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Sortir de l'Euro en restant dans l'Union européenne ?

Sont publiés ici les manifestes, sondages, appels à signature sur le thème de l'Europe

Sortir de l'Euro en restant dans l'Union européenne ?

Messagepar voxpop » Ven 04 Mai 2012 11:58

Des économistes français et allemands viennent d'interpeller conjointement leurs gouvernements en proposant " une solution alternative réaliste afin de sortir des problèmes actuels de l'euro sans mettre fin à la coopération monétaire européenne ".
On trouvera ci-après le texte intégral de leur communiqué de presse et de leur proposition.
Le schéma qui est proposé ici s'inscrit, semble-t-il, dans une démarche confédérale plutôt que dans une démarche fédérale.
On peut se dire bien sûr qu'une confédération qui fonctionne est préférable à une fédération illusoire, mais on peut craindre aussi que l'éclatement du seul symbole fort de l'union européenne à ce jour, l'euro, soit un premier pas vers la désintégration de l'union.
En fin de compte, la question est plus politique qu'économique : souhaite-t-on que la solidarité européenne finisse par être de même nature que celle qui unit aujourd'hui les différentes régions d'une nation, ou souhaite-t-on la borner aux intérêts propres à chaque Etat. Dans le premier cas, le prix à payer est une probable redéfinition des frontières de l'Union, accompagnée d'une solidarité pleine et entière, avec en contrepartie le bénéfice de l'appartenance à une véritable puissance sur la scène mondiale. Dans le second cas, le prix à payer est un retour au moins partiel vers la case départ de la construction européenne, avec en contrepartie une plus grande souveraineté nationale.


Communiqué de Presse
Cet appel a été rendu public lors d’une lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le Vendredi 27 Avril à l’Hôtel Bedford (Paris 8 ème)

" Cet appel conjoint est la suite directe d’un sommet d’économistes et d’industriels français et allemands, qui s’est tenu récemment à l’Industrie Club de Düsseldorf, en vue d’étudier quelles coopérations monétaires pourraient être mises en place en Europe pour dépasser les problèmes actuels de l’euro.
Cette réunion, à l’invitation de la partie allemande, fait suite au forum franco-allemand qui s’était tenu le 7 Octobre dernier à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon à l’initiative des Français.
A la suite de la réunion de Düsseldorf , un accord précis et détaillé a été trouvé entre Français et Allemands. Il a pris la forme d’un appel conjoint des participants à leurs gouvernements respectifs en deux versions identiques en Français et en Allemand qui se trouvent ci-joint.
Ont participé à ce sommet et sont signataires du document, du côté français, le Professeur Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, industriel et ancien membre du Conseil de politique monétaire de la Banque de France, Jean-Luc Gréau, ancien économiste du Medef, Roland Hureaux, le Professeur Gérard Lafay, Philippe Murer Professeur à Paris I et consultant, et Michel Robatel, industriel de Lyon.
Ont participé à ce sommet et sont signataires du document, du côté allemand, outre Wilhelm Nölling, ancien député SPD , membre du conseil de la Banque fédérale et professeur à l’Université de Hambourg, Dieter Spethman, ancien président directeur général de Thyssen, les professeurs Karl Albrecht Schachtschneider, Joachim Starbatty, W.Schäffer et le Dr F. Edler.
Contacts -France :
Roland Hureaux : 06 88 95 25 39
Philippe Murer : 0689957207 "


Appel aux gouvernements d’un groupe d’experts économiques français et allemands réunis à Düsseldorf
27 avril 2012

" Treize ans après le lancement de l’euro, il est patent que non seulement cette expérience n’a tenu aucune de ses promesses, mais même que sa poursuite risque de déboucher sur le chaos.
Au lieu de la prospérité, un ralentissement de la croissance dans tous les pays de la zone, avec un important volant de chômage.
Au lieu de la rigueur, dix années d’augmentation irresponsable des dépenses publiques et des dettes souveraines, qu’une génération de sacrifices ne suffirait pas à apurer.
Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour. Les pays d’Europe du Sud, Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie, et même France voient leur compétitivité se dégrader depuis dix ans de manière continue. Asséchant le pouvoir d’achat des uns, cette situation fait obstacle à la croissance des autres et donc au développement du marché unique.
Au lieu d’un rapprochement des peuples, une animosité croissante entre créanciers et débiteurs.
Au lieu d’un progrès de la démocratie, des décisions venues de haut imposées à des peuples qui les refusent.
Les plans successifs destinés à « sauver l 'euro » sont vains car ils ne s’attaquent, d’ailleurs avec peu d’effet, qu’aux seuls déficits publics et non à ce qui est racine du mal : la propension différente des pays à l’inflation. La seule solution serait la déflation des prix dans les pays déficitaires : or une telle opération n’a jamais réussi nulle part (ex : l’Allemagne de 1930, la France de 1934).
Poursuivant un objectif qu’elle n’atteindra de toutes façons pas, l’Europe est entraînée dans une spirale de récession qui, s’agissant du premier marché mondial, inquiète la planète toute entière.
À cette récession s’ajoute le risque d’inflation, d’autant qu’en violation de ses statuts, la Banque Centrale Européenne ne voit d’autre issue, pour prolonger l’euro, qu’un recours massif à la création monétaire au bénéfice des banques, trop heureuses de l’aubaine.
Il est tout aussi illusoire d’espérer organiser une « Europe des transferts », qui exigerait le transfert durable de centaines de milliards d’euros vers les pays en difficulté, revenant à une collectivisation des déficits publics. Solution refusée par les peuples que l’on voudrait mettre à contribution tout en n’offrant aucun espoir de redressement aux plus mal en point.
Cet acharnement thérapeutique, qui ne vise que le court terme, ne pourra éviter l’accélération des secousses qui touchent non seulement la sphère financière mais aussi l’économie réelle.
S’il n’y est pas rapidement mis fin, l’expérience de la monnaie unique se terminera de la manière la plus dramatique : détérioration de la situation économique, explosion du chômage, désordres sociaux, montée des extrémismes, résurgence d’anciens conflits, destruction de l’État de droit : les pays de l’Europe deviendraient ingouvernables.
L’Union européenne ne saurait demeurer la marionnette des oligarchies financières qui visent la destruction de la base même de nos existences. N’est-il pas honteux de les voir soumettre les pouvoir politique et économique au gré de leurs intérêts ?
Il est clair que seules des dévaluations et réévaluations réelles, adaptées à la situation de chaque pays, pourront mettre fin aux déséquilibres entre eux et, par-là, rétablir la croissance. L’histoire nous offre de nombreux exemples de ruptures d’unions monétaires : il en ressort que non seulement il est possible de les gérer de manière ordonnée sur les plans politique et économique, mais aussi qu’elles se sont révélées bénéfiques, et cela au bout de quelques mois seulement.
C’est pourquoi les économistes allemands et français signataires, réunis à Lyon en octobre 2011 et à Düsseldorf en avril 2012, appellent leurs gouvernements respectifs à convenir et à proposer aux autres États membres de l’Union européenne, de mettre fin à l’expérience de la monnaie unique et, à cet effet, de prendre sans délai les mesures suivantes :
- remplacer l’euro par de nouvelles monnaies nationales disposant de l’ensemble de leurs prérogatives dans chacun des États, sachant que certains pays pourront passer des accords bilatéraux ou multilatéraux pour mettre en commun leur monnaie ;
- créer un nouveau système monétaire européen, comportant une unité de compte européenne, égale à la moyenne pondérée des unités monétaires nationales ;
- afficher d’emblée les parités souhaitables des monnaies nationales vis-à-vis de cette unité de compte européenne, calculées de façon à limiter la spéculation, restaurer la compétitivité de tous les États, assurer des échanges équilibrés entre eux et résorber du chômage ;
- veiller, en s’appuyant sur un Institut monétaire européen, à ce que les taux de change réels des monnaies nationales soient ensuite stabilisés, à l’intérieur d’une marge de fluctuation à déterminer ;
- convertir dans chaque pays l’ensemble des prix et salaires intérieurs ainsi que les avoirs bancaires sur la base de un euro pour chaque unité de monnaie nationale ;
- convertir, selon la même règle, les dettes publiques de tous les pays de l’euro en leur nouvelle monnaie nationale ;
- convertir les créances et dettes privées internationales dans l’unité de compte européenne.
Le règlement des dettes publiques et privées pourra faire l’objet de négociations bilatérales, entre créanciers et débiteurs, à partir des deux règles de base énoncées dans les deux précédents alinéas.
Dans ce contexte, une même priorité doit être donnée aux politiques nationales, celle de développer et d’adapter toutes les forces productives, afin d’accroître la productivité de l’ensemble de l’Europe.
La coopération des institutions responsables doit permettre de réussir une transition en bon ordre.
Cette transition doit être la plus courte possible : elle ne pose pas de problèmes techniques majeurs. Les nouvelles règles doivent être affichées clairement. Il sera demandé aux États de veiller, en s’appuyant sur leurs Banques centrales nationales, désormais autonomes, à ce que la transition décidée n’entraîne aucune déstabilisation du système financier européen et lui donne même les moyens de contribuer activement au retour de la croissance.
En lançant cet appel, les économistes allemands et français signataires souhaitent ardemment contribuer, par leur expertise et leur engagement, à la relance de la construction européenne sur des bases rénovées et réalistes, en même temps qu’au redressement économique de l’Europe. "

Bruno Bandulet, Rolf Hasse, Wilhelm Nölling, Karl Albrecht Schachtschneider, Wolf Schäfer, Dieter Spethmann, Joachim Starbatty,
Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Roland Hureaux, Gérard Lafay, Philippe Murer, Michel Robatel, Jean-Jacques Rosa.
voxpop
 
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Enregistré le: Ven 24 Fév 2012 11:41

Re: Sortir de l'Euro en restant dans l'Union européenne ?

Messagepar pierre » Ven 04 Mai 2012 18:13

Cet appel aux gouvernements, même si ce n'était pas son objectif, jette le bébé (l'Europe) avec l'eau du bain (l'euro).

«  Treize ans après le lancement de l’euro, il est patent que non seulement cette expérience n’a tenu aucune de ses promesses, mais même que sa poursuite risque de déboucher sur le chaos. »

Cette eau du bain est bien chargée : « ralentissement de la croissance ... chômage ... augmentation irresponsable des dépenses publiques » etc … etc ...
Nous sommes en plein amalgame : faut-il exonérer ceux qui n'ont pas fait ce qu'il fallait pour éviter le ralentissement de l'économie ? Faut-il imputer à l'euro « des décisions venues de haut à des peuples qui les refusent » ?
Le reste est à l'avenant et l'euro a bon dos. Croit-on vraiment qu'il est la cause de tout ces maux qui rentreront bien vite dans leur boîte s'il disparaît ?
Qu'est-ce que cet euro-croupion qu'on nous propose ? Un simple appendice pour que les dettes contractées en euros ne plombent pas la sortie de l'euro ? Merci de préciser son rôle.
pierre
 
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Re: Sortir de l'Euro en restant dans l'Union européenne ?

Messagepar agénor » Ven 04 Mai 2012 23:58

D'abord, je déteste quand un petit cénacle écrit dans un de ses textes : "La seule solution serait...". La force d'une conviction n'a jamais été une garantie d'avoir raison. Et ce qu'on voit le plus en période de crise, ce sont des économistes qui pensent savoir ce qu'il faut faire et qui se trompent.

Ensuite, je note que le texte accuse l'euro d'être à la source de tous les maux, alors qu'à mon sens le problème de vient pas de l'instrument mais du contexte politique qui est autour.
"Au lieu de la prospérité, un ralentissement de la croissance dans tous les pays de la zone, avec un important volant de chômage.
Au lieu de la rigueur, dix années d’augmentation irresponsable des dépenses publiques et des dettes souveraines, qu’une génération de sacrifices ne suffirait pas à apurer.
Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour. Les pays d’Europe du Sud, Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie, et même France voient leur compétitivité se dégrader depuis dix ans de manière continue. Asséchant le pouvoir d’achat des uns, cette situation fait obstacle à la croissance des autres et donc au développement du marché unique.
Au lieu d’un rapprochement des peuples, une animosité croissante entre créanciers et débiteurs."

Aucune de ces constatations n'est fausse, mais aucune ne me paraît avoir pour origine l'introduction de l'euro. L'absence d'un mécanisme fédéral et démocratique fort, oui.

Les auteurs font-ils partie d'une école qui pense que disposer d'une monnaie nationale donne une baguette magique pour restaurer l'état de son économie ? Cela me semble une grossière illusion. Je ne suis pas historien économique mais il me semble qu'on pourrait trouver nombre d'exemples contredisant cela, y compris des prestigieux comme le Japon.
Si j'ai bien compris, ce qu'ils proposent semble être une sorte de SME bis (à moins qu'ils ne prônent tout simplement le retour pur et simple aux monnaies nationales non arrimées). C'est à mon avis une grossière illusion (mais je ne suis pas économiste, je ne prétends pas savoir ce qu'il faut faire, je donne juste mon avis...). Que chacun des pays de la zone retrouve sa monnaie, et c'en est fini de l'Europe. Les monnaies nationales seront violemment attaquées par les spéculateurs qui en auront de nouveau le pouvoir, du fait de la diminution significative des volumes en circulation correspondants. Les entreprises dont le marché est principalement l'Europe (et il y en a beaucoup (*)) seront pénalisées par des frais de change et une incertitude constantes les obligeant à se couvrir avec des contrats à termes (raison pour laquelle les grands industriels britanniques étaient (je doute qu'ils le soient encore tant l'euro fait aujourd'hui peur...) en majorité favorables à une entrée de la GB dans l'union monétaire).

Enfin, le différentiel des dynamiques économiques entre pays est une réalité, mais cela justifie-t-il de supprimer l'une des clés de voute du grand marché ? Croit-on que les Etats-Unis sont homogènes économiquement et socialement ? Il ne viendrait pourtant à l'esprit de personne de vouloir proposer aux états de la fédération d'adopter chacun une monnaie distincte.

(*) En 1998, 63% du commerce extérieur des pays de l'Union étaient intra-européens, et avait selon la commission contribué à accroitre de 20 à 30% le volume des échanges de produits manufacturés à l'intérieur même de l'Europe. Ces chiffres sont anciens et je suis preneur de chiffres beaucoup plus récents. Je doute que la tendance se soit radicalement inversée (source http://www.senat.fr/rap/r97-462/r97-4629.html)
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