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Cherche détracteurs pour idées à l'emporte-pièce.

Pour essayer d'y voir plus clair sur les mécanismes financiers et spéculatifs qui sont à l'oeuvre

Cherche détracteurs pour idées à l'emporte-pièce.

Messagepar pibauer » Ven 04 Oct 2013 12:28

Un jour, il y a plusieurs dizaines de mois, lorsque l'on entendait encore des haros sur la finance. J'écoutais un éminent spécialiste du milieu, menacer que si l'on régulait un temps soit peu la bourse, plusieurs points de PIB risquaient de s'en aller en fumée. Depuis je me pose la question : Le PIB de la finance n'est-ce pas précisément de la fumée ?

En effet, dans mon ignorance, je me dis que le PIB n'est pas impacté par la fluctuation des valeurs boursières du pays, mais bien par les bénéfices ou déficits des activités de la finance, et en ce qui nous concerne ici, de la spéculation. Bien...

Il est un fait que les activités de spéculation, tenues par d'éminents spécialistes, sont plus souvent en bénéfice qu'en déficit, même quand les valeurs sont généralement dans le rouge.
Mais ce bénéfice, excepté dans les rares périodes d’euphorie, ne provient t-il pas d'un déficit équivalent, supporté généralement par les petits porteurs, moins au fait des règles du jeu ?
Ce déficit là, ne découlant pas d'une activité « institutionnelle » est-il déduit du PIB, pour contrebalancer comptablement l'effet des gains dont il est issu ?

Si cette déduction est réalisée, il faudra alors m'expliquer comment il y a production de PIB positif, par la spéculation, en période de chute de valeurs généralisée.

Si tel n'est pas le cas, la fumée est bien le qualificatif qui convient.


Un autre jour, dans le même genre de circonstances, j'entendis que l'interdiction de la vente à découvert pénaliserait les places boursières qui l'instaureraient.
Là encore je suis malheureux d'une interrogation qui n’arrive pas à son terme.

Les entreprises ne peuvent pas apprécier les ventes à découvert qui les concernent, car ces types d'action s’accompagnent chez leurs auteurs, d'un espoir de chute définitive de la valeur impactée, voire, de coups de boutoirs portés contre l'entreprise, 'Short and distort' , jusqu’à ce que les banquiers, ne trouvant plus contrepartie aux prêts qu'ils leur ont accordé, décident de leurs couper toute alimentation.
Les entreprises ne seraient t-elles pas heureuses sur une place qui interdirait ce type de spéculation ?
Les vendeurs de matières premières, très logiquement, doivent avoir encore plus de raisons de détester ces pratiques.
Quels autres acteurs pourrions-nous trouver qui se désintéresse d'une telle place boursière ?
Les petits porteurs ? Il n'ont pas accès à ces techniques.
Les gros porteurs qui font des choix d’investissement. Ne seraient t-ils pas mieux protégés dans un tel environnement ?
Les spéculateurs, ah oui ! Il reste les spéculateurs...


Une dernière interrogation.

La bourse est une institution qui mutualise la recherche d'investisseurs pour les entreprises qui en ont besoin. Voilà une belle et bonne chose.
Je me rappelle mon grand-père, poursuivant la lecture de son journal en cherchant attentivement, sur les grands tableaux des pages roses, la ligne qui représentait sa maigre participation à l'élan économique de son époque.

Un glissement s'est produit, aussi timide que les premiers gestes de spéculations, aussi profond que la figure essentielle que revêt la bourse aujourd'hui, celle de la spéculation.
Les cours de la bourse, font maintenant l'objet d'une actualité développée, dans un certain mimétisme de celle des courses de chevaux.
Sujets de fond, curiosités, bons plans, dossiers spéciaux, interview, elles ont leurs journaux, leurs chaînes de télévision spécialisées et leurs sites internet.

Quel est le public de ces informations ?
Pensez vous que les traders de Goldman Sachs suivent avec passion ce genre de média et en déduisent leur stratégies?

Sur quoi se construit le profit des traders ? Ce n'est certes pas une activité qui repose sur la production d'une valeur ajoutée. Ces professionnels, ces initiés ne gagnent-ils pas ce que d'autres, au mieux, loupent dans les périodes d’euphorie, mais plus généralement perdent et de façon dramatique dans les dépressions ?
Pour que ce système tourne, il faut qu'il soit en permanence alimenté par de nouveaux arrivants près à perdre.
La machine médiatique ne joue-t-elle pas ce rôle de rabatteur ? Produisant en permanence l'image d'un système perméable auquel tout le monde peut avoir accès, elle déverse ces flots de conseils plus ou moins préfabriqués, chargés d’intentions que l'on ne peut deviner, et donne l’illusion à chacun que, pourvu de son intelligence indiscutable, il saura pénétrer les arcanes.

Vous connaissez ces tourneurs de cartes, qui accompagnés de quelques faux heureux joueurs, donnent sur une caisse en carton l’illusion d'un gain facile. La spéculation boursière ne fonctionne-t-elle pas avec les mêmes moteurs ? Et les journalistes de la presse affiliée, ne font-ils pas étrangement penser aux rabatteurs faussement passifs, que constituent les joueurs de notre métaphore ?

Quelqu’un, plus au fait de ces questions, pourrait t-il m’apporter la quiétude des certitudes ?

À oui ! au fond, les vrais joueurs sont animés du même sentiment que celui qui tient les cartes. Piquer facilement le pognon de l'autre.
Tout va bien alors !
pibauer
 
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Enregistré le: Sam 28 Sep 2013 10:42

Re: Cherche détracteurs pour idées à l'emporte-pièce.

Messagepar voxpop » Dim 06 Oct 2013 17:05

Excellente occasion pour se rafraîchir la mémoire sur ce fameux PIB.

Wikipédia en donne une définition assez claire, qui présente en outre l'avantage d'évoquer les débats sur les pièges et limites de cet indicateur statistique :
" Le produit intérieur brut (PIB) est l’un des agrégats majeurs des comptes nationaux. Sa dénomination anglaise est le GDP, pour Gross Domestic Product.
En tant qu'indicateur économique principal de mesure de la production économique réalisée à l’intérieur d'un pays donné, Le PIB vise à quantifier — pour un pays et une année donnés — la valeur totale de la « production de richesse » effectuée par les agents économiques résidents à l’intérieur de ce territoire (ménages, entreprises, administrations publiques).
Le PIB reflète donc l’activité économique interne d’un pays et la variation du PIB d’une période à l'autre est censée mesurer son taux de croissance économique.
Le PIB par habitant mesure le niveau de vie et, de façon approximative, celui du pouvoir d'achat car n’est pas prise en compte de façon dynamique l’incidence de l’évolution du niveau général des prix. (...)

La composition de cet indice est dans certains cas sujette à caution ou à suspicion, en particulier pour les gouvernements qui ambitionnent une augmentation du PIB tout en influençant la production de cet indicateur[1].
La notion de PIB fait l'objet de contestations :
le PIB comme indicateur de richesse ne considère qu'une partie de la valeur créée par l'activité économique[2] et de plus qu'une valeur déterminée de façon comptable.
Sont ainsi comptabilisées des activités dites « négatives » (par exemple des dépenses liées aux accidents domestiques, industriels ou routiers).
Sont également comptabilisées des valeurs dont le statut « productif » mérite question (jusqu'à quel point, par exemple, la publicité ou le marketing sont-ils des activités réellement « productives » ?)
Par contre, ne sont pas comptabilisées les activités positives à la fois non marchandes et non administratives, comme l'art ou les activités altruistes (par exemple le logiciel libre) ou les activités bénévoles ou encore la production domestique assurée au quotidien au sein de la famille.
Les défenseurs de l'environnement et du développement durable critiquent le produit intérieur brut comme mesure de la « production de richesse » : Bien que la production économique consomme en partie le capital naturel, le PIB ne tient pas compte des effets de cette consommation[3].
Le Comité d'experts des Nations unies sur la comptabilité environnementale-économique (UNCEEA) travaille à définir un indicateur qui tienne compte des effets sur l'environnement, le « PIB vert » et à faire du Système de comptabilité environnementale économique (SEEA) un standard international pour l'année 2010 et à promouvoir sa mise en œuvre dans les pays.
"
Pour accéder au texte complet de l'article : Wikipédia

Voir aussi : Le PIB, un indicateur piège

Une site recommandé à tous ceux qui veulent y voir plus clair dans la comptabilité nationale :
http://www.comptanat.fr/index.htm Son auteur est Francis Malherbe.

A la question de pibauer " Le PIB de la finance n'est-ce pas précisément de la fumée ? ", il semble bien que l'on puisse répondre par l'affirmative, car les jeux boursiers évoqués dans ce sujet n'ont que peu d'influence directe sur le volume du PIB.
Le Produit Intérieur Brut mesure un flux économique : ces fameuses " valeurs ajoutées " qui, pour faire bref, se traduisent par des revenus.
Les capitalisations boursières (valeurs des sociétés cotées en bourse et, plus généralement des actifs financiers de toutes sortes échangés sur les marchés financiers, officiels ou "souterrains", transparents ou "opaques") mesurent un stock financier à un instant t. L'évolution de ces valeurs affecte donc plus les fortunes que les revenus.
Les activités financières ont cependant un effet sur les revenus des banques et autres intermédiaires qui facturent leurs services pour opérer sur les marchés. C'est leur " valeur ajoutée " à elles, mais elle n'est que très indirectement affectée par les capitalisations boursières.
Les activités spéculatives ont par ailleurs un effet indirect sur nos revenus puisque, lorsqu'elles génèrent des catastrophes, les crises économiques et sociales qui en résultent affectent la population : certains se retrouvent au chômage, d'autres s'enrichissent, les revenus de l'Etat baissent (moindre activité économique), ses dépenses augmentent (aides sociales et,
parfois, mesures pour relancer l'activité).
Sur cette question, voir aussi les développements consacrés aux services financiers sur le site de Francis Malherbe (Comptabilité nationale) évoqué ci-dessus.

J'en viens maintenance à la question des ventes à découvert (on pourrait parler d'"opérations" à découvert, car il y a aussi des achats à découvert).
Certaines opérations à découvert ont une fonction économique. Par exemple pour protéger une entreprise contre un risque de variation du prix d'une matière première dont elle va devoir s'approvisionner plusieurs mois après avoir fixé ses propres prix de vente. Ou, dans le même esprit, pour se protéger contre un risque de variation d'un taux de change.
Mais aujourd'hui, la majorité des opérations à découvert n'ont aucune contrepartie fonctionnelle dans l'économie dite "réelle".
Non seulement ces opérations purement spéculatives ne servent pas à protéger contre des risques mais elles créent des risques majeurs, comme on l'a vu avec certaines "bulles" explosives de ces dernières années. Elles pourraient et devraient être purement et simplement interdites.
Sur ce sujet : Démystifier et réguler la finance
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Re: Cherche détracteurs pour idées à l'emporte-pièce.

Messagepar agénor » Dim 06 Oct 2013 19:41

Puisque on aborde le sens douteux du PIB, je ne résiste pas au plaisir de renvoyer le lecteur aux aventures d'un indicateur encore plus cocasse, le fameux déficit limité à 3% du PIB. Je ne me lasse pas de relire le magnifique témoignage de Guy Abeille.
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Re: Cherche détracteurs pour idées à l'emporte-pièce.

Messagepar scripta manent » Jeu 17 Oct 2013 03:52

Quelques commentaires sur le parallèle opéré par Pibauer entre la bourse, le jeu et la spéculation.
Il me semble que le "vrai joueur", plus que par l'appât du gain, est motivé par l'excitation du jeu, par la poussée d'adrénaline qui accompagne la prise de risque.

Le "joueur professionnel", qui joue pour gagner, avec une méthode supposée le mettre à l'abri du risque (la "martingale" de certains acharnés du casino) ou en recourant à la triche, est par contre un acteur à sang froid. Le spéculateur financier appartiendrait généralement à cette catégorie.
Il peut arriver qu'il parie raisonnablement sur une situation économique qu'il a analysée (sur une entreprise dont il apprécie le potentiel de développement par exemple), avec les moyens d'information accessibles à tous. Mais il se peut aussi qu'il exploite une situation qui lui donne un avantage de nature à fausser le jeu : une information encore "confidentielle" - on peut être alors en présence d'un délit d'initié - et/ou une capacité à intervenir avec une telle force de frappe sur le marché que celui-ci évolue à sa guise. Ces possibilités, souvent combinées, ne sont généralement offertes qu'aux grands opérateurs. Elles sont par contre interdites à l'immense majorité des particuliers qui ont ainsi toutes chances d'être les dindons de la farce.

Les quarante dernières années ont abondamment illustré ces dysfonctionnements, avant de déboucher sur le feu d’artifice de la crise en cours.
La spéculation sur les matières premières, et notamment les denrées alimentaires, n’échappe pas à cette « logique ». Elle a connu dans les années 70 et 80 quelques épisodes paroxystiques sur le sucre, le café et le cacao. Les prix ont alors pu atteindre des sommets totalement incompatibles avec les caractéristiques économiques de ces marchés et donc impossibles à maintenir dans la durée. Cela n’a pas empêché de nombreux particuliers, encouragés par des aigrefins, de se ruer sur cet « Eldorado », jusqu’à ce que les professionnels qui tiraient les ficelles sifflent la fin de partie et raflent la mise en spéculant à la baisse après avoir organisé une hausse vertigineuse. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, on recommande le film « Le Sucre », bien documenté, qui a superbement illustré cet épisode

Plus récemment, on a connu les bulles spéculatives sur les valeurs technologiques et sur l’immobilier. Des procédures sont en cours à l’encontre des ténors de la finance (parmi lesquels Goldman Sachs) qui ont joué sciemment contre l’intérêt de leurs clients. Elles se terminent généralement par des transactions : une indemnité est payée en contrepartie de l’abandon des poursuites. Le montant de ces indemnités représente le plus souvent une fraction des gains réalisés par ces actions délictueuses et rares sont les cas où des poursuites pénales sont engagées.

Le développement de la « shadow finance » (« bourses » non officielles) facilite l’extension de ces activités et la prolifération de « produits » devenus d’une telle complexité que la plupart des opérateurs n’en retiennent qu’une chose : on a une chance de gagner de beaucoup d’argent avec ces cocktails …jusqu’à ce que la bulle éclate.
Les marchés sont devenus opaques
Les banques de l'ombre

La spéculation va ainsi son chemin, avec un curseur qui va de l’approche raisonnée (calcul économique logique) jusqu’aux comportements immoraux ou délictueux, en passant par les folies collectives de type « moutons de Panurge ». L’introduction en bourse de Facebook est une illustration de cette dernière catégorie.

Pour l’immoralité, on pourra s’intéresser en particulier aux denrées alimentaires. Les évolutions des prix des matières premières et produits alimentaires ont toujours été amplifiées, à la hausse comme à la baisse, par les comportements d’anticipation des opérateurs économiques : la rareté provoque des achats de précaution, confrontés à une rétention spéculative. L’ampleur prise par la spéculation purement financière, celle des banques et des fonds de pension, est par contre une nouveauté. Totalement parasite, elle représenterait désormais plus de la moitié des opérations sur les matières premières. Les grandes banques françaises n’ont pas manqué d’accompagner ce mouvement, parmi lesquelles BNP Paribas, la Société générale et … le Crédit agricole (rappelons que le secteur bancaire coopératif est supposé appartenir à l'économie "sociale et solidaire"), dont la filiale Amundi a pu revendiquer par exemple un gain de 84 % entre juin 2010 et début février 2011 sur le « tracker » Amundi ETF Commodities GSCI Agriculture.

Pour ce qui est actions, on peut désormais se poser la question de l’utilité économique de la Bourse. Supposée faciliter le financement des entreprises par le placement d’actions (introductions en Bourse, augmentations de capital …), elle fonctionne aussi désormais comme une pompe à finances à gros débit : distribution de dividendes, rachat d’actions par les entreprises pour soutenir les cours ou pour se protéger de « prédateurs » cherchant à prendre le contrôle de façon inamicale. Certains auteurs soutiennent que le bilan est devenu négatif : la pompe de vidage débite plus que le tuyau d’alimentation.
scripta manent
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