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1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Notes d'analyses et opinions

1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar scripta manent » Mer 17 Avr 2013 09:04

Au cours des 40 dernières années, l’Europe et les Etats qui la composent ont connu - et souvent promu - des évolutions qui ont bouleversé la hiérarchie des pouvoirs entre la puissance publique et le monde économique et financier.
La doctrine ultralibérale professe que l’initiative privée doit être reine, l’économie et la finance libres de toute entrave, les frontières perméables sans condition aux marchandises et capitaux de toutes origines et que, de façon générale, le rôle de l’Etat doit être réduit à sa plus simple expression, notamment par l’abandon du pouvoir monétaire et par l’application opiniâtre des principes de privatisation et de libéralisation.
Tel serait le tribut à payer au marché, dont les rouages se chargeraient d’apporter en retour à la société les bienfaits d’un développement autorégulé.
Cela fait maintenant quelques décennies que ces théories sont mises en oeuvre et chacun peut constater que, en Europe, ni l’autorégulation ni les bienfaits (sauf pour une minorité) n’ont été au rendez-vous. En 2002, Georges Soros, orfèvre en la matière, a pu écrire « Le commerce international et les marchés financiers globaux ont fait la preuve de leur capacité à créer de la richesse, mais ils ne sont pas en mesure de satisfaire un certain nombre de besoins sociaux. Parmi ceux-ci, on trouve le maintien de la paix, la réduction de la pauvreté, la protection de l’environnement, l’amélioration des conditions de travail ou le respect des droits de l’homme : ce que l’on appelle, en somme, le bien commun ».On ne saurait mieux dire, et la crise en cours n’avait pas encore sévi !
Le seul de ses objectifs que l’ultralibéralisme ait véritablement atteint est lourd de conséquences pour le présent et de menaces pour l’avenir : l’Etat a été doublement laminé, par l’abdication de pans entiers de ses prérogatives et par l’épuisement de son crédit, abondamment mis à contribution pour sauver de la ruine les apprentis sorciers de la finance et pour secourir les laissés pour compte du système. Contraint de se financer sur le « marché », auquel il a accordé le privilège de prêteur exclusif, l’Etat s’est placé sous la tutelle de ce nouveau maître que Montesquieu (L’esprit des lois) avait si bien débusqué : « Comme celui qui a l’argent est toujours le maître de l’autre, le traitant se rend despotique sur le prince même : il n’est pas législateur, mais il le force à donner des lois. »

L’Etat, dans cette affaire, aura été la victime de ses propres décisions. Certes, des écoles de pensée ont théorisé les articles du nouveau dogme et des intérêts se sont employés à les propager et à en obtenir la mise en œuvre, mais ils n’auraient pu aboutir à leurs fins sans l’assentiment - enthousiaste ou résigné selon les cas - de la puissance publique. La nouvelle foi n’a pas seulement été mise en pratique ; elle a été inscrite dans le marbre des lois et des traités, comme pour proclamer sa pérennité et son intangibilité.

L’Etat qui, il n’y a pas si longtemps, décidait, orientait, désormais rafistole : il tente - avec des moyens diminués face à des besoins croissants - de corriger les dégâts sociaux causés par un pouvoir qui n’est plus le sien. Il cède ses actifs, qui sont ceux de la nation, et confie ses services à « l’initiative privée ». La philanthropie est requise pour suppléer, là où elle le veut bien, au désengagement public et l’on fait la fête au Qatar qui vient au secours de nos banlieues.
Le char de l’Etat s’est transformé en ambulance et en voiture balai. Il n’ouvre plus la voie, il suit le mouvement que d’autres impriment à la société. Sait-il encore où il va et où il nous emmène ?

L’Union européenne est souvent présentée comme la grande responsable de ces mutations. C’est oublier un peu vite que, si elle en a bien été un facteur d’accélération et d’amplification, ce sont les Etats qui l’ont faite et voulue ainsi. Les réformes nationales ont d’ailleurs souvent précédé les réformes européennes. En France, la loi du 3 janvier 1973 sur la Banque de France a précédé de presque 20 ans l’article 104 du traité de Maastricht qui interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres d'accorder des crédits aux institutions publiques de la zone. Si nous en étions restés aux règles qui ont prévalu pendant les trois décennies de l’après-guerre (celle de 39-45), la dette publique en France serait aujourd’hui sous contrôle au lieu de dépasser les 90 % du PIB.

L’Europe semble s’être résolue, si l’on en juge par ses traités et par les réseaux d’influences qui la colonisent, à n’être que l’intendante des milieux économiques et financiers. Lorsque Monsieur Karel de Gucht, Commissaire européen au commerce, déclare en octobre 2012, suite à l’évocation par Arnaud Montebourg de mesures protectionnistes : « S'il tente de le faire, il va trouver Bruxelles (…) sur sa route !… », sans doute croit-il qu’il exerce le pouvoir européen. Il se trompe. Il n’est que la voix de son maître : le marché. C’est ainsi que « Bruxelles », même si bien sûr on y trouve plusieurs courants d’opinion, en est venue à nourrir l’image d’une Europe tatillonne, punitive et servile, adepte de « l’économie sociale de marché », sandwich emblématique des contorsions sémantiques de l’Union : entre l’économie et le marché, le social occupe la place qu’on veut bien lui laisser : à l’ombre et à l’étroit.
Les règles de vote au sein de l’Union sont telles que, chaque fois qu’il faut se décider sur un sujet d’envergure, le Non a infiniment plus de chances de l’emporter que le Oui. Quand il faut décider vite, ce n’est pas l’Union qui est à la manœuvre, ce sont quelques Etats « pilotes », qui se préoccupent ensuite de maquiller leur coup de force en démocratie européenne.

Voila où nous en sommes. L’Europe aujourd’hui, ce sont des Etats soumis, au sein d’une Union paralytique, le tout subissant la loi du marché.
Dans ces conditions, les citoyens peuvent bien mettre le bulletin qu’ils veulent dans l’urne, cela ne change pas grand-chose. Quand ils se seront lassés de cet état de fait, ils se tourneront vers des solutions radicales.

La succession de crises qui a accompagné la montée en puissance de l’ultralibéralisme a propulsé les thèmes de l’endettement, du chômage, de la dépression sur le devant de la scène. Il en est résulté une focalisation de la réflexion et de la communication sur les problématiques économiques, et les « économistes sérieux », tels les Diafoirus de Molière, nous entretiennent à longueur d’antenne des vertus comparées de la purge et de la saignée, faisant assaut de considérations savantes qui renforcent les auditeurs dans la conviction d’être désormais les jouets de mécanismes hors de leur compréhension et hors de leur contrôle.
C’est précisément là qu’est le noeud du problème : la sphère économique et financière est hors du contrôle des citoyens parce que le pouvoir politique lui-même en a perdu le contrôle. Assainir et vivifier la démocratie par la réforme de nos institutions est manifestement un sujet à l’ordre du jour, mais cela ne suffira pas à redonner aux électeurs, via leurs représentants et gouvernants, les pleins pouvoirs sur des mécanismes qui sont aujourd’hui les premiers déterminants de leurs modes de vie.

Pour redonner aux populations les moyens de choisir le modèle de société dans lequel elles veulent vivre et aux gouvernants les moyens de répondre à cette attente, il faut remettre en concordance les territoires sur lesquels s'exercent respectivement les pouvoirs politique et financier et restaurer la primauté du premier sur le second.
Le monde de l’entreprise, le vrai, bénéficierait lui aussi de cette remise en ordre, car la finance spéculative à courte vue est antinomique d’une stratégie économique durable.
A un moment où l’on peut penser que, en l’absence de « gouvernement mondial », ce sont les relations et négociations entre grandes régions mondiales qui vont réguler la société, l’Europe, qui est aujourd’hui à la fois la première économie et la puissance la plus diminuée de la planète, serait bien inspirée de rompre avec son enlisement actuel et de donner l’exemple du sursaut.
A défaut d’entente à 27, peu probable, il appartient aux Etats qui veulent prendre l’initiative de ce mouvement de se grouper et de faire comprendre qu’une autre Communauté peut et doit naître au sein de l’Union européenne.
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis - 1/2

Messagepar scripta manent » Ven 03 Mai 2013 11:01

Pierre Kosciusko-Morizet (le frère de Nathalie) nous fait une annonce dramatique sur Rue 89 (édition du 2 mai 2013) : « Dailymotion va mourir »
Cette " prophétie " du co-fondateur de PriceMinister fait suite à l'opposition du gouvernement français à l’entrée de Yahoo à 75% dans le capital de Dailymotion.

Sans doute cette théâtrale prévision est-elle un peu précipitée, mais là n'est pas le plus important, car le prophète ajoute :
" La notion de France n’est plus économiquement pertinente. Les capitaux sont mondiaux aujourd’hui. "
Superbe illustration de notre sujet : " De l'Etat souverain à l'Etat soumis ". On ne saurait en effet mieux dire que le politique a courbé l'échine devant l'économie. A chacun ensuite de se déterminer : ou bien on accepte cet état de fait, ou bien on le conteste.
Et enfin, toujours de Pierre Kosciusko-Morizet :
" Aux Etats-Unis et au Japon, les entreprises lèvent beaucoup plus de fonds, beaucoup plus rapidement. Si on dit aux étrangers de ne pas investir, on ne pourra pas décoller. "
Et on décolle vers où ?

Pour accéder à l'article de Rue 89 :
http://www.rue89.com/2013/05/02/pierre-kosciusko-morizet-dailymotion-va-mourir-242008
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar scripta manent » Sam 18 Mai 2013 15:53

Sur L'Express.fr de ce jour (18 mai 2013), un intéressant article intitulé : " Le 'moins d'Etat' consolide les mafias "

Extraits :
" La mafia se distingue du banditisme classique par sa volonté de s'infiltrer dans les sphères économiques et politiques en nouant des "pactes scélérats.
(...)
La difficulté, c'est que la mafia est un angle mort de la pensée libérale économique. Ses théoriciens parlent de libéraliser les marchés, mais posent rarement la question des conséquences. Or le "moins d'Etat", s'il est mal compris, consolide les mafias. Et favorise de nouveaux phénomènes criminels
. "

Pendant que les mafias prospèrent sur ce terreau, certains continuent à parier sur une autorégulation éthique de l'ultralibéralisme. On peut aussi jouer du pipeau à un crocodile affamé ...

Pour accéder au texte complet de l'article :
Le " moins d'Etat " consolide les mafias
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar scripta manent » Dim 26 Mai 2013 15:25

Sous le titre explicite « Ces entreprises plus fortes que les Etats », le journal L’Expansion de mai 2013 fournit des informations qui illustrent bien la « soumission » actuelle de nos Etats au règne de la finance. Nous verrons cependant que la conclusion de l’article ne déroge pas à la ligne éditoriale du « magazine qui donne du sens à l’économie ».

Extraits :
« Dans son œuvre majeure, publiée au milieu du XVIème siècle, le grand philosophe anglais Thomas Hobbes représente l’Etat sous les traits du monstre marin, toujours prêt à déployer ses omnipotents tentacules pour asservir le commerce, la finance et l’industrie. Autres temps autres rapports de force. Aujourd’hui, l’ignoble serpent tortueux du Livre d’Isaïe s’est métamorphosé » en une indolente couleuvre et le Léviathan-Etat en Léviathan-SA …
Car ce sont désormais des sociétés anonymes mais présentes aux quatre coins du monde, des multinationales aux puissances financières démesurées qui défient les Etats, même les plus grands.
Quelques chiffres éclairent sur cette inversion des « valeurs » : début 2013, Apple pesait en bourse l’équivalent du budget de la France ou la somme des PIB roumain, hongrois, slovaque, croate et lituanien. Le seul chiffre d’affaires de la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Royal Dutch représente l’activité de tout le Royaume-Uni pendant deux mois et demi.
Sur le front de l’emploi - le nerf de la guerre en ces temps de chômage - les multinationales alignent d’impressionnantes armées. Fort de ses 2,1 millions de salariés, le plus gros employeur privé du monde, Wal Mart, fait jeu égal avec l’armée populaire chinoise (2,3 millions). Nul besoin en fait de former de telles troupes pour faire plier le souverain. Les 20.000 métallos français employés par ArcelorMittal autorisent le patron à quelques bravades et promesses non tenues à l’endroit des gouvernements Fillon et Ayrault.
(…)
En 2011, Trois chercheurs de l’école polytechnique fédérale de Zürich publient une étude « explosive » sur les participations de 43.000 sociétés transnationales : ils révèlent ainsi que 737 firmes contrôlent à elles seules 80 % du total. Or ces entreprises tentaculaires dépensent des sommes folles en lobbying pour tenter d’imposer leurs normes et d’infléchir la réglementation. Quitte à prendre elles-mêmes le stylo pour écrire leurs propres lois. Et quand un Etat un brin récalcitrant bombe le torse pour imposer de nouvelles règles, elles n’hésitent pas à porter leurs différends devant la justice. Une étude de l’ONG belge Corporate Europe Observatory dénombre quelques 450 cas d’arbitrage entre un Etat et une entreprise dans le monde en 2011, contre seulement 38 en 1996. Des « attaques » permises par les clauses dites « investisseurs-Etats » inscrites dans la plupart des accords de libre-échange entre pays, et qui autorisent une entreprise à poursuivre en justice un Etat dès lors qu’elle juge que son investissement est floué par une modification de la loi. Ainsi, le géant suédois de l’énergie Vattenfall, un des principaux gestionnaires du parc nucléaire outre-Rhin, exige aujourd’hui 3,5 milliards d’euros de l’Etat allemand après sa décision de sortir à terme de l’atome …
Quel affront ! Mais à qui la faute ? (…)
Aux Etats surtout. Ils ont organisé leur propre abdication
».

Quelques commentaires :

En ces temps de bulle spéculative et de gonflette boursière, il est aventureux de prendre la valorisation en bourse comme indicateur de la puissance d’une société. Pour prendre le cas cité par cet article, la valorisation d’Apple a effectivement dépassé les 600 Mds de dollars, mais son chiffre d’affaires, plus représentatif de la force de frappe du groupe, est, lui, de l’ordre de 100 Mds de dollars.
On pourrait aussi citer le cas Facebook dont l’introduction en bourse a relevé de la frénésie spéculative :

C’est à juste titre que L’Expansion rappelle que les Etats ont organisé leur propre abdication.
Cela est à la fois consternant et rassurant car, les Etats ont aussi le pouvoir de reprendre les commandes.
D’ailleurs, dans l’article, Jean-Louis Beffa, ancien Président de Saint-Gobain signale notamment que « présenté comme hyperpuissant, Apple ne pèse rien en Chine, parce que Pékin a dit non ».

A lire tout cela, on serait tenté de croire que L’Expansion a « viré à gauche ».
Il faut attendre la conclusion pour s’apercevoir qu’il n’en est évidemment rien.
Jean-Louis Beffa y est à nouveau cité, mais pour « redresser le tir » : « Organiser une association d’Etats contre les multinationales de servirait pas à grand-chose. Il faut accepter la compétition entre Etats, mais chaque pays doit avancer avec ses champions nationaux en guise de fantassins ». Curieuse formule. Plutôt que des « fantassins », les « champions nationaux » ne seraient-ils pas plutôt des généraux qui envoient leurs troupes au front où les salariés/fantassins, paient le prix de cette « guerre économique » ?
Face aux outrances ultralibérales dont les médias se font l’écho, L’Expansion, fort habilement, fait avec cet article « la part du feu ». Le titre est accrocheur et abondamment illustré par le corps du texte mais la conclusion est dans le droit fil de la vulgate ultralibérale : « Paradoxalement, le meilleur moyen pour les Etats de dompter les multinationales serait de s’en rapprocher. » Ben voyons …

Pour accéder au site de « Corporate Europe Observatory » (CEO) : http://corporateeurope.org/
L’objectif déclaré de CEO est « d’exposer le pouvoir du lobbying d’entreprise au sein de l’Union européenne ».
scripta manent
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar voxpop » Mer 10 Juil 2013 17:39

Dans un seul et même numéro du Figaro économie (8 juillet 2013), deux superbes illustrations de notre sujet :

1 - De Christophe de Margerie (PDG de Total), lors des rencontres du Cercle des économistes (Aix-en-Provence, 6 et 7 juillet 2013) : "Le vrai problème qu'on a en France, c'est l'Etat. 55 % du PIB est dans les mains de l'Etat qui, au passage, a du mal à le gérer. "

Qu'il y ait matière à réformer certains compartiments de la dépense publique, cela ne fait pas de doute mais le ratio " dépense publique / PIB " mérite une analyse autrement plus subtile que la déclaration à l'emporte-pièce de Christophe de Margerie.

Pour s'en convaincre (extrait de : Comment interpréter la notion de dépense publique) :
" Depuis 2005 la France dispute au Danemark la première place en matière de « dépenses publiques », telles qu’elles sont rapportées par l’OCDE. Comme le ratio dépense publique sur PIB a atteint 56,6% en 2010, il serait nécessaire, selon une opinion largement répandue, de « dégonfler » un Etat qui prendrait « trop » de place dans l’économie. (...)
Ce que l’on appelle la « dépense publique » associe d’un côté des dépenses collectives (de l’entretien des forces de sécurité à l’administration du pays ou encore la lutte contre la pauvreté) et de l’autre des dépenses de transfert assurantiels. Ces dépenses de transfert recouvrent l’assurance retraite ou l’assurance maladie. (...)
Suivant les pays, la mutualisation des dépenses de transfert passe par des formes d’organisation diverses. Cela peut être à l’intérieur de l’entreprise, dans des organisations sectorielles, par des organismes paritaires (syndicats/patronat) ou intermédié par l’Etat central. La particularité de la France est d’avoir une intermédiation de la protection sociale principalement organisée par l’Etat. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays comme le Royaume Uni, les Etats-Unis ou encore l’Allemagne. (...)
En France, en 2010, les « dépenses publiques » au sens strict (c’est-à-dire non-individualisables comme la sécurité intérieure et extérieure, l’administration, des dépenses d’intervention diverses) représentent 18,2% du PIB. Pour cette « dépense publique stricte » la France était en 2009 au 10e rang des pays de l’OCDE (voir également la figure 2). Si le « concours de maigreur » ne concernait que les dépenses de ce champ strict, la France serait dans une bonne moyenne par rapport à d’autres pays décidément dépensiers comme les Etats-Unis, le Portugal ou encore l’Italie. Qui plus est, et contrairement au Royaume Uni, aux Etats-Unis ou à l’Irlande, la France a réduit au cours des 20 dernières années la part de la « dépense publique stricte » faisant-là preuve d’une rigueur de gestion inattendue. (...)
Peut-on conclure de ces données que le système français de protection sociale est plus généreux que dans les autres pays ? Que c’est là la cause d’une dette publique insoutenable ? Peut-on dire qu’il est trop généreux et qu’il faut inverser la tendance des 20 dernières années en réduisant la part de la dépense sociale dans le PIB ? Non, cela n’indique qu’une seule chose, c’est que la protection sociale, la santé ou l’éducation sont dispensées en France directement par l’Etat qui en assure le financement par des prélèvements obligatoires. (...)
Ainsi, la dépense totale de santé ou d’éducation est plus élevée aux Etats-Unis qu’elle ne l’est en France, une fois rapportée au PIB, bien que la part directement distribuée par l’Etat y soit plus faible. " (merci à Xavier Timbeau).

2 - De Pierre Gattaz (Gattaz 2, patron du Medef), lors du Grand Jury RL - Le Figaro - LCI, le 7 juillet 2013 : " C'est l'entreprise qui sauvera la France. "

Il se prend pour Jeanne d'Arc ?
Voila qui s'appelle prêcher pour sa paroisse !
L'entreprise a bien sûr un rôle éminent à jouer mais ce ne sont pas des slogans simplistes qui " sauveront la France ".
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar Okine » Jeu 15 Sep 2016 15:25

La soumission de l'État et ... de l'Union Européenne ?
Certes, on peut reconnaître des réveils sporadiques, comme celui de la commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager
( s'il se concrétise ).
Mais en matière de traités commerciaux internationaux, l'UE se soumettra-t-elle ?

Vent debout contre le CETA sur son blog de Mediapart, Yannick JADOT, vice-président de la commission du commerce international au Parlement Européen, interpelle le chef de l'État français et le secrétaire d'État chargé du commerce, dans la dernière ligne droite avant signature de ce traité à Bruxelles le 27 octobre 2016 : «TAFTA et CETA : Hollande et Fekl jouent notre souveraineté démocratique à Bratislava».
En résumé, pour Y. Jadot, CETA ( Comprehensive Economic and Trade Agreement, entre Canada et UE ) et TAFTA, même combat :

« Le TAFTA et le CETA ne sont pas des accords de libre-échange. A l’exception de l’agriculture –heureusement !-, le commerce est déjà libre entre les deux continents. Ces négociations visent à harmoniser les règles et les normes qui encadrent nos économies et nos sociétés ...
… Le cœur de ces négociations est de savoir qui définit la règle pour l’économie et le vivre-ensemble : les citoyens, les collectivités territoriales, l’État, les institutions fédérales ou les firmes multinationales ? La régulation se construit-elle sur l’intérêt général ou les intérêts privés ? »


Il explique comment le CETA détruirait aussi des emplois, abîmerait la santé, attaquerait les services publics, limiterait davantage la capacité publique d'orientation par la libéralisation des marchés publics et par des procédures d'arbitrage potentiellement influençables par des intérêts privés.
Il le qualifie d'« effroyable machine à construire du moins-disant réglementaire et de l’impuissance politique ».

Il rappelle les principes de son combat et, en candidat potentiel des Verts à la prochaine élection présidentielle en France, il dresse le constat d'échec de ceux que je nommerais grosso modo "néolibéraux" :
« Les majorités politiques actuelles ont transformé ce projet de civilisation en une petite mondialisation libérale, productiviste, technocratique et austéritaire, source de conflits et d’injustices. Elle participe des désordres du monde et expose plus ses habitants qu’elle ne les en protège. Si l’Europe ne devient pas un puissant levier de régulation politique et de soutien aux initiatives sociales et citoyennes qui répondent aux défis de notre temps, alors les nationalismes et les extrêmes droites gagneront partout en Europe. »

https://blogs.mediapart.fr/yannick-jadot/blog/140916/tafta-et-ceta-hollande-et-fekl-jouent-notre-souverainete-democratique-bratislava?
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar Oufti » Ven 16 Sep 2016 16:54

(s'il se concrétise)
?

La Commission européenne a infligé mardi 19 juillet une amende record de 2,93 milliards d’euros à quatre fabricants européens de camions, accusés de s’être entendus pendant quatorze ans sur les prix de vente de leurs poids lourds.

Il s’agit de la plus lourde amende jamais infligée dans un cas de cartels dans l’Union européenne. La dernière « grosse » amende remonte à la fin 2012, quand huit banques avaient été condamnées à payer 1,49 milliard d’euros pour avoir « pris part à des ententes illicites sur les marchés des produits dérivés financiers ».


On est dans du concret là...!


Source: Le Monde du 20 juillet
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/07/20/comment-bruxelles-decide-des-amendes-infligees-aux-entreprises_4972449_4355770.html
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Re: 1973-2013 : De l’Etat souverain à l’Etat soumis

Messagepar Demos » Ven 23 Sep 2016 17:57

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211291713174-joseph-stiglitz-il-faudra-peut-etre-abandonner-leuro-pour-sauver-le-projet-europeen-2027887.php

« Il faudra peut-être abandonner l’euro pour sauver le projet européen »


Voilà, le pavé est lancé dans la mare. On peut y réagir, se dire que Joseph Stilglitz joue le jeu des euro sceptiques. Mais d'un autre côté, il convient de dire que sur certains points, l'auteur semble toucher une certaine réalité :

Mais en Europe, on estime que la crise n'est pas liée à l'euro, qu'elle est liée à la finance, ... Le principe d'une monnaie, c'est de permettre d'ajuster l'économie en cas de choc. Vous avez une monnaie unique, utilisée par 19 pays différents, très différents, et le test survient quand on est confronté à un choc. Et quand la crise est arrivée, l'euro a échoué à ce test. Parce que la capacité des pays européens à répondre à ce choc était restreinte.


La thèse soulevée ici, l'euro serait un frein à la capacité de l'Etat de réagir aux crises. En quelque sorte, comme si cette monnaie inventée et un peu sortie de nulle part, jouait contre nous, contre nos institutions. La monnaie a toujours été un acteur clé de la politique économique. Ici, avec l'euro, c'est vrai qu'on a un peu l'impression que ce pouvoir pourrait avoir été neutralisé.

Normalement il y a plusieurs moyens de répondre à une crise : vous baissez vos taux de change, vous baissez les taux d'intérêts, différents pays peuvent agir de façon différente. Avec la monnaie unique, ces mécanismes ont été enlevés. Et rien n'a été mis à la place. En faisant cela, l'Europe s'est lié les mains : vous ne pouvez pas utiliser les taux de change, les outils de politique monétaire, la fiscalité... parce que vous devez limiter les déficits à 3 %


La thèse se développe, l'euro n'aurait-il comme principal objectif que de réduire la capacité de l'Etat. Un état plus soumis, au travers d'une monnaie crée à cette fin? On nous a vendu l'euro, au travers de pas mal de propagande. Plus de facilité pour le commerce, pour les voyages. Mais c'est vrai que les notions d'indépendance de la monnaie, par exemple, n'ont pas trop été soulevées.

Vous décrivez une faute commune des responsables européens, mais vous êtes particulièrement dur avec l'Allemagne... Et le problème que pose l'Allemagne est double. D'abord, elle maintient son excédent. C'est un principe de base de l'économie : si certains pays exportent plus qu'ils n'importent, alors d'autres importent plus qu'ils n'exportent. Si quelqu'un a un excédent, quelqu'un d'autre a un déficit. Et les déficits se traduisent par des crises financières, des économies affaiblies... Les allemands ont refusé d'agir sur leur excédent, ce qu'ils auraient pu faire en augmentant le salaire minimum, en dépensant plus d'argent, ce qui aurait aidé à réduire les déséquilibres...


Que ferions-nous si nous étions allemands, dans la même situation. Il ne s'agit pas ici de juger l'Allemagne ou les allemands, mais de comprendre pourquoi ils agissent ainsi? Rien ne les motive à faire autrement, et au sein de l'euro, les nations sont soumises à la loi du plus fort, celui qui impose l'austérité, parce qu'il y gagne sur le court terme. L'euro empêcherait les nations se trouvant dans des cycles moins favorables de régir pleinement. L'euro est une monnaie, et implique donc qu'il y ait une vision. On ne peut au sein d'une unité monétaire unique avoir des divergences. L'Europe est un amalgame de divergences, de négociation, de flexibilité. L'euro nous donnait donc le change en nous donnant l'impression d'avoir quelque chose de stable, quelque chose de tangible pour donner réalité à l'Europe. Ce qui fait que les européens convaincus ont soutenu l'euro, car eux aussi y voyaient une source de puissance pour l'Europe. Peut-être tout ceci n'est-il qu'un leurre? Et que la force de l'Europe réside plus dans la régulation, et moins dans la gestion de la monnaie. Une Europe politique, affranchie de la question monétaire, l'idée peut sembler saugrenue, mais cela nécessite néanmoins une sacré réflexion.
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