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François Hollande, seul contre tous en Europe ?

Que peut-on et que faut-il attendre des échéances électorales des pays européens et de l'Union européenne ?

François Hollande, seul contre tous en Europe ?

Messagepar scripta manent » Jeu 08 Mar 2012 12:54

Dans un article publié le 1er mars sur Le Point.fr, Philippe Tesson soutient que François Hollande est « seul contre tous en Europe » car « il propose des mesures contraires à la stratégie de ses partenaires ».
Voila qui est bien vite dit.
Plaçons-nous tout d’abord dans l’hypothèse où Philippe Tesson aurait raison : François Hollande serait isolé. La belle affaire ! En quoi le fait d’être isolé emporte-t-il que l’on a nécessairement tort ? L’histoire abonde en situations où il fallait être isolé pour avoir raison. Né en 1928, Philippe Tesson a eu le loisir d’en vivre quelques belles illustrations. Il a été, de 1960 à 1974, rédacteur en chef du journal Combat, dont les fondateurs avaient fait la démonstration, pendant la guerre de 39-45, que la résistance de quelques-uns pouvait avoir raison de la soumission de la majorité aux puissances du moment.
Quoiqu’il en soit, il se dit en effet que les gouvernants de la droite au pouvoir en Allemagne, en Italie et en Espagne refuseraient de recevoir le candidat socialiste français.
Pour l’Angleterre, c’est déjà fait et il semble bien que cela ait réjoui Philippe Tesson, à en juger par le ton badin avec lequel il évoque cet épisode : " Ainsi donc, François Hollande a pris l'air de Londres, brève étape d'une tournée européenne qui sera modeste. Mais l'attend-on avec tant d'impatience et curiosité dans les différentes capitales du continent ? (…) il aurait pu remonter dans le train en faisant l'économie d'une journée sans intérêt. »
Pour les autres pays cela se discute encore mais la rumeur est suffisamment établie pour que Der Spiegel, dans son édition du 4 mars, évoque un accord de boycott du candidat français, au point que de nombreuses voix commencent à s’élever contre ces graves manquements à une tradition d’ouverture et de courtoisie qui a longtemps prévalu au sein de la communauté des dirigeants européens, en exercice ou en situation de candidature crédible. Les protestations viennent de France mais aussi des pays européens dont les dirigeants se seraient associés à cette manœuvre. Dans un entretien à l’édition du 5 mars de Die Welt, Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères allemand, fait part de son inquiétude face à cette situation et notamment au soutien à Nicolas Sarkozy affiché par Angela Merkel.
Pour Philippe Tesson, cependant, « la cause est déjà entendue : l'opposition des dirigeants européens à François Hollande est inscrite dans les faits. Angela Merkel, forte de son leadership, aussi bien que Herman Van Rompuy, fort de sa fonction de président du Conseil européen, ne sont pas disposés à transiger (…). N'est-ce pas une réponse a anteriori à l'espoir de François Hollande de trouver l'oreille de ses partenaires ? ».
Ce paragraphe est profondément révélateur. Il revient à considérer qu’un candidat à l’élection dans l’un quelconque des pays de l’Union européenne n’a pas d’autre choix que d’aligner son programme sur les prescriptions des gouvernements en place dans les pays qui assureraient (à quel titre ?) le « leadership » du moment. Le panurgisme érigé en ligne de conduite politique ? Pour en arriver là, monsieur Tesson, il faudrait réduire au silence un élément du dispositif démocratique de nature à perturber ces petits arrangements : le corps électoral ! C’est de lui qu’il faut « trouver l’oreille » et non de dirigeants dont le pouvoir - transitoire - sera aussi remis en jeu. Rien ne permet donc d’affirmer que, dans les années qui viennent et dans l’hypothèse où il viendrait au pouvoir « Au coeur de l'Europe, François Hollande serait un homme seul parmi ses pairs ».
Mais il y a mieux, car l’auteur ajoute : « Mario Draghi, président de la BCE, récusait récemment toute alternative à la mise en oeuvre de sévères plans d'austérité. Il est exclu, disait-il, que les pays européens fassent marche arrière sur leurs objectifs de réduction de dette. Les marchés réagiraient immédiatement. La réduction des déficits publics s'impose plus que jamais, assortie de profondes réformes structurelles, concernant notamment les systèmes sociaux. ».
Ainsi donc, François Hollande devrait non seulement faire allégeance aux gouvernants en place (en tout cas ceux qui ont le bon goût de prôner la politique économique et sociale ayant l’aval de l’auteur) mais aussi à la BCE, actuellement dirigée par un éminent représentant des anciens de Goldman-Sachs. Voila qui nous éloigne encore un peu plus du jeu démocratique !
Au passage, on comprend aussi que François Hollande ferait bien de ne pas froisser les « marchés ». Faisons un pari : ce sont les « marchés » qui réclameront bientôt que l’Europe renonce aux excès de ses plans d’austérité par crainte d’un effondrement économique et d’un désastre social qui finirait par nuire au « business ».
Dans un autre article, paru le 28 février sur le même support, Philippe Tesson s’en était déjà pris à François Hollande, cette fois-ci au motif que sa proposition de taxer à hauteur de 75 % la tranche de revenus au-delà d’un million d’euros était « improvisée » dans la forme et « irréaliste » sur le fond. Puisque l’auteur semble vouloir rejoindre la petite cohorte d’experts économiques autoproclamés qui nous entretiennent doctement de leurs convictions à longueur d’antenne, sans doute sait-il aussi que le taux d’imposition marginal aux USA, après avoir été porté à 80 % sous la présidence Roosevelt, y a dépassé les 90 % dans les années 1950 avant de décroître jusqu’à 70 % dans les années 1970 ? C’est ensuite la présidence Reagan qui a engagé un nouveau processus de baisse, jusqu’au palier de 35 % adopté sous la présidence de George W. Bush. Les USA ont donc prospéré dans un contexte fiscal « irréaliste » pendant un demi-siècle, avant que la dérégulation et la libéralisation à outrance prennent l’ascendant sur les esprits, avec les résultats flatteurs que l’on sait.
Cet article du 28 février donne l’éclairage qui convient sur les opinions émises par Philippe Tesson : « 57 % des Français s'apprêtent à voter Hollande au second tour de l'élection présidentielle. S'ils vont jusqu'au terme de leur intention, le pays aura donc à sa tête un homme instable, inconséquent, léger, distrait, maladroit et peu respectueux de ses conseillers ». On comprend donc que l’auteur a fait, lui, le choix d’un candidat stable, conséquent, profond, concentré, adroit et respectueux du choix de ses conseillers.
De qui peut-il bien s’agir ? Le suspense est bref : « (Mon) analyse est sommaire ? Pas plus sommaire ni médiocre que celle qui consiste à inférer de la soirée du Fouquet's que Sarkozy est un salaud. (…). On sait que ce ne sont pas les quelques millions d'euros que cette surtaxation rapportera qui régleront le problème des finances françaises et qui créeront de la richesse et du travail. On ne gouverne pas à force de symboles. »
Puisque monsieur Tesson manifeste un léger doute et nous invite à évaluer son analyse, répondons-lui : oui, elle est sommaire. Aussi sommaire que l’affirmation péremptoire par laquelle il conclut son billet : « On ne gouverne pas à force de symboles ». Si, de tous temps on a aussi gouverné avec des symboles et ce n’est pas près de changer. Reste à choisir les bons et à s’y tenir.

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scripta manent
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Re: François Hollande, seul contre tous en Europe ?

Messagepar scripta manent » Dim 18 Mar 2012 12:20

Hier, au Cirque d'hiver, François Hollande a confirmé son discours social mais prudent sur la construction européenne.
Difficile exercice que de " ne pas faire peur " avec des positions trop tranchées sur un sujet controversé dans l'électorat français tout en affirmant sa volonté de relancer un véritable projet politique (le mot a cependant été évité) européen.

Extraits de l'article du Monde.fr de ce jour qui rend compte de ce "discours sur l'Europe" :

" Evitant les mots qui fâchent, comme "protectionnisme" ou "fédéralisme", leur préférant au contraire des formules plus générales du type "l'Europe doit rester ouverte, mais elle ne peut pas être offerte", François Hollande n'a pas manqué de fustiger le "lourd bilan" des conservateurs européens qui "dirigent l'Europe depuis de trop longues années". (...).
Tout autant que dans ce discours d'une quarantaine de minutes, c'est dans l'image que résidait, au fond, l'essentiel du message que voulait faire passer François Hollande ce samedi. Avant sa prise de parole, plusieurs personnalités de la social-démocratie s'étaient en effet succédées sur la piste du Cirque d'hiver pour se féliciter de leurs convergences de vue et lui témoigner de leur soutien. Alors que la majorité tente de le décrédibiliser en soulignant son isolement sur la scène européenne, l'occasion lui était fournie de démontrer qu'il y compte des alliés. "Nous, sociaux-démocrates allemands, partageons les orientations politiques de François Hollande", a ainsi déclaré Sigmar Gabriel, le chef du SPD. "Je félicite François Hollande pour sa campagne ambitieuse et réaliste", a poursuivi le Bulgare Sergueï Stanichev, président du Parti socialiste européen. "François, que ta course aux élections soit un succès extraordinaire", a renchéri Pier Luigi Bersani, le président du Parti démocrate italien. L'Allemand Martin Schulz, tout en s'imposant une certaine réserve diplomatique liée à ses fonctions de président du Parlement européen, a lui aussi souhaité le "succès" de son "ami". (...).
Aucun de ces hommes n'est aujourd'hui à la tête d'un gouvernement. On peut y voir, pour François Hollande, un handicap. On peut aussi y voir une opportunité. (...) Car sans doute ne lui est-il pas désagréable d'imaginer qu'il sera peut-être, le 6 mai, le premier de ces "progressistes" européens venus le soutenir à franchir les portes du pouvoir. "


Pour accéder au texte complet de l'article :
http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/03/17/hollande-se-rejouit-de-ne-pas-etre-seul-pour-renegocier-le-traite-de-stabilite_1671530_1471069.html#xtor=EPR-32280229
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