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" Manifestes pour une union politique de la zone euro "

Sont publiés ici les manifestes, sondages, appels à signature sur le thème de l'Europe

" Manifestes pour une union politique de la zone euro "

Messagepar voxpop » Dim 02 Mar 2014 19:04

Sous l'impulsion notamment de Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole d'économie de Paris ; Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques ; Thierry Pech, directeur général de Terra Nova ; Thomas Piketty, directeur d’études à l'EHESS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris ; Jean Quatremer, journaliste ; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, directeur d’études à l’EHESS ; Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et prévision, OFCE, Sciences Po ; Laurence Tubiana, professeur à Sciences Po, présidente de l’Iddri ...
Un manifeste pour une union politique de la zone euro est proposé à la signature de tous ceux qui souhaitent la relance d'une Europe démocratique et sociale.

Nous en reproduisons ci-après le texte :
" L’Union européenne traverse une crise existentielle, comme vont bientôt nous le rappeler brutalement les élections européennes. Cela concerne au premier chef les pays de la zone euro, enferrés dans un climat de défiance et une crise de la dette qui est très loin d’être terminée, alors que le chômage persiste et que la déflation guette. Rien ne serait plus faux que de s’imaginer que le plus dur est derrière nous.
C’est pourquoi nous accueillons avec le plus grand intérêt les propositions formulées à la fin de l’année 2013 par nos amis allemands du groupe de Glienicke en vue d’un renforcement de l’union politique et budgétaire des pays de la zone euro. Seuls, nos deux pays ne pèseront bientôt plus grand chose dans l’économie monde d'aujourd'hui. Si nous ne nous unissons pas à temps afin de porter notre modèle de société dans la mondialisation, alors la tentation du repli national finira par l’emporter, et engendrera des frustrations et des tensions à côté desquelles les difficultés de l’union sembleront joyeuses. Par certains côtés, la réflexion européenne est beaucoup plus avancée en Allemagne qu’en France. Economistes, politistes, journalistes, et avant tout citoyen(ne)s français(es) et européen(ne)s, nous n’acceptons pas la résignation qui tétanise actuellement notre pays. Par cette tribune, nous voulons contribuer au débat sur l’avenir démocratique de l’Europe et pousser plus loin encore les propositions du groupe de Glienicke.
Zone euro : un entre-deux intenable
Il est temps de le reconnaître : les institutions européennes actuelles sont dysfonctionnelles, et doivent être repensées. L'enjeu central est simple: il faut permettre à la démocratie et la puissance publique de reprendre la main, afin de réguler efficacement le capitalisme financier mondialisé du 21e siècle, et de mener les politiques de progrès social qui manquent cruellement à l’Europe actuelle. Une monnaie unique avec 18 dettes publiques différentes sur lesquels les marchés peuvent librement spéculer, et 18 systèmes fiscaux et sociaux en concurrence débridée les uns avec les autres, cela ne marche pas, et cela ne marchera jamais. Les pays de la zone euro ont fait le choix de partager leur souveraineté monétaire, et donc de renoncer à l’arme de la dévaluation unilatérale, sans pour autant se doter de nouveaux instruments économiques, sociaux, fiscaux et budgétaires communs. Cet entre-deux est la pire des situations.
Il ne s’agit pas de mettre en commun la totalité de nos impôts et de nos dépenses publiques. Trop souvent, l’Europe actuelle se montre stupidement intrusive sur des sujets secondaires (comme le taux de TVA sur les coiffeurs et les clubs hippiques), et pathétiquement impuissante sur les sujets importants (comme les paradis fiscaux ou la régulation financière). Il faut renverser l’ordre des priorités : moins d’Europe sur les sujets sur lesquels les pays membres se débrouillent très bien tout seuls ; plus d’Europe quand l’union est indispensable.
Un impôt commun sur les sociétés
Concrètement, notre première proposition est que les pays de la zone euro, à commencer par la France et l’Allemagne, mettent en commun leur impôt sur les bénéfices des sociétés (IS). Seul, chaque pays se fait berner par les multinationales de tous les pays, qui jouent sur les failles et les différences entre législations nationales pour ne payer aucun impôt nulle part. En cette matière, la souveraineté nationale est devenue un mythe. Pour lutter contre l’optimisation fiscale, il faut donc déléguer à une instance souveraine européenne le soin de déterminer une assiette commune aussi large que possible et rigoureusement contrôlée. On peut imaginer que chaque pays continue de fixer son propre taux d’IS sur cette assiette commune, avec un taux minimal de l’ordre de 20%, et qu’un taux additionnel soit prélevé au niveau fédéral, de l’ordre de 10%. Cela permettrait d’alimenter un budget propre de la zone euro, de l’ordre de 0,5% à 1% du PIB.
Comme l’indique à raison le groupe de Glienicke, une telle capacité budgétaire permettrait à la zone euro d’impulser des actions de relance et d’investissement, notamment en matière d’environnement, d’infrastructures et de formation. Mais contrairement à nos amis allemands, il nous semble essentiel que ce budget de la zone euro soit alimenté par un impôt européen, et non par des contributions des Etats. En ces temps de disette budgétaire, la zone euro doit démontrer sa capacité à lever l’impôt de façon plus juste et plus efficace que les Etats, faute de quoi les peuples ne lui donneront pas le droit de dépenser. Au delà, il faudra généraliser très rapidement au sein de la zone euro l’échange automatique d’informations bancaires et engager une politique concertée de rétablissement de la progressivité de l’impôt sur les revenus et les patrimoines. Tout en menant en commun une politique active de lutte contre les paradis fiscaux externes à la zone. L'Europe doit permettre d'apporter de la justice fiscale et du volontarisme politique dans la mondialisation: c'est le sens de notre première proposition.
Un parlement pour la zone euro
Notre seconde proposition, la plus importante, découle de la première. Pour voter l’assiette de l’impôt sur les sociétés, et plus généralement pour débattre et adopter démocratiquement et souverainement les décisions fiscales, financières et politiques que l’on décidera à l’avenir de mettre en commun, il faut instituer une Chambre parlementaire de la zone euro. Nous rejoignons là encore nos amis allemands du groupe de Glienicke, qui hésitent cependant entre deux formules : soit un parlement de la zone euro regroupant les membres du parlement européen des pays concernés (une sous-formation du parlement européen réduite aux pays de la zone euro); soit une Chambre nouvelle, fondée sur la réunion d’une partie des députés des parlements nationaux (par exemple, 30 députés français issus de l’Assemblée nationale, 40 députés allemands issus du Bundestag, 30 députés italiens, etc., en fonction du poids démographique de chaque pays, suivant un principe simple: un citoyen une voix). Cette seconde solution, qui reprend l’idée de « Chambre européenne » formulée par Joschka Fisher en 2011, est selon nous la seule formule permettant d’avancer vers l’union politique. Il est en effet impossible de déposséder complètement les parlements nationaux de leur pouvoir de voter l’impôt. C’est au contraire en s’appuyant sur les souverainetés parlementaires nationales que l’on peut bâtir une souveraineté parlementaire européenne partagée.
Une architecture vraiment démocratique
Dans ce schéma, l’Union européenne comporterait deux chambres : le Parlement européen actuel, élu directement par les citoyens des 28 pays ; et la Chambre européenne, représentant les Etats au travers de leurs parlements nationaux. La Chambre européenne ne concernerait dans un premier temps que les pays de la zone euro souhaitant aller vers davantage d’union politique, fiscale et budgétaire. Mais elle aurait vocation à accueillir tous les pays de l’UE acceptant d’aller dans cette voie. Un ministre des finances de la zone euro, et à terme un véritable gouvernement européen, seraient responsable devant la Chambre européenne.
Cette nouvelle architecture démocratique de l’Europe nous permettrait enfin de sortir de l’inertie actuelle, et du mythe selon lequel le Conseil des chefs d’Etat pourrait tenir lieu de seconde Chambre représentant les Etats. Cette mauvaise fable signe l’impuissance politique de notre continent : il est impossible de représenter un pays par une seule personne, sauf à se résigner au blocage permanent qu’impose l’unanimité. Pour passer enfin à la règle de la majorité sur les décisions fiscales et budgétaires que les pays de la zone euro choisiront de mettre en commun, il faut créer une véritable Chambre européenne, où chaque pays serait représenté par des députés représentant tous les bords politiques, et non par leur seul chef d’Etat.
Mutualiser partiellement les dettes
Notre troisième proposition concerne directement la crise de la dette. Notre conviction est que la seule façon d’en sortir définitivement est de mettre en commun les dettes des pays de la zone euro. Faute de quoi la spéculation sur les taux d’intérêt recommencera encore et toujours. C'est également la seule façon pour que la BCE puisse mener une politique monétaire efficace et réactive, à l’image de la Federal reserve américaine (qui aurait elle aussi bien du mal à faire son travail correctement si elle devait arbitrer chaque matin entre la dette du Texas, du Wyoming et de la Californie). La mutualisation des dettes a de facto déjà commencé avec le Mécanisme Européen de Stabilité, l’Union Bancaire en gestation, ou les OMT de la Banque centrale, qui impliquent d'une façon ou d'une autre les contribuables de la zone euro. La légitimité démocratique de ces mécanismes doit être clarifiée au plus vite.
Il faut maintenant aller plus loin et repartir pour cela de la proposition de « fonds de rédemption des dettes européennes » faite fin 2011 par le conseil des économistes conseillant la chancellerie allemande, visant à mettre en commun toutes les dettes dépassant 60% du PIB dans chaque pays, et lui ajouter un volet politique. On ne peut en effet décider vingt ans à l’avance à quel rythme un tel fonds sera ramené à zéro. Seule une instance démocratique, à savoir la Chambre européenne issue des parlements nationaux, sera à même de fixer chaque année le niveau du déficit commun, en fonction notamment de l’état de la conjoncture.
Les choix qui seront faits par cette instance seront parfois plus conservateurs, et parfois plus libéraux, que ceux que nous souhaiterions personnellement. Mais ils seront pris de façon démocratique, à la règle de la majorité, au grand jour. Certains à droite souhaiteraient que ces décisions budgétaires soient cantonnées à des instances post-démocratiques ou figées dans le marbre constitutionnel. D’autres à gauche voudraient avoir la garantie que l’Europe mènera pour toujours la politique progressiste de leur rêve avant d’accepter tout renforcement de l’union politique. Ces deux écueils doivent être dépassés si l’on veut sortir de la crise actuelle.
Un moyen d’aller plus loin ensuite
Trop souvent, le débat sur les institutions politiques européennes est repoussé comme technique ou secondaire. Mais refuser de débattre de l’organisation de la démocratie, c’est en vérité accepter la toute-puissance des forces du marché et de la concurrence. C’est abandonner tout espoir que la démocratie reprenne le contrôle du capitalisme au 21e siècle. Car ce nouvel espace de décision est crucial pour le destin de la zone euro. Au-delà des questions macroéconomiques ou budgétaires, nos modèles sociaux sont un bien commun qu’il s’agit à la fois de préserver et d’adapter mais également d’utiliser pour nous projeter avec succès dans la mondialisation. De la convergence des systèmes fiscaux à celle qui prend de plus en plus de force d’investissement social, les initiatives du couple Franco-Allemand ou les coopérations renforcées ne suffisent plus. L’Europe à 28 tarde sur ces sujets à traduire le consensus en actes et se contredit lorsqu’il s’agit de mobiliser des moyens. Une Chambre Européenne serait le lieu de décisions, dont les conséquences en termes de déficit public ou de transfert entre Etats seraient assumées parce que les droits et les devoirs associés à la mise en commun seraient explicités. Le champ est large et on peut rêver que des sujets qui peinent aujourd’hui puissent être débattus et tranchés : co-détermination à l’Allemande qui en associant les salariés aux décisions stratégiques de l’entreprise semble avoir été un atout considérable pour conserver un tissu productif cohérent ; accueil de la petite enfance de qualité et accessible à tous ; formation et qualification de tous tout au long de la vie ; harmonisation des législations sociales ; lutte contre le changement climatique par un prix significatif des émissions de CO2…
On peut changer les traités
Beaucoup s'opposeront à nos propositions en arguant du fait qu'il est impossible de modifier les traités, et que le peuple français ne veut pas d'un approfondissement de l'intégration européenne. Ces arguments sont faux et dangereux. Les traités sont modifiés en permanence, et ils l'ont encore été en 2012 : l'affaire fut réglée en guère plus de 6 mois. Malheureusement, il s'agissait d'une mauvaise réforme des traités, qui n'a fait qu'approfondir un fédéralisme technocratique et inefficace. Clamer que l'opinion n'aime pas l'Europe actuelle, et en conclure qu'il ne faut rien changer d'essentiel à son fonctionnement et aux institutions en place, est une incohérence coupable. Lorsque de nouvelles propositions de réformes des traités viendront du gouvernement allemand, dans les mois qui viennent, rien ne dit qu'elles seront plus satisfaisantes que celles de 2012. Plutôt que d'attendre les bras ballants, il est nécessaire qu'un débat constructif s'engage aujourd'hui en France, pour que l'Europe devienne enfin sociale et démocratique. "


Pour accéder au site du manifeste : http://pouruneunionpolitiquedeleuro.eu/
voxpop
 
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Re: " Manifeste pour une union politique de la zone euro "

Messagepar pierre » Dim 02 Mar 2014 19:13

A propos du Groupe de Glienicker, évoqué dans cet article :
Lu sur le site " Notre Europe "
" Le Glienicker Group est formé par 11 économistes, juristes et politologues allemands : Armin von Bogdandy, Christian Calliess, Henrik Enderlein, Marcel Fratzscher, Clemens Fuest, Franz C. Mayer, Daniela Schwarzer, Maximilian Steinbeis, Constanze Stelzenmüller, Jakob von Weizsäcker, Guntram Wolff.
Il s'intéresse notamment aux politiques économiques allemandes et européennes
. "

Pour en savoir plus : http://www.glienickergruppe.de/english.html
Une version française de ce texte est annoncée.
pierre
 
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Re: " Manifeste pour une union politique de la zone euro "

Messagepar pierre » Dim 02 Mar 2014 20:58

Jean Quatremer a commenté cette initiative sur son blog (17 février 2014).
Il évoque par la même occasion une initiative comparable du Groupe Eiffel Europe.

Extraits :
" La crise de la zone euro, du moins celle de la dette publique, est derrière nous, comme le montre le calme qui règne sur les marchés depuis un an et demi. Pour autant, l’économie de la zone euro est loin d’être rétablie et, surtout, la gestion désordonnée de la crise par les Etats a eu un coût démesuré. Elle a engendré une défiance sans précédent à l’égard du projet européen, désormais assimilé à l’austérité et à la technocratie postdémocratique symbolisée par la Troïka (commission, FMI, BCE). Il faut beaucoup d’optimisme pour proclamer, comme le fait Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement, «l’euro est sauvé, l’Europe continue». Car, on voit mal la construction communautaire se poursuivre très longtemps sans l’adhésion des citoyens.
L’Allemagne en a pris conscience depuis longtemps, y compris au niveau politique, comme le montre la volonté de la Chancelière, Angela Merkel, de modifier les traités européens afin d’améliorer le fonctionnement de la zone euro. En France, en revanche, le débat est sous l’étouffoir, car jugé trop explosif. Les politiques estiment que parler d’Europe ne peut que faire le jeu du Front national alors même qu’il est donné en tête des élections européennes de mai prochain…
(...)
Il n’est donc pas anodin que plusieurs initiatives lancées par des intellectuels français voient le jour en même temps pour dénoncer «la résignation qui tétanise actuellement notre pays». Elles réclament un saut intégrateur afin d’introduire non seulement de la solidarité financière entre les Etats, mais surtout de la démocratie. Toutes s’appuient (et rebondissent) sur les propositions du groupe Glienicker - composé d’économistes et de juristes allemands de tous les bords politiques - qui ont été publiées en octobre dernier et qui appellent, elles aussi, à une véritable fédéralisation de la zone euro.
Le dernier en date de ces manifestes est paru lundi dans Le Monde. Lancé par une dizaine d’économistes (dont Thomas Piketty, Daniel Cohen ou Xavier Timbeau), de journalistes (dont Guillaume Duval ou l’auteur de ces lignes), de politologues et de Pierre Rosanvallon, et déjà signé par près de 300 citoyen(ne)s, ce texte appelle à une «union politique de l’euro».
(...)
Le deuxième texte, rendu public le 14 février, a été, lui, rédigé par le «groupe Eiffel Europe» composé d’économistes et de politiques (en sont membres, notamment, Agnès Bénassy-Quéré, Jean-Louis Bianco, Sylvie Goulard, Laurence Boone). Là aussi les auteurs veulent lancer le débat en France en appelant à «bâtir une communauté politique, démocratique, à partir de l’euro» pour donner naissance à une «Europe optimale».
Comme le «manifeste», ils regrettent le déficit démocratique de la zone euro : «même si aucune élection n’a abouti à un rejet de l’euro, les Etats qui ont demandé une assistance comme la Grèce, le Portugal ou l’Irlande, sentent le joug d’une autorité mal identifiée composée des chefs d’État et de gouvernement européens, des ministres des Finances (Eurogroupe), de la BCE et de la Commission européenne, ainsi que du FMI. Les responsabilités sont diluées dans un magma politico-technocratique, privé de légitimité, dont la troïka devient le symbole. Le destin de certains pays a été suspendu au vote du Bundestag et aux décisions de la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe». Bref, il s’agit d’une véritable «créditocratie» qui a abouti à faire de «l’euro une source de divisions», un comble.
Le groupe Eiffel milite, à la différence du manifeste, pour la création d’une assemblée élue au suffrage universel propre à la zone euro, qui désignerait un gouvernement responsable devant lui. Les députés européens pourraient cumuler les deux fonctions. Là aussi, il s’agit d’écarter la Commission et de mettre fin à l’existence de l’Eurogroupe. Cet exécutif disposerait d’un budget alimenté par des ressources propres (impôt sur les sociétés, taxes environnementales, etc.)
"

Pour accéder à l'article de Jean Quatremer : Libération
pierre
 
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Re: " Manifestes pour une union politique de la zone euro "

Messagepar gerald » Dim 27 Avr 2014 09:51

La traduction française du Manifeste du Glienicker Gruppe se faisant attendre sur son site, nous en proposons ci-après un résumé :

Les auteurs s’élèvent d’abord contre l’idée répandue en Allemagne que la crise de l’euro est passée, alors qu’aucun des problèmes fondamentaux (crise bancaire, dette souveraine, compétitivité) n’a été résolu. Dans les pays membres en crise, une génération est privée d’emploi et de perspectives, causant une radicalisation des extrêmes du spectre politique. Même si le principe du non-renflouement d’un état par les autres est fondé pour les auteurs, si sa mise en œuvre cause des dommages incalculables, alors la responsabilisation qu’il est censé promouvoir n’est crédible ni pour les débiteurs ni pour les créanciers. Les auteurs pensent que les problèmes structurels de l’Europe réclament des solutions elles aussi structurelles, supposant une intégration plus poussée de l’union monétaire. Ils identifient 4 champs de réforme :

1) L’exemple grec de transgression par rapport à l’encadrement de l’endettement public de Maastricht a nécessité la mise en place du Pacte fiscal, resserrement fondé selon les auteurs, même s’il n’aurait pas empêché les crises espagnoles et irlandaises causées par un excès d’endettement privé. Mais public ou privé, l’endettement ne devient un problème pour l’union monétaire que si les créanciers privés n’absorbent pas leurs pertes, comme cela a été le cas pour les banques qui savaient que leur importance systémique ne laissait aucun choix aux contribuables européens. A débiteur responsable, créancier responsable. La zone euro a ainsi besoin d’une union bancaire robuste avec un organisme de supervision qui impose au secteur bancaire une base de capitaux solide, à même d’absorber les pertes (en faisant appel dans les bilans selon la hiérarchie des capitaux, d’abord aux actionnaires, puis aux détenteurs d’obligations subordonnées, puis aux créanciers seniors etc. et alors seulement en dernier lieu au contribuable). En principe le Conseil européen a reconnu ce raisonnement, mais les auteurs prédisent l’échec dans sa mise à exécution.

2) La responsabilité des états membres entraîne celle de leurs contribuables, mais la limite est atteinte quand dans les pays en crise les moyens d’existence des populations sont menacés. Ce n’est alors plus uniquement un problème grec, portugais ou espagnol ; il nous affecte tous en tant que citoyens européens. Responsabilité et solidarité sont liées. Pour connaître la stabilité, l’union monétaire doit créer un mécanisme contrôlé de transfert pour amortir les chocs économiques, par exemple une assurance chômage européenne qui viendrait en complément des systèmes nationaux et qui renforcerait la cohésion macroéconomique de la zone euro. Par ailleurs il est urgent de susciter plus de mobilité sur le marché du travail européen. Des pays comme l’Allemagne devraient, dans le contexte actuel de taux d’intérêt bas, faire des investissements d’infrastructure, créant ainsi de la demande à travers la zone.

3) Dans une union, les états membres doivent pouvoir compter mutuellement sur le fait que leurs gouvernements sont élus et leurs lois écrites légitimement et que leurs citoyens sont libres et égaux devant la loi. La démocratie et l’état de droit doivent être renforcés. Il manque à l’UE des instruments efficaces et crédibles pour mettre cette obligation à exécution (voir l’exemple hongrois). Ceci est particulièrement vrai par temps de crise car l’expérience enseigne que ces passages radicalisent les sociétés et leur ordre constitutionnel. Promouvoir l’état de droit devrait occuper un niveau de priorité beaucoup plus élevé que, par exemple, la politique agricole.

4) Les unions politiques sont à même de fournir des biens communs que chaque pays ne pourrait mettre en place individuellement, par exemple la paix, objectif originel de l’intégration européenne, la protection effective des frontières externes, un traitement digne des réfugiés et demandeurs d’asile, des marchés communs internes et la protection de l’environnement. Assurer la stabilité de la monnaie est un bien commun pour la zone euro. Pour la cohésion il faut des biens communs. Si un pays ne peut plus assurer par exemple la sécurité aéroportuaire, ceci va nuire au transport aérien européen dans son ensemble ; un traitement indigne infligé par un état aux demandeurs d’asile porte atteinte au système européen d’accueil ; un pays en crise qui commence à fermer ses frontières pour protéger ses industries menace le marché interne ; si les marchés financiers spéculent sur la sortie d’un pays de l’euro, la monnaie commune est menacée. La continuité des biens communs doit être garantie indépendamment des manquements d’un Etat individuel, ce qui suppose que l’UE doit soutenir les Etats qui ne peuvent plus contribuer à celle-ci.

Pour les auteurs, ces 4 exigences représentent les conditions minimales pour la survie de l’euro. Mais au-delà, construire une politique étrangère et de défense commune paraît nécessaire dans un monde où la Chine, la Russie et d’autres étendent leur zone d’influence alors que la suprématie des USA diminue. Il devrait être possible de poursuivre une politique conjointe européenne concernant une législation mondiale sur le commerce et les marchés financiers ainsi que sur les biens communs comme les océans et l’espace. Un siège unique européen au Conseil de Sécurité de l’ONU et aux conseils du FMI et de la Banque mondiale ne devrait pas être hors de portée. Par ailleurs l’affaire NSA démontre la nécessité de mettre en place un espace européen de sécurité des données.

Pour mettre à exécution ce programme, la zone euro a besoin d’une nouvelle base contractuelle à elle, un traité qui consolide dans un document les réformes partielles précédentes ; à l’occasion de la négociation de celui-ci, la question de la modification de la constitution allemande en cas d’intégration plus poussée devra être abordée.

Le régime intergouvernemental, de mise jusqu’ici dans la gestion de la crise de l’euro, n’est pas à la hauteur de la tâche, ce qui explique pourquoi la BCE s’est crue obligée de gré ou de force d’assumer un rôle central dans la préservation de la monnaie commune. On a donc besoin d’un exécutif européen capable d’agir et dont les droits d’intervention dans l’autonomie budgétaire nationale seront gradués selon la gravité de la situation. Ce gouvernement aura également un budget pour financer la provision des biens communs et un fonds de développement pour soutenir des processus de réforme. Les auteurs comprennent les réticences envers le recours à l’impôt européen direct et préconisent de financer le budget de l’Euro-Union à travers un « droit d’adhésion » à payer par les pays membres d’à peu près 0.5% du PIB.

L’exécutif de l’Euro-Union doit être choisi et contrôlé par un Euro-Parlement ; Il semble raisonnable de recruter ses membres parmi les députés des pays membres de l’euro au Parlement européen. Certains membres du groupe Glienicker préféreraient cependant les recruter parmi les membres des parlements nationaux afin d’assurer que ces derniers aient le contrôle des dépenses de l’exécutif. Les pays candidats à la zone euro devront être associés à la négociation de l’Euro-traité qui décidera de ces structures.

Jean Monnet a dit : « L’Europe se fera dans les crises ». a nous de nous servir de cette occasion historique qui se présente.


Pour accéder au texte complet de la tribune (en anglais) : http://www.glienickergruppe.eu/english.html

Rappelons que cette tribune a été publiée dans le journal « Die Zeit » le 17 octobre 2013.
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Re: " Manifestes pour une union politique de la zone euro "

Messagepar agénor » Dim 27 Avr 2014 13:25

"Le régime intergouvernemental, de mise jusqu’ici dans la gestion de la crise de l’euro, n’est pas à la hauteur de la tâche, ce qui explique pourquoi la BCE s’est crue obligée de gré ou de force d’assumer un rôle central dans la préservation de la monnaie commune."

C'en est d'autant plus remarquable qu'il aura fallu pour cela qu'à sa tête arrive Mario Draghi, un ancien de Goldman-Sachs, suffisamment rompu aux pratiques des marchés financiers pour savoir leur parler "comme il faut". Cela montre aussi qu'un homme venu "de la société civile" et dont le rôle a consisté à défendre les intérêts d'une des banques les plus toxiques de la planète (cf Europe: Les hommes de Goldman Sachs) peut aussi prendre à cœur son rôle de président d'une institution européenne et assumer ce rôle pour le compte de l'intérêt général.
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Re: " Manifestes pour une union politique de la zone euro "

Messagepar causonsen » Lun 28 Avr 2014 22:10

Le site Notre Europe propose une traduction française de la tribune du Glienicker Gruppe : Vers une union de l'euro
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