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La Lettre d'amour à l'Europe d'Emmanuel Grand

Textes et données d'approche générale de la crise

La Lettre d'amour à l'Europe d'Emmanuel Grand

Messagepar gerald » Dim 30 Avr 2017 19:43

Emmanuel Grand, écrivain, auteur notamment de "Terminus Belz" et "Les salauds devront payer" a publié dans le "Libération " du 26 avril 2017, sous la forme d'une tribune, sa "Lettre d'Amour à l'Europe". Nous le remercions vivement de nous avoir autorisé à la reproduire :

Ma lettre d’amour à l’Europe.
Dans cette élection présidentielle, l’écrasante majorité des candidats se sont appliqués à faire de l’Europe un bouc émissaire des difficultés rencontrées dans notre pays. Mettons-nous à leur place. Quelle proie facile pour des candidats en mal de vision. L’Europe. Ce monstre, ce gruyère, cette tour de Babel, cette bête à vingt-sept cornes dont une, encore chaude, vient de rouler dans la sciure. L’Europe. Ce Goliath impuissant sur lequel on peut se déchaîner sans retenue sans craindre même qu’il rende les coups. L’Europe. Cette construction contre nature, entendez contre la nature de nos patries dont la tradition millénaire consiste à se passer mutuellement au hachoir à viande au son des hymnes nationaux. L’Europe, aux bancs des accusés. Trop libérale, pas assez démocratique, trop tatillonne, pas assez sociale, trop inféodée à ses dogmes, pas assez protégée de ses ennemis, trop timide, pas assez généreuse, l’Europe ne serait-elle finalement que la somme de ses lacunes ?
A cette question, catégoriquement, je répondrai non et ce pour deux raisons. Primo, si la construction Européenne est lacunaire et imparfaite, ce que j’admets, cette imperfection ne ressemble en rien à une perversion qu’elle aurait subie avec le temps ou à quelque déviation de son orbite d’origine. L’imperfection ou plutôt dirons-nous, l’inachèvement est dans la nature-même de l’Europe. Hier comme aujourd’hui, aujourd’hui comme demain, l’Europe est un projet qui ne sera achevé qu’à l’horizon de plusieurs siècles. Un projet insensé, celui de nations qui n’ont cessé de se faire la guerre au cours de leur histoire, qui ne parlent pas la même langue, ne partagent pas les mêmes traditions et acceptent cependant de s’asseoir à une même table pour tenter de construire un avenir commun. Un projet utopique et extravagant comme la Paix dans un monde régi par la guerre et la folie des hommes. Secundo, la Paix, justement. Car qui peut nier que l’Europe vient de nous offrir soixante-dix ans de paix, un présent que nous n’avions jamais goûté - je cite Michel Serres - depuis la guerre de Troie. Qui peut nier que grâce à l’Europe nous avons vécu là une période bénie de notre histoire et que nos anciens ont forgé cette utopie dans le but presqu’exclusif de nous préserver des ténèbres qu’ils avaient traversées ? Je pose la question à tous nos tribuns, iconoclastes et tristes sires réunis : si nous avions échoué partout ailleurs – et c’est loin d’être le cas - la paix entre nos peuples ne justifierait-elle pas à elle seule de nous être lancés dans l’aventure Européenne ?
J’en suis pour ma part profondément convaincu. La question aujourd’hui, au-delà du catalogue de mesures distillées par tel ou tel pour resserrer les boulons de la machine communautaire, est de trouver les moyens de redonner du souffle à cet élan Européen. Nous sommes à un tournant de notre histoire. Nous avons construit un espace commun, des traités, une monnaie, une justice. Il faut continuer dans ce sens, améliorer la copie, tous les jours avec patience. Mais tout ceci ne sera rien sans l’essentiel. Sans l’ingrédient précieux qui seul nous permettra de progresser sur la voie de l’intégration politique et démocratique : la fraternité, le sentiment européen. Sans fraternité, pas d’avenir politique commun et sans avenir politique, l’Europe se délitera. Les pistes de réflexions sont nombreuses. J’en propose une, symbolique à souhait : que le prochain gouvernement français compte parmi ses membres un ministre issu de la communauté. Un ministre allemand au gouvernement français. Francophone, cela va sans dire, mais aussi francophile et ça devra se savoir. Les paparazzis seront à pied d’œuvre car il passera ses vacances en Bretagne, affectionnera la blanquette de veau, sera – par respect pour ses hôtes - incompétent à la pétanque, mais mordu de vélo et incollable sur le tour de France. Ecolo et affable, il habitera dans un F3 comme Angela et les français n’en reviendront pas. Son portefeuille ? L’industrie. Un allemand à l’industrie, les français auront l’impression de faire une bonne affaire. L’industrie ou autre chose, peu importe car sa tâche sera toute autre : se faire aimer des français et faire aimer son peuple avec lui. Et puis un jour si tout se passe bien, il sera populaire et se présentera aux municipales dans une petite ville de Bretagne ou de Savoie. Et s’il gagne, car il devra gagner, pour la première fois, les français auront élu un allemand et la face de l’Europe en sera définitivement changée.
Emmanuel Grand, écrivain.
gerald
 
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