pages :

" Nous ne faisons preuve d'aucune innovation et ne générons pas assez de croissance " (page 7)
Cela commence mal !
Le premier membre de phrase est outrancier : il y a des innovateurs en Europe, fort heureusement.
Le second est archaïque : il va falloir apprendre à raisonner sur un autre indicateur phare que " la croissance du PIB ".
Les auteurs reviennent sur cette question de l'innovation en page 45 : " Depuis la deuxième guerre mondiale, le berceau de la créativité et de l'ingéniosité se trouve de l'autre côté de l'Atlantique ". Ils semblent donc ignorer la performance collective de l'Union :
- Aux JO 2012, l'UE a engrangé 302 médailles, contre 104 pour les USA et 88 pour la Chine ;
- Les Etats de l'UE ont reçu 440 prix Nobel entre 1901 et 2010, contre 326 pour les USA ;
- Ils ont reçu 22 médailles Fields entre 1936 et 2010, contre 12 pour les USA.

" L'Europe ressemble de plus en plus à un monument historique. Un continent marginalisé qui se bat pour survivre dans une nouvelle ère et un nouveau monde.(...) Le drame, c'est l'Union européenne est jugée coupable de cette situation. (...) Les Etats-membres portent pourtant l'entière responsabilité de la débâcle.(...) Ce sont leurs instincts possessifs et leur conception bornée de la souveraineté qui ont fait de l'Europe (...) une entité hybride incapable de nous assurer un futur meilleur " (p 8).
Salutaire mise au point. On pourrait cependant ajouter que des lignes de résistance auraient pu se dresser au sein des institutions européennes, notamment via les présidents de la Commission et de l'Union. Il n'était pas interdit à ces éminences de se hisser à la hauteur de leur tâche et de faire preuve de courage.

" Dans moins de 25 ans, plus aucun pays européen ne comptera dans le contexte mondial. Le club des pays les plus riches, à savoir le G8 se composera des USA, de la chine, de l'Inde, du Japon, du Brésil, de la Russie, du Mexique et de l'Indonésie. Aucun Etat européen ne sera représenté, pas même l'Allemagne. L'aberration dans cette histoire, c'est que l'Europe unifiée représente le continent le plus puissant et le plus riche au monde. " (p12)
Rappelons que 4 Etats européens sont aujourd'hui membres du G8 : l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie. Les autres membres sont les USA, la Russie, le Japon et le Canada.
Rappelons aussi que l’UE reste la 1ère puissance économique au monde avec, en 2012, un PIB de 11,8 Mds € (11,3 pour les USA et 5,9 pour la Chine). Elle est aussi la 1ère puissance commerciale, avec environ 15% des exportations et des importations mondiales, devançant légèrement les USA et la Chine.

" La majorité des problèmes que les hommes et les peuples affrontent aujourd'hui et qu'ils combattront demain sont mondiaux " (eau, énergie, terres arables, environnement ...). A quelques exceptions près, " les Etats pris individuellement compteront peu dans cette réalité mondiale. " (p 15-16).

" Aujourd'hui encore, nous comptons 17 gouvernements dans la zone euro, 17 ministres des finances, 17 banques centrales et 17 marchés obligataires différents. Nous ne disposons toujours pas d'un gouvernement européen de la zone euro. " (p 20)

" Beaucoup plus que dans n'importe quelle autre zone monétaire, la discipline est incontournable en Europe. Et ceci pour la simple raison que l'Europe n'a pas de budget fédéral crédible, autrement dit, de vraies ressources propres garantissant la cohésion de la zone monétaire. " (p 22-23)
Pour être précis : le budget annuel de l’UE est de l’ordre de 150 Mds €, soit à peine 1% du PIB de l’Union. A titre de comparaison, les dépenses du budget fédéral aux USA ont représenté, en 2012, 24% du PIB des Etats-Unis d’Amérique.

" Nous avons besoin (...) de créer une grande union fédérale avec des institutions européennes supranationales. (...) Concrètement, cela implique que nous transformions le plus rapidement possible la Commission européenne en un véritable gouvernement européen avec des ministres européens que nous appelons aujourd'hui commissaires. Ils seraient contrôlés par un Parlement européen aux compétences renforcées, dont le droit d'initiative législative. (...)
Le Conseil européen n'est que le syndicat des " intérêts nationaux
". " (p 26-27)

" Les Européens sont de grands épargnants. Dans de nombreux Etats membres, ils possèdent un patrimoine qui dépasse largement le PIB du pays. " (p 29)
Ceci est particulièrement vrai en France. Belle piste de réflexion pour un financement de la dette publique indépendant de la " pression des marchés ".

" Appelons " green deal ", un projet européen d'envergure pour la modernisation écologique de nos économies. Tous les secteurs seraient concernés : l'industrie, la construction et la rénovation des bâtiments, tant publics que privés, les transports individuels et collectifs, les énergies renouvelables, l'agriculture, la protection de la biodiversité , les déchets, etc ... Autant de domaines qui seront directement bénéficiaires de la création d'emplois nos délocalisables. " (p 31)

" La démocratie, c'est aussi précéder l'opinion publique et non la suivre aveuglément pour des raisons électoralistes et opportunistes. La démocratie, c'est s'adresser à l'intelligence des individus, non à leurs instincts, en les associant à un projet émancipateur. " (p 42)

" Nous avons besoin de l'immigration. L'Europe connaît en effet un vieillissement rapide. Le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans augmente chaque année de2 millions, tandis que celui des personnes en âge de travailler diminue d'1 million. " (p 45)

" La Commission et le Parlement européen sont les plus hautes instances européennes. A côté du Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, bien entendu. Mais la création de ce cénacle intergouvernemental est bien plus récente. Le premier Président du Conseil européen n'a été nommé qu'en 2009. De nombreux Etats-nations, dont la France, ont tenté de réduire l'Europe à une simple organisation intergouvernementale dirigée par les chefs d'Etat et de gouvernement. Avec une Commission européenne bornée au rôle de secrétariat et un Parlement européen agissant comme un béni-oui-oui. Le résultat de ce processus est évident : un directoire européen. Quelques Etats membres puissants (...) déterminent ce qui est bon ou mauvais pour l'Europe. Sans tenir compte des plus petits Etats membres, mais surtout en ignorant l'existence d'un intérêt commun et supérieur des citoyens européens. " (p 51)

" Le Parlement doit enfin s'atteler à l'essentiel : tracer et montrer la voie. Mieux encore, il doit être prêt à croiser le fer avec les Etats membres. Aucun Parlement (...) n'a reçu de pouvoir politique sans se battre. Un Parlement doit conquérir son pouvoir. (...)
Une victoire écrasante des pro-européens aux élections de 2014 serait le signal et le point de départ pour une grande Assemblée constituante. Afin de lancer le chantier historique d'une Europe fédérale. Une Europe qui ne serait plus paralysée par l'unanimité des Etats-membres mais dirigée par un véritable gouvernement européen, le successeur de la commission européenne actuelle. Une Europe qui ne serait pas dirigée par un homme de main des Etats membres mais par un fédéraliste convaincu qui réanimera le droit d'initiative
(législative) de la Commission. Un Président élu directement par les citoyens ou par le Parlement européen. Parallèlement à un Sénat européen se composant de représentants des Etats membres. "
One ne peut manquer d'établir ici le parallèle avec la conférence de Philadelphie de 1787, " quand la confédération d'Etats issus du colonialisme britannique a opté pour une véritable coopération fédérale, telle que nous la connaissons encore aujourd'hui. "
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Re: " Debout l'Europe ", le manifeste conjoint de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Messagepar KERHUNE » Mer 16 Avr 2014 09:44

Je crains que nous ne soyons, sur ce domaine précis, dans un cercle vicieux. Il est vrai que, sans une volonté des états nationaux, il n'y aura pas d'évolution de l'Europe. Certains états sont frileux et repliés comme la France, d'autres comme l'Allemagne et certains nouveaux entrants jouent avec le système en tirant habilement les marrons du feu. Dans cette Europe là, ce n'est d'ailleurs pas interdit. Si l'on veut que le collectif l'emporte, il faudra auparavant que l'Europe se pare de ses plus beaux atours pour décider les citoyens nationaux à la rejoindre plus franchement et plus massivement. Malheureusement, il n'y a pas qu'une œuvre de dénigrement ourdie par les leaders nationaux, il y a l'attitude de l'Europe, au travers de la commission, qui sert de repoussoir. On n' attire pas les mouches avec du vinaigre et les prochaines élections risquent d'être à cet égard particulièrement désastreuses.
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Re: " Debout l'Europe ", le manifeste conjoint de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt

Messagepar scripta manent » Jeu 17 Avr 2014 19:49

Le manifeste de Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt se poursuit avec un long entretien avec Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles.

Nous en extrayons ci-après quelques questions - réponses.

Jean Quatremer : C'est donc après l'adoption du traité de Maastricht, en décembre 1991, que toute vision politique de l'Europe a été abandonnée au profit d'une vision purement mercantile ?
Daniel Cohn-Bendit : Après Maastricht, on est entré dans une autre ère. L'Europe s'est trouvée confrontée simultanément au défi de la mondialisation, à la guerre des Balkans, à la crise climatique, à la crise financière et économique. Les gouvernements, tétanisés, se sont petit à petit repliés dans leur pré carré national au lieu d'approfondir la construction communautaire qui aurait permis de faire face à tous ces défis.
Guy Verhofstadt : La disparition de la menace soviétique en 1990 a joué un rôle fondamental dans ce repli national : tout se passe alors comme si les européens pensent que la nécessité d'avoir une conscience, une âme, une réponse européenne disparaît. C'est en quelque sorte la fin de l'histoire ". A partir de ce moment, on pense qu'une simple coordination entre les Etats-nations suffira amplement. "

Sur la question des paradis fiscaux :
DCB : Le drame de l’Europe, c’est qu’elle n’ose pas faire jouer sa puissance. Par exemple, il est aberrant que chacun lutte dans son coin contre les paradis fiscaux, au lieu d’en confier la tâche à l’Union. Si c’était elle qui faisait pression sur la Suisse, un paradis fiscal au cœur de l’Europe, comme l’ont fait les USA, le rapport de force serait différent. Il lui suffirait de dire que si la question de l’échange d’informations n’était pas réglée, ses banques ne pourraient plus avoir accès à l’espace européen. La question serait vite réglée ! Au lieu de quoi Berlin, Paris ou Rome négocient chacun dans leur coin, en essayant d’obtenir un avantage national au lieu de penser à l’intérêt général européen.

JQ : Il a fallu les coups de boutoir de la crise pour que l'Union renonce, et encore avec difficulté, à son idéologie du laisser-faire et de l'autorégulation. (Note perso : JQ est un brin optimiste : on n'en est as encore là).
DCB : Ce qui est important, c'est que l'Europe soit en mesure de décider. (...) Guy et moi, on n'est pas du même bord politique, mais on se bat ensemble pour obtenir un espace politique européen où s'exprimer pleinement. Ensuite, c'est une question de rapports de force politique. On peut avoir au niveau européen une majorité néolibérale ou socialiste, exactement comme c'est le cas dans chaque pays. Il revient (...) aux citoyens européens de voter pour des majorités qui décideront de l'orientation politique de l'Union.
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