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« Un nouvel élan, mais pour quelle Europe ? », selon Etienne Balibar

Quel projet ? Quel modèle de société pour l'Europe ?

« Un nouvel élan, mais pour quelle Europe ? », selon Etienne Balibar

Messagepar gerald » Ven 21 Mar 2014 22:40

Dans son numéro de mars 2014 « Le Monde Diplomatique » publie un article du philosophe Etienne Balibar sous le titre « Un nouvel élan, mais pour quelle Europe ? ».
Le résumé ci-après retrace les grandes lignes du raisonnement mais ne fait pas justice à la richesse du texte.

L’auteur commence par renvoyer dos à dos dans le débat actuel au sujet de l’UE les « cassandres » anti-européens et les « tenants de la méthode Coué » pro-européens. Il propose d’ « esquisser … les trois principales dimensions d’analyse de la crise, et de sa résolution dans un sens ou dans l’autre ». Ce sont les dimensions (a) historique (b) économique, y compris les aspects sociaux et (c) politique de confrontation et de représentation.

Pour l’analyse historique l’auteur distingue trois périodes : (i) du CECA à l’après-1968 et la crise pétrolière, (ii) du début des années 1970 à la chute du système soviétique et la réunification allemande (1990) et (iii) de l’élargissement à l’Est jusqu’au défaut souverain de la Grèce écarté in extremis en 2010. Ce dernier moment marque pour l’auteur l’entrée dans une nouvelle phase « avec la possibilité d’une bifurcation aux termes encore imprévisibles ».

Cependant, dans la crise actuelle, ce serait erroné de « croire que la construction européenne suit une voie linéaire, dont les seules variables seraient l’avance ou le retard par rapport au « projet ». Au contraire chaque phase à comporté un conflit entre plusieurs voies ». Ainsi pendant la période (i), il y a eu « une forte tension entre l’intégration à la sphère américaine dans le contexte de la guerre froide et le recherche d’une renaissance géoéconomique de l’Europe » allant « de pair … avec le perfectionnement du modèle sociale européen » . « Il en va de même, avec un résultat inversé dans la phase » (iii) « non pas au profit d’une hégémonie américaine… mais de l’incorporation au capitalisme financier mondialisé ». Le moment déterminant se situe cependant lors de la phase (ii), celle du condominium franco-allemand et de la commission Delors, où « a été formulé le projet d’une double avancée supranationale par la création de la monnaie unique et par le développement de l’Europe sociale ». La première « est devenue l’institution centrale de l’Union … alors que l’autre s’est cantonnée dans des dispositions formelles du droit du travail. Il faudrait une histoire détaillée de ce retournement » et de ses causes « parmi lesquelles, à côté de la pression du néolibéralisme, on ne devrait pas oublier l’incapacité du mouvement syndical européen à peser sur les décisions communautaires, enracinée dans le provincialisme de ses composantes autant que dans le déséquilibre des forces, alors que se multipliaient les délocalisations ».

L’analyse économique de l’auteur fait ressortir la contradiction dans le « néolibéralisme quasi constitutionnel » de l’Union, entre le fait de « comprimer les revenus réels du travail et le précariser pour le rendre plus « concurrentiel » tout en continuant à développer la consommation de masse…Sans doute peut-on imaginer que des stratégies de « zonage » et de différenciation sociale ou générationnelle permettent de différer l’éclatement de la contradiction entre ces objectifs. Mais à terme celle-ci ne peut que s’aggraver, sans parler des risques systémiques dont est porteuse l’économie de la dette ». Pour l’auteur, cette voie « mène la société européenne au bord de l’éclatement et ses populations au désespoir, sans procurer pour autant à son économie considérée dans son ensemble aucun avantage réel dans la concurrence internationale. »

En outre, alors que le projet de l’Union supposait une convergence des Etats, « le triomphe du principe de concurrence a engendré une aggravation continue des disparités » où «la distribution des capacités industrielles, celle des emplois et des chances de réussite, des filières d’éducation est de plus en plus inégale ; au point qu’on pourrait dire que depuis 1945, une grande division Nord/Sud a remplacé la division Est/Ouest, même si la séparation ne se matérialise pas dans un mur , mais dans un drainage unilatéral de ressources ». L’auteur s’arrête sur la position de l’Allemagne pour faire remarquer qu’en dehors des raisons proprement industrielles de son hégémonie (et notamment « la reconstitution d’une Mitteleuropa dans laquelle les entreprises allemandes…ont pu profiter au maximum des ressources de main d’œuvre à bas salaire et haute capacité technologique engendrant un avantage concurrentiel par rapport aux autres pays européens »), celle-ci tient à l’inexistence des mécanismes de délibération et d’élaboration collective de politiques économiques « communautaires » et aux attitudes défensives des autres gouvernements (en particulier les Français, qui n’envisagent pas une minute de s’engager pour des formules alternatives de développement des institutions supranationales) ». L’auteur conclut cette partie ainsi : « appliqué à l’Europe, le projet néolibéral n’aboutit pas à la transformation de son objet : il tend vers sa disparition »

La troisième dimension d’analyse concerne l’espace « politique de confrontation et de représentation ». Il faut « sortir de l’affrontement entre le discours « souverainiste » et le discours « fédéraliste », qui a pour base une opposition entre des situations également imaginaires…et prendre acte du fait que le système politique européen, si incohérent qu’il paraisse, est d’ores et déjà un système mixte…il est beaucoup plus fédéral que ne le perçoit la majorité des citoyens, mais moins démocratique qu’il ne le prétend, puisque la division des pouvoirs entre les instances communautaires et nationales permet à chacun d’entre eux d’organiser son irresponsabilité et bloque la formation de contre-pouvoirs » .

Alors que « ce système n’a jamais été stable, la crise actuelle l’a encore déstabilisé en faisant surgir en son sein une instance quasi souveraine : la BCE « indépendante », située à l’articulation des finances publiques des Etats et du marché financier international ». Pour l’auteur « il s’agit…d’une tentative de « révolution par en haut » à l’époque où le pouvoir politique ne se sépare plus du pouvoir économique et surtout financier ». Cet événement conduit l’auteur à observer que, alors que généralement « c ‘est dans des situations...d’exception que des structures autoritaires tendent à… obtenir la délégation de pouvoir des populations » créant ainsi une légitimité démocratique « …l’urgence de parer aux attaques spéculatives…n’a apporté aucune nouvelle légitimité à la Commission de Bruxelles …Face aux initiatives de la BCE,… les gouvernements…ont pu se présenter comme incarnant à eux seuls la souveraineté populaire…et la démocratie a été rognée par les deux côtés à la fois ».

Pour l’auteur, la véritable légitimité de l’Etat-nation en particulier dans l’Europe de l’Ouest « demeure suspendue à des conditions sociales et économiques » avec au centre les droits sociaux « et non pas simplement aux formes de la procédure représentative ou à l’idée de la « souveraineté du peuple ». « La crise de la légitimité démocratique en Europe…est à la fois le fait que les Etats nationaux n’ont plus ni les moyens ni la volonté de défendre ou de renouveler le « contrat social » et que les instances de l’Union européenne n’ont aucune prédisposition à rechercher les formes et les contenus d’une citoyenneté sociale au niveau supérieur – sauf à y être poussées un jour par la prise de conscience des dangers politiques et moraux que fait courir à l’Europe la conjonction d’une dictature exercée « d’en haut » par les marchés financiers et d’un mécontentement antipolitique nourri « d’en bas » par la précarisation des conditions de vie, le mépris du travail et le saccage des perspectives d’avenir » .

« L’introduction d’éléments démocratiques dans les institutions communautaires constituerait déjà un contrepoids à la « révolution conservatrice » en cours » mais un véritable changement ne viendra « que d’une poussée simultanée des opinions publiques en faveur d’un retournement des priorités… et cette poussée n’existera que si les mouvements sociaux ou les « indignations » morales, traversant les frontières » constituent « une dialectique de pouvoir et d’opposition…La « contre-démocratie » doit venir au secours de la démocratie…Une Europe démocratique n’est pas l’expression d’un demos abstrait : c’est une Europe dans laquelle les luttes populaires foisonnent et font obstacle à la confiscation du pouvoir de décision. »
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